L'image
de la femme idéale s’élabore à partir de
modèles valorisés et de codes signifiants: le vêtement,
la coiffure, le maquillage, le style de vie, le parfum, les sous-vêtements.
Cette image passe aussi par Ie choix de 1'activité. En dépit
de leur apparente accessibilité à tous, certains domaines
professionnels demeurent des spécialites à dominante féminine
ou masculine. La culture feminine s'élabore sous l’influence
éducative du milieu familial, scolaire, et au travers d’images
captées à differentes sources médiatiques.
La femme ideale d'aujourd'hui se differencie beaucoup de celle du début
du XXe siècle.Certains critères demeurent cependant, comme
la permanence des thèmes de la presse féminine : mode,
beauté, amour, enfants. Mode et beauté sont des thémes
qui concernent la femme séductrice et partenaire de l'homme.
Quels artifices choisir pour mieux attirer 1'attention d’un partenaire
convoité, mettre en valeur sa beaute? La femme ideale d'aujourd'hui,
comme ses ancêtres depuis la nuit des temps, développe
ses talents et son imagination pour être belle. Le but de cette
activite n'est pas toujours avoué, car 1'image de la femme ideale
qui mène sa vie privée et sa carrière professionnelle
avec maîtrise et énergie ne s'accommode pas toujours très
bien de celle de la séductrice, sauf sans doute dans les fantasmes
masculins. Progressivement, 1'image de la femme s'édifie
a partir de différents codes. Le vêtement, en
particulier, joue à la fois le rôle de carte d'identité
sociale et de parure, incitant ou inhibant certains types de relations.
Une femme
vêtue d'un tailleur strict et sombre, les cheveux serrés
en catogan, portant des lunettes et des chaussures plates, présente
une image sévère; elle évoque davantage la maîtresse
d'école d'autrefois qu'un top model, et, par conséquent,
cette image influence le style de ses relations.
Des
styles vont se dessiner, qui permettent d'identifier la femme en fonction
de son appartenance sociale: la bourgeoise
bon chic bon genre, la baba cool en tenue ethnique, la croqueuse d'hommes
perchée sur ses talons aiguilles, 1'executive woman glaciale,
la frimeuse affichant la marque de ce qu'elle porte, la punkette en
haillons, la cyber-heroine body buildée, canon...Comme il se
doit. À chacune son charme, mais quel que soit le choix, il faut
que 1'image accroche, intéresse et porte un rêve. D'ailleurs,
la premiere rêveuse, c'est la femme qui se pare pour ressembler
au modèle qui pilote ses choix. L'image de certaines femmes en
contamine des milliers d'autres qui s'appliquent à lui ressembler.
Les médias et la publicité utilisent 1'image des femmes
politiques, mannequins, chanteuses, actrices, sportives comme modèles
d'identification permettant de mieux vendre differents produits de consommation.
Toutes ces images de femmes contribuent à fabriquer une représentation
aux multiples aspects qui dessine un idéal féminin en
fonction duquel s'organisent les choix individuels.
Quelques
personnages de référence issus de la fiction ou de la
realite apportent leur contribution à1'édifice.
La poupée Barbie en fait partie, qui choquait
les féministes par 1'arrogance de ses formes et son sex-appeal
affirmé. Les versions actuelles de Barbie ont changé par
rapport aux premieres, sous 1'influence de mouvements féministes
choqués par les formes de la poupée. Les fabricants 1'ont
dessinee moins "parfaite" Ie nez un peu plus long, la poitrine
moins volumineuse; elle conserve cependant son allure de mannequin.
Le phénomene Barbie a marqué des décennies de petites
filles qui ont rêvé de lui ressembler. La fameuse poupée,
interdite dans certains pays de culture islamique, y fait son apparition,
voilée, comme il se doit. Le pouvoir de séduction et d’idenfication
de Barbie est immense et international!!! Barbie représente aujourd'hui
comme hier une femme préoccupée de son corps/ de sa beauté,
de son pouvoir de séduction. Belle, jeune et riche/ elle ne fait
pas la cuisine, n'élève pas une nombreuse et bruyante
marmaille, mais se promène dans un cabriolet rose, paresse au
bord de sa piscine et bavarde avec ses copines dans sa somptueuse villa!
Le bonheur à la Barbie reflète le rêve américain
et se fonde sur la possession de biens et sur la chance, deux éléments
depuis toujours fédérateurs des désirs populaires.
Qui ne rêve pas en effet d'être ainsi: belle, jeune, riche
et vivre activement son oisiveté tout en guettant le prince charmant?
Le caractère immoral de Barbie fait l’unanimité,
mais ne se fonde pas sur les mêmes critères selon le camp
qui la dénonce!
D'autres personnages, plus conformes à la morale, participent
à la construction d'une image de 1'idéal féminin.
Blanche Neige, aujourd'hui un peu vieillotte, et ses jeunes soeurs issues
de 1'imagination américaine représentent un certain type
d’héroïne bien pensante, romantique et sexuellement
correcte.
Une héroine
comme Scarlett O'Hara d'Autant en emporte le vent a servi de modèle
aux adolescentes de sa génération, et encore aujourd'hui,
de nombreux rôles féminins au cinéma en reprennent
les grands traits.
