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mise à jour le 4/12/07
Qui sont les métrosexuels? 


Petite enquête éthologique à l’usage des néophytes


Tout commence par une devinette : mes ongles, finement manucurés, dépassent d’une manche Calvin Klein. Mon regard travaillé se fait volontiers ravageur, rehaussé d’une pointe de khôl… Qui suis-je ? Qui est donc cet homme branché dont le style parfait, décontracté mais soigné, constitue le dernier modèle d’une virilité réinventée ?
Pur produit de la société qui l’a engendré, ce dandy des temps modernes est plus que le symbole d’une génération. Du haut de ses chaussures Armani, il dicte les nouveaux codes d’une masculinité qui se cherche, brisant les normes ancestrales d’une virilité plus délavée que son jean Diesel…

 

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Vous avez dit « métrosexuel »… ?
« Métrosexuel » : le vocable lui-même prête à interrogation, et le recours à l’étymologie ne nous sera d’aucune utilité puisque, entendons-nous bien, il ne s’agit nullement de faire la promotion d’un film pour adultes se déroulant derrière la machine à kinders bueno de la ligne 6. L’idée était bonne mais le sujet, un peu trop marginal, n’aurait peut être pas mobilisé votre attention… Tandis que le métrosexuel, lui, est la personne la plus intégrée et la plus branchée du moment. Au point que vous en connaissez certainement un, sans vous en douter, et qu’il se pomponne peut-être même tous les matins dans votre salle de bain.
Le plus souvent le métrosexuel se signale par une petite trentaine, ou une quarantaine qui ne fait pas son âge, un job rentable, un physique élégant et une petite amie à mi-temps. Loin des clichés machos d’une virilité négligée, supposée suinter la testostérone, lui prend le plus grand soin de sa peau et de son bronzage. Le samedi il a rendez-vous chez le coiffeur et la manucure, et demain, non, il n’est pas disponible parce qu’il va au spa. Oui il a la carte de fidélité.

 

Créé en 1994 par Mark Simpson, le concept est rapidement devenu incontournable pour décrire cette classe d’hommes qui ne cesse de s’étendre, si représentative de notre société. « Métro » signifie que notre ami habite en ville, dans une métropole de préférence, seule à même de lui offrir les night clubs et coiffeurs à sa mesure. Depuis quelques années, le métrosexuel comme sa cousine Lolita s’affirme dès le plus jeune âge, et les quartiers aisés regorgent aujourd’hui de préados qui collectionnent les chaussures à l’âge de 12 ans. Très attentif aux marques qu’il porte, il ne se pare que de griffes à son image : Calvin Klein, Diesel, Energy, ou encore Replay. Il est clair que le temps de la panoplie jean/tee-shirt, que l’on portait en continue jusqu’à son premier job (avec son unique pantalon, usé avec patience et amour…), est désormais révolu. Car le métrosexuel ne s’habille pas, il se décore pour susciter l’attention et l’admiration.
De fait, le gratin de la métrosexualité se rencontre parmi les peoples qui s’ étalent à la Une d’un Gala ou d’un Voici. Tout en haut du podium se tient leur maître incontesté : David Beckham, idole vénérée, admirée et copiée. Pour beaucoup dont Mark Simpson, notre théoricien favori, le footballeur adoré restera celui qui révolutionna la culture masculine anglaise et propagea l’image du métrosexuel dans toute la société. Par son enviable compte en banque, sa garde robe suprêmement branchée et sa Spice Girl d’épouse légitime, il est le Ken des temps modernes.

Mais qu’a-t-il donc dans le crâne ?
Le maquillage, les soins du corps et la mode : les métrosexuels empruntent sans complexe aux femmes, et surtout aux homosexuels. Mais n’allez pas faire de confusion, car la plupart d’entre-eux sont parfaitement hétérosexuels. Pourtant notre ami, par sa personne délicieusement soignée, suscite un désir plus qu’ambigu mais très bien assumé : hommes et femmes l’admirent également, pour son plus grand bonheur. Ainsi Ian Thorpe, nageur australien au torse lisse et bronzé, fut-il longtemps considéré comme une icône gay ; alors que lui se voyait seulement comme un hétérosexuel au style un peu différent. De même notre footballeur favori se dit-il ravi de son statut de sex symbol homosexuel :l’important n’est-il pas d’être admiré ?
Ce qui transparaît clairement derrière tout cela, c’est qu’un métrosexuel est avant tout un homme en quête d’une identité fluctuante. Ainsi que le prône le mouvement Queer, le genre se définirait désormais moins par le sexe que par la façon dont chacun se comporte. Or, les trentenaires d’aujourd’hui sont aussi le résultat de 40 ans déstabilisation de l’identité traditionnelle masculine. Le féminisme, d’abord, brisera la distribution conventionnelle des rôles entre les sexes et des caractères entre les genres. Désormais les femmes travaillent, sont indépendantes et battantes, et les hommes voient leurs capacités et leur utilité profondément remises en question. Car les métrosexuels déclinés au féminin, dans leur rôle conquérant et dominant, sont aussi à la recherche d’hommes « décoratifs », à afficher comme attribut de leur réussite. C’est donc avant tout en quête de leur identité perdue que les hommes se réapproprient des codes traditionnellement homosexuels ou féminins.

