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Vous
avez dit « métrosexuel »… ?
« Métrosexuel »
: le vocable lui-même prête à interrogation,
et le recours à l’étymologie ne nous sera
d’aucune utilité puisque, entendons-nous bien, il
ne s’agit nullement de faire la promotion d’un film
pour adultes se déroulant derrière la machine à
kinders bueno de la ligne 6. L’idée était
bonne mais le sujet, un peu trop marginal, n’aurait peut
être pas mobilisé votre attention… Tandis que
le métrosexuel, lui, est la personne la plus intégrée
et la plus branchée du moment. Au point que vous en connaissez
certainement un, sans vous en douter, et qu’il se pomponne
peut-être même tous les matins dans votre salle de
bain.
Le plus souvent le métrosexuel se signale par une petite
trentaine, ou une quarantaine qui ne fait pas son âge, un
job rentable, un physique élégant et une petite
amie à mi-temps. Loin des clichés machos d’une
virilité négligée, supposée suinter
la testostérone, lui prend le plus grand soin de sa peau
et de son bronzage. Le samedi il a rendez-vous chez le coiffeur
et la manucure, et demain, non, il n’est pas disponible
parce qu’il va au spa. Oui il a la carte de fidélité.
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Créé en 1994 par Mark
Simpson, le concept est rapidement devenu incontournable pour décrire
cette classe d’hommes qui ne cesse de s’étendre,
si représentative de notre société. « Métro
» signifie que notre ami habite en ville, dans une métropole
de préférence, seule à même de lui offrir
les night clubs et coiffeurs à sa mesure. Depuis quelques années,
le métrosexuel comme sa cousine Lolita s’affirme dès
le plus jeune âge, et les quartiers aisés regorgent aujourd’hui
de préados qui collectionnent les chaussures à l’âge
de 12 ans. Très attentif aux marques qu’il porte, il ne
se pare que de griffes à son image : Calvin Klein, Diesel, Energy,
ou encore Replay. Il est clair que le temps de la panoplie jean/tee-shirt,
que l’on portait en continue jusqu’à son premier
job (avec son unique pantalon, usé avec patience et amour…),
est désormais révolu. Car le métrosexuel ne s’habille
pas, il se décore pour susciter l’attention et l’admiration.
De fait, le gratin de la métrosexualité se rencontre parmi
les peoples qui s’ étalent à la Une d’un Gala
ou d’un Voici. Tout en haut du podium se tient leur maître
incontesté : David Beckham, idole vénérée,
admirée et copiée. Pour beaucoup dont Mark Simpson, notre
théoricien favori, le footballeur adoré restera celui
qui révolutionna la culture masculine anglaise et propagea l’image
du métrosexuel dans toute la société. Par son enviable
compte en banque, sa garde robe suprêmement branchée et
sa Spice Girl d’épouse légitime, il est le Ken des
temps modernes.

Mais
qu’a-t-il donc dans le crâne ?
Le maquillage, les soins du corps et la mode : les métrosexuels
empruntent sans complexe aux femmes, et surtout aux homosexuels.
Mais n’allez pas faire de confusion, car la plupart d’entre-eux
sont parfaitement hétérosexuels. Pourtant notre ami,
par sa personne délicieusement soignée, suscite un
désir plus qu’ambigu mais très bien assumé
: hommes et femmes l’admirent également, pour son plus
grand bonheur. Ainsi Ian Thorpe, nageur australien au torse lisse
et bronzé, fut-il longtemps considéré comme
une icône gay ; alors que lui se voyait seulement comme un
hétérosexuel au style un peu différent. De
même notre footballeur favori se dit-il ravi de son statut
de sex symbol homosexuel :l’important n’est-il pas d’être
admiré ?
Ce qui transparaît clairement derrière tout cela, c’est
qu’un métrosexuel est avant tout un homme en quête
d’une identité fluctuante. Ainsi que le prône
le mouvement Queer, le genre se définirait désormais
moins par le sexe que par la façon dont chacun se comporte.
Or, les trentenaires d’aujourd’hui sont aussi le résultat
de 40 ans déstabilisation de l’identité traditionnelle
masculine. Le féminisme, d’abord, brisera la distribution
conventionnelle des rôles entre les sexes et des caractères
entre les genres. Désormais les femmes travaillent, sont
indépendantes et battantes, et les hommes voient leurs capacités
et leur utilité profondément remises en question.
Car les métrosexuels déclinés au féminin,
dans leur rôle conquérant et dominant, sont aussi à
la recherche d’hommes « décoratifs », à
afficher comme attribut de leur réussite. C’est donc
avant tout en quête de leur identité perdue que les
hommes se réapproprient des codes traditionnellement homosexuels
ou féminins. |