Des personnages supposés réels exercent aussi leur influence.
Jeanne d'Arc, par exemple, représente un modèle d'heroïne
idéaliste, passionnée prête à toutes les
extrémités pour défendre sa vérité.
La renommée de Jeanne d'Arc, prodige de longevité, défie
les siècles, et les diverses interpretations du personnage portees
sur la scène comme au cinéma ou dans la litterature conjuguent
leurs contradictions sans porter atteinte au mythe. Plus pres de nous,
Lady Diana a connu une célébrité mondiale incarnait
aussi un certain ideal féminin et permettait une solide identification
en véhiculant 1'image d'une personne déterminée,
engagée à fond dans sa quête du de l’amour
et du bonheur.
On pourrait en citer beaucoup d'autres, notamment des actrices de cinéma,
connues pour avoir fait rêver des milliers de femmes, qui s'efforcaient
de les copier, et fantasmer des milliers d'hommes. La réalite
du milieu familial dans lequel se déroule 1'enfance et 1'adolescence
se mêle à ce monde de rêve que traversent heroïnes
et aventurières. Ce ne sont pas que les mères qui transmettent
la culture féminine,
les pères y participent aussi en exprimant les attentes et les
objectifs qu'ils estiment corrects pour leurs filles. Les mères
transmettent souvent inconsciemment leur propre modèle; on observe
souvent que les filles dont la mère travaille à 1'extérieur
du foyer réussissent généralement mieux à
1'école que celle dont la mère reste à la maison.
Ce critère n'étant pas valable pour les garcons, on peut
attribuer ce constat à 1'application d'un modèle plus
valorisé de la femme qui travaille à 1'extérieur
( en 2005, 46% des travailleurs sont des femmes). Les filles dont la
mère n'attache que peu d'importance à son image, soit
adoptent la même attitude, soit s'y opposent en surajoutant les
comportements contraires. Toutefois, ceux-ci demeurent quelque peu artificiels
n'ayant pas été intégrés precocément,
mais appliqués en mode d'opposition.
Le décalage des génerations entre mère
et fille n'empêche pas de noter certains points communs
relevant de la culture feminine, notamment 1'image de soi, celle du
partenaire et le style de la relation de couple. Les mères qui
ont vainement rêvé d'un prince charmant, puis épousé
un brave monsieur un peu rondouillard, soldent à leur tour leurs
frustrations avec quelques kilos de trop et transmettent a leurs filles
un message des plus clairs : on n'épouse pas les princes charmants.
Les limites des interdits se dessinent d'abord dans la culture familiale
ou 1'on enseigne ce qui est conforme au féminin comme au masculin.
La grossièreté de langage, la prise de parole intempestive,
par exemple, sont jugées avec plus de tolérance au masculin
qu'au féminin. La répartition des tâches domestiques
releve aussi de ces différences : passer 1'aspirateur, faire
la cuisine et la vaisselle sont autant de travaux partagés par
chaque sexe. En revanche, tout ce qui touche à la lessive demeure
Ie plus souvent Ie domaine de la femme, à 1'exception du repassage
qui, jugé plus noble que le lavage, dans certains cas, est assure
par 1'homme.
Le milieu scolaire tendrait plutôt à abolir les differences
en ne les faisant pas, au nom de 1'égalite. Le terme d'élève
demeure "neutre" puisque sa forme ne varie pas d'un genre
à 1'autre! Cependant, la séparation des sexes est tres
nette depuis 1'ecole. Les filles et les garcons se mélangent
rarement pour jouer, d'autant qu'ils n'ont pas les mêmes centres
d'interêt, ni les mêmes jeux, et surtout parce que leur
développement ne s'effectue pas au même rythme. A 1'âge
ou les petites filles jouent avec leurs poupées mannequin, les
petits garcons jouent a 1'homme chauve-souris!
Le monde des jouets marque nettement les differences:
les jeux techniques et guerriers pour les garcons, les jeux d'identification
du rôle feminin pour les filles. Depuis quelques années,
on voit cependant certains jeux d'assemblage de pièces specialement
destinés aux filles. Ainsi, tres tôt, Les enfants apprennent
qu'il y a des couleurs féminines: le rose et le clair pour les
filles, le bleu et les couleurs foncées pour les garcons.
Le monde du travail conforte à son tour les modèles de
comportement feminin dejà acquis dans le milieu familial, en
y ajoutant leurs contraintes specifiques. Même si la plupart des
carrières sont aujourd'hui ouvertes aux femmes, la manière
d'y réussir differe, car les femmes conquièrent plus souvent
le pouvoir par la persuasion, la patience , la détermination
que par d'autres qualités plus valorisées chez les hommes.
L'exercice de 1'autorité au féminin n'emploie pas les
mêmes moyens; 1'affrontement direct est souvent évité
et les voies détournées privilegiées. L'aptitude
à la négociation semble plus féminine/ tandis que
celle au commandement attire plus les hommes.
La culture féminine représente un terrain
de choix pour le commerce, et le marché qu'elle représente
intéresse de nombreux secteurs. Les médias proposent tous
des produits spécifiques. Par exemple, la littérature
dite, non sans mépris “feminine” ou “sentimentale”
réalise d’importants chiffres d'