De la très grande faute des femmes
Depuis
quelques semaines l’été arrive, le soleil se fait
encourageant et le bikini trône dans la penderie. En deux mots :
s’il vous plait, chers sexologues, allez à la plage plutôt
que d’écrire des livres.
La première lecture intrigue, la seconde laisse perplexe, mais
la bénédiction du sexologue confirme : l’échec
de la relation sexuelle vous incombe entièrement. A vous, à
nous, bref, aux femmes. Si nous n’étions pas si résignées
et, avouons le enfin, fainéantes, les hommes, pleins de bonne
volonté, se révèleraient des amants extraordinaires
! Il ressort en effet de cet article que nos hommes, certes un peu rapides,
sont honteusement trompés par les vilaines simulatrices que nous
sommes. En tant que « robots Kitchen Aid multifonctions »
au fonctionnement si compliqué, pourquoi n’enseignons-nous
pas notre mode d’emploi à notre partenaire ? Pourquoi
nous acharner à le tromper en l’envoyant sur de fausses
pistes ? Par crainte, honte, ou par pure méchanceté ?
Car voilà bien le drame, la terrible sentence : nous sommes
de « piètres maîtresses »...
Espérons, chères femmes, que vous aurez compris la leçon,
et que, rongées de culpabilité bien méritée,
vous n’oublierez pas ce soir de prendre les choses en mains et
de vous donner à 250%. Et si ça ne marche pas, taisez-vous
car vous avez mal fait : il ne vous reste plus qu’à
aller consulter notre chère sexologue, qui vous expliquera enfin
en quoi vous avez tort et pourquoi vous êtes nulle.
Intéressant point de vue qui n’explique pourtant pas grand-chose
au pourquoi de la simulation, sujet que l’article était
pourtant sensé traiter. Face à cette question, la honte
et la crainte paraissent de piètres explications: il y a sans
doute nettement plus de femmes qui simulent que de femmes qui éprouvent
ces sentiments vis-à-vis de leur partenaire. La résignation,
quant à elle, a bien une origine !
Faut-il rappeler que la majorité des femmes n’éprouvent
que peu, voire aucun plaisir ? Que la plupart d’entre-elles
ressentent d’abord l’amour qu’elles ont pour leur
partenaire ?
Maintenant, penchons-nous donc sur le petit encart jaune situé
à gauche de l’article…et l’on s’apercevra
que le problème se situe peut être aussi un tout petit
peu du côté de l’homme. En grosses lettres fushias
de 2cm de haut, un chiffre : 14,6 minutes. On aurait pu en rire,
mais voilà que tout cela manque de précision, et paraît
même un rien prétentieux. De toute évidence, ces
« presque 15 minutes » doivent inclure le temps
de trajet jusqu’à la chambre, la fermeture des doubles
rideaux (en comptant le moment où la glissière est coincée
dans la tringle), et le déshabillage (y compris les bottines
à lacets). Peut-on sérieusement affirmer que ce temps
est suffisant pour qu’une femme éprouve du plaisir ?
Manifestement oui, puisque la littérature sur la question semble
croire que, lorsque problème il y a, c’est aux femmes de
le régler. Les magazines féminins, en particulier, ne
cessent d’encourager celles-ci à prendre en charge la sexualité
du couple, comme si tout cela ne dépendait que d’elles-mêmes.
Achetez des sex toys, des parfums et de la lingerie érotique,
mettez de la musique d’ambiance, essayez telle ou telle position,
ne soyez pas si coincées ! Évidemment, si vous ne
disposez que de 15 minutes au maximum, vous devrez faire preuve d’une
grande forme physique pour avoir le temps de faire tout ça…