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L'enfant-roi a grandi
Autre caractéristique : engendré
par la génération 68, le métrosexuel est souvent
le fruit choyé de parents adolescents. Sans en prendre conscience
et pour son propre bien, ils le condamnent avec amour à ne pas
dépasser l’âge de 17 ans. Enfant narcissique, privé
de modèle masculin stable, il se cherchera toute sa vie et conservera
le besoin de s’amuser, d’être beau et admiré.
Cerise sur le gâteau, nos trentenaires baigneront toute leur enfance
dans le consumérisme des années 1970-1980, et seront frappés
de plein fouet par le spleen qui devait suivre la période faste.
Désintéressé de toute idéologie, libéré
(ou privé, selon le point de vue) de toute norme, il est sa propre
finalité et voué à consacrer sa vie à la
satisfaction de son plaisir…

Il est beau, il est riche et il sent
bon, il fallait bien lui trouver un défaut quelque part…
Et de fait, c’est tout de même un assez gros défaut.
On pourrait même parler de la pire nouvelle de l’année
: pour sa compagne, nul nirvana n’est accessible par le chemin
de la couette (horreur !). En effet, conséquence de tout ce que
l’on vient de décrire, le métrosexuel est complètement,
absolument et exclusivement narcissique. Absorbé par sa propre
personne, il dédie toute son existence à susciter et recueillir
l’adoration de ses fans. C’est essentiellement pour cette
raison que le métrosexuel est un célibataire par nature,
collectionnant les aventures à l’infini et se servant le
plus souvent de l’autre comme faire-valoir. Son plaisir passant
naturellement avant toute chose, il est la seule norme qui dirige sa
vie sexuelle et sentimentale. Or il se trouve que pour grimper au rideau,
encore faut-il que les deux partenaires s’écoutent l’un
l’autre, chose que le métrosexuel est bien incapable de
faire. Notre ami veut qu’on le prenne tel qu’il est, et
il est malheureusement douteux que son immense amour narcissique lui
laisse le loisir d’aimer et de combler une autre personne.…
Que les hommes assument
enfin leur part de féminité : tel était
le rêve secret de beaucoup de femmes… Qu’il sache
s’habiller et qu’il soit élégant, qu’il
sente bon, qu’il apprécie ce qui est beau et raffiné.
Qu’il sache pleurer, parfois, qu’il aime lire et les fleurs
du jardin. Un homme sensible, enfin. Force est de constater que le bon
Dieu a entendu une partie du message mais, soit qu’il ait été
frappé d’Alzheimer, soit qu’il ait voulu punir la
femme exigeante, toujours est-il qu’il lui a envoyé un
Adam éperdu d’amour.. pour sa personne. Et puisqu’il
incombe désormais à chacune d’entre-nous d’éduquer
son métrosexuel, pour le rendre apte à la vie à
deux, autant être ferme: à partir de maintenant, c’est
salle de bain et autobronzant à part.
Jasmine Saunier
Les évolutions dans l’industrie de la mode
et du cosmétique
Grâce au courant métrosexuel, l’industrie
du luxe et de la beauté n’a jamais été
aussi florissante. En effet, lorsque le sophistiqué,
le riche et le clinquant reviennent à la mode, c’est
une formidable opportunité économique qui s’offre
aux entreprises du secteur. Les marques traditionnellement destinées
aux femmes ne s’y sont pas trompées et n’ont
pas hésité à lancer des gammes adressées
tout spécialement à ces nouveaux hommes. Les cosmétiques
de Jean Paul Gautier ont ainsi connu un succès remarquable
sur des produits très typés comme le fond de teint
(« Belle Mine ») et le crayon à yeux («
Beaux Yeux »). Le mouvement se démocratisant rapidement,
la publicité a porté et amplifié la tendance,
ventant par exemple l’émotion authentique de nos
mâles aux volant de telle ou telle voiture : émouvant
n’est-ce pas?Beaux Yeux »). Le mouvement se démocratisant
rapidement, la publicité a porté et amplifié
la tendance, ventant par exemple l’émotion authentique
de nos mâles aux volant de telle ou telle voiture : émouvant
n’est-ce pas?
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Livres
Christine Castelain-Meunier
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