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L'enfant-roi a grandi

Autre caractéristique : engendré par la génération 68, le métrosexuel est souvent le fruit choyé de parents adolescents. Sans en prendre conscience et pour son propre bien, ils le condamnent avec amour à ne pas dépasser l’âge de 17 ans. Enfant narcissique, privé de modèle masculin stable, il se cherchera toute sa vie et conservera le besoin de s’amuser, d’être beau et admiré. Cerise sur le gâteau, nos trentenaires baigneront toute leur enfance dans le consumérisme des années 1970-1980, et seront frappés de plein fouet par le spleen qui devait suivre la période faste. Désintéressé de toute idéologie, libéré (ou privé, selon le point de vue) de toute norme, il est sa propre finalité et voué à consacrer sa vie à la satisfaction de son plaisir…

Il est beau, il est riche et il sent bon, il fallait bien lui trouver un défaut quelque part… Et de fait, c’est tout de même un assez gros défaut. On pourrait même parler de la pire nouvelle de l’année : pour sa compagne, nul nirvana n’est accessible par le chemin de la couette (horreur !). En effet, conséquence de tout ce que l’on vient de décrire, le métrosexuel est complètement, absolument et exclusivement narcissique. Absorbé par sa propre personne, il dédie toute son existence à susciter et recueillir l’adoration de ses fans. C’est essentiellement pour cette raison que le métrosexuel est un célibataire par nature, collectionnant les aventures à l’infini et se servant le plus souvent de l’autre comme faire-valoir. Son plaisir passant naturellement avant toute chose, il est la seule norme qui dirige sa vie sexuelle et sentimentale. Or il se trouve que pour grimper au rideau, encore faut-il que les deux partenaires s’écoutent l’un l’autre, chose que le métrosexuel est bien incapable de faire. Notre ami veut qu’on le prenne tel qu’il est, et il est malheureusement douteux que son immense amour narcissique lui laisse le loisir d’aimer et de combler une autre personne.…

Que les hommes assument enfin leur part de féminité : tel était le rêve secret de beaucoup de femmes… Qu’il sache s’habiller et qu’il soit élégant, qu’il sente bon, qu’il apprécie ce qui est beau et raffiné. Qu’il sache pleurer, parfois, qu’il aime lire et les fleurs du jardin. Un homme sensible, enfin. Force est de constater que le bon Dieu a entendu une partie du message mais, soit qu’il ait été frappé d’Alzheimer, soit qu’il ait voulu punir la femme exigeante, toujours est-il qu’il lui a envoyé un Adam éperdu d’amour.. pour sa personne. Et puisqu’il incombe désormais à chacune d’entre-nous d’éduquer son métrosexuel, pour le rendre apte à la vie à deux, autant être ferme: à partir de maintenant, c’est salle de bain et autobronzant à part.


Jasmine Saunier


Les évolutions dans l’industrie de la mode et du cosmétique


Grâce au courant métrosexuel, l’industrie du luxe et de la beauté n’a jamais été aussi florissante. En effet, lorsque le sophistiqué, le riche et le clinquant reviennent à la mode, c’est une formidable opportunité économique qui s’offre aux entreprises du secteur. Les marques traditionnellement destinées aux femmes ne s’y sont pas trompées et n’ont pas hésité à lancer des gammes adressées tout spécialement à ces nouveaux hommes. Les cosmétiques de Jean Paul Gautier ont ainsi connu un succès remarquable sur des produits très typés comme le fond de teint (« Belle Mine ») et le crayon à yeux (« Beaux Yeux »). Le mouvement se démocratisant rapidement, la publicité a porté et amplifié la tendance, ventant par exemple l’émotion authentique de nos mâles aux volant de telle ou telle voiture : émouvant n’est-ce pas?Beaux Yeux »). Le mouvement se démocratisant rapidement, la publicité a porté et amplifié la tendance, ventant par exemple l’émotion authentique de nos mâles aux volant de telle ou telle voiture : émouvant n’est-ce pas?

 


Livres

Christine Castelain-Meunier

Blog
http://www.lemetrosexuel.com

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