L’angoisse, l’amour
et la simulation
Trêve de plaisanterie. Les femmes sont suffisamment culpabilisées
comme cela, faut-il vraiment en rajouter ? La simulation intervient
d’abord pour cette raison : les femmes, baignées dans
ce que certains auteurs ont appelé « la tyrannie du
plaisir » (Jean-Claude Guillebaud), éprouvent la sensation
d’être à l’origine de leur malheur. Tout autour
de nous les magazines et leurs pseudo témoignages, les films
et les publicités, les reportages, la culture elle-même,
nous offrent des exemples infinis de sexualité épanouie
où la femme est facilement et naturellement comblée. Les
très jeunes filles vivent dans la certitude que leur sexualité
suivra évidemment ce chemin (puisqu’elles sont « normales »).
Lorsque cela ne se passe pas comme prévu, dans la majorité
des cas, c’est la surprise : pourquoi ? A cause d’elles
leur répond-on. Parce qu’elles n’en font pas assez,
ou pas assez bien, parce qu’elles ne sont pas suffisamment performantes.
C’est donc déjà, et pour longtemps, de leur faute.
D’ailleurs, est-ce qu’elles ne seraient tout simplement
pas « anormales » ? Incapables d’éprouver
du plaisir alors que toutes les conditions sont réunies ?
Là est le problème, et c’est bien plutôt ce
genre de résonnement qui pousse une femme à simuler son
plaisir.
Les femmes ne sont pas aussi passives que l’on voudrait nous le
faire croire, mais lorsque cela ne fonctionne pas, elles en prennent
souvent injustement la responsabilité.
Il ne faut pas oublier non plus que les hommes et les femmes ne donnent
pas la même signification à leur sexualité. Ces
dernières, bien plus que leur partenaire, accordent naturellement
une forte dimension relationnelle et affective à l’acte
sexuel. Une femme écoute son compagnon et cherche d’abord
à lui faire plaisir. De là, parfois, le recours à
la simulation si elles ne ressent pas le plaisir attendu : « le
pauvre, il fait de son mieux, ce n’est pas de sa faute si je ne
ressens rien ! ». Les femmes se satisfont d’abord
de sentir l’homme qu’elles aiment dans leurs bras. Les hommes,
au contraire, sont d’abord à leur propre écoute,
et c’est en cela qu’il y a un gros travail à faire.
C’est aussi à l’homme de s’intéresser
suffisamment à sa compagne pour comprendre que, même si
sa partenaire a beaucoup crié, il est impossible qu’elle
ai joui en 5 minutes 45…

Les femmes sont souvent bien
plus conscientes que les hommes de la nécessité d’améliorer
la relation. C’est donc désormais à ces derniers
de faire l’effort de se contrôler et d’être
à l’écoute de leur compagne. Le dialogue est toujours
un élément essentiel du couple. Il n’est peut-être
pas évident d’en parler sur le moment, la technique du
GPS pouvant parfois s’avérer fatale (« non,
pas comme ça…Non, ça fait mal ça. Bon
ça fait rien. »)… Il vaut mieux en parler avant,
ou après. Car les hommes, quoiqu’en dise l’article,
ne pensent pas « à rien » après
l’amour. Lorsque c’est le cas, il ne faut pas s’étonner
que la partenaire n’ait pas éprouvé grand-chose :
lui était sans doute si bien tourné à l’intérieur
de lui-même, vers son propre plaisir, qu’il en aura oublié
qu’il n’était pas tout seul…La sexualité,
pour être épanouissante, est d’abord un dialogue,
et non la convergence de deux partenaires vers le plaisir d’un
seul. C’est aux hommes de comprendre cela, et avec un peu de bonne
volonté ils en sont tout à fait capables. A ce niveau,
ils seront sans doute d’accord avec moi pour que l’on cesse
de les prendre pour de pauvres petits animaux instinctifs guidés
par leurs hormones : ça n’est guère valorisant.
Culpabiliser les femmes n’est donc certainement pas la chose à
faire, alors qu’elles portent déjà le poids de la
réussite où de l’échec de la sexualité
du couple. Cela peut en effet être à l’origine d’une
angoisse qui, de toute façon, bloquera toute chance d’éprouver
le moindre plaisir. Le dialogue et la communication restent les éléments
essentiels pour l’épanouissement des deux partenaires.
Les hommes, quant à eux, ont un gros travail à faire sur
eux même pour être réellement à l’écoute
de leur partenaire et faire en sorte de doubler ces malheureuses « presque
15 minutes »…Dans tous les cas, mesdames et mesdemoiselles,
déculpabilisez-vous !

Régulièrement, le fabricant de
préservatif Durex fait des enquêtes dur la sexualité,
e 2004, 41 pays et plus de 350000 personnes avaient apporté leur
témoignage. Les chiffres cités dans l'article proviennent
d'une enquête réalisé de Août à Septembre
2006 auprès de 26000 personnes, on en lira aussi la synthèse
qu'en présente Le
Monde dans son édition web du 27 Juin 2007.
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