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Une guerre contre le corps C’est un constat avéré, hommes et femmes sont en guerre contre leur corps : rides, graisse, poils, odeurs, sécrétions dérangent et sont à bannir(1) . Lorsque les femmes ont commencé il y a quelques années à jouer avec leur pilosité pubienne, cela a pu apparaître ludique : « en V », « ticket de métro », … . On a pu se dire qu’il s’agissait d’une nouvelle mode, éphémère comme tant d’autres, toutefois, en termes de sexualité, les modes ont tendance à s’inscrire dans la durée et cela même si elles ne répondent à aucun besoin spécifique, comme c'est le cas des sex-toys. Mr et Mrs Clean ont pris le pouvoir! Néanmoins, il semblerait qu’aujourd’hui l’épilation pubienne intégrale ravisse les esthéticiennes qui voient fleurir leur business ; les 15-25 ans seraient les plus consommatrices de ce genre de pratiques, qui ne sont d’ailleurs plus l’apanage des femmes, puisqu’il semblerait que les jeunes hommes soient eux aussi adeptes du « maillot intégral ». Il serait, selon eux, plus aisé de solliciter et d’obtenir une fellation par leur partenaire dans ce cas là ; il est également possible d’y voir une tendance amenée par la pornographie Si on pense hygiène corporelle, on pourrait trouver cette évolution intéressante, mais le phénomène ne s’arrête pas à l’épilation : les odeurs corporelles et a fortiori génitales dérangent aussi. De même, toutes sécrétions (vaginales, règles) pouvant nuire au quotidien, mais surtout à « l’épanouissement » de leur sexualité(2) , commencent à être proscrites, même si pour certaines femmes, l’arrivée des règles reste un soulagement voire un repos bien mérité après trois semaines de sollicitation. Nous sommes dans l’ère du consommable, et le corps n’y échappe pas. Il faut, tel un package commercial, qu’il (se) présente bien et qu’il soit attrayant. Catherine Hakim se pose à ce propos la question suivante : « Le XXIème siècle sera-t-il érotique » ? Selon elle, l’existence d’un capital érotique individuel serait un atout valorisé dans nos sociétés modernes . Dans ce nouveau type de sexualité (du tout consommable), ce qui fait la part belle aux sens n’a plus sa place : le toucher doit se contenter de rencontrer des surfaces lisses, polies, glabres, le nez lui peut espérer rencontrer comme seule odeur celle du lubrifiant ou de la lotion de massage, quant aux yeux, plus rien ne vient les heurter. Ce qui pouvait stimuler, exciter, régaler nos papilles et nos pupilles n’a plus de possibilité d’existence. L’excitation passerait plus facilement par l’envie du partenaire parfait décrit par les médias (ce que les normes sociales nous imposent ) que par l’éveil des sens. Quid de la sensualité ? On ne s’échange plus rien, on n’apporte rien à l’autre si ce n’est l’envie partagée d’une sexualité mécanique, limite robotique pardonnez-moi l’expression mais on baise pour baiser). On peut en arriver à se demander si hommes et femmes ne vont pas finir par se ressembler et si le but dans tout cela n’est pas d’avoir des corps non différenciés (voir le phénomène de l’unisexe dans la mode). On peut aussi se poser la question suivante: si les femmes maitrisent leurs odeurs, leur pilosité, leurs règles, …, et si les hommes commencent à gérer leur pilosité après avoir géré leurs odeurs, quelle sera l’étape suivante ? Va-t-on voir émerger un courant proscrivant l’émission de sperme, un acte sexuel où l’éjaculation n’aurait pas sa place ? Aussi, comme toutes les modes, il ne s’agit pas de tout prendre et de tout faire à l’identique. C’est d’autant plus le cas en termes de sexualité où suivre les modes est devenu une obligation qu’impose un des partenaires et ne convient pas toujours à l’autre (sodomie, échangisme,…). La sexualité se travaille et se pratique en couple mais rarement en se basant sur les écrits d’un magazine ou une émission de radio. L’épanouissement sexuel ne passe pas par ce genre de changement de mentalité. D’où mon envie de revenir à un corps qui n’est pas un produit de consommation, et de laisser la nature et le corps produire ce qu’ils doivent. Si l’évolution doit nous enlever ce reste d’animalité, nous le verrons mais d’ici quelques milliers d’années.
Sébastien Philippe Psychologue Clinicien, Sexologue (1) Cf. « Je peux pas, j’ai mes ragnagnas » de Monsieur R, http://lautre sexe.com (2) En effet, il ne s’agit pas seulement de lutter contre son corps pour obtenir un certain confort (certaines pilules enlevant la douleur des règles, l’incorporation d’ovule pour l’odeur de la flore vaginale par exemple) ; il s’agit de prendre la maîtrise de son corps pour gérer son quotidien et surtout sa capacité à consommer ou être consommé en enlevant tout écoulement de menstrues. Pour plus de détails, voir l’article de Christine Vilnet « Règles…, et si on tirait un trait ? », Fémina Juillet 2010. (3) Catherine Hakim, Erotic capital, 2010, European Sociological Review. (4) « Lorsque l’on est un homme politique, une vedette des médias ou un grand directeur de société, avoir une belle femme reste toujours une bonne plus-value sociale »Sciences Humaines (2010), N°218. (5) Les féminités, Cahier de l’Observatoire Nivea vol. 12 |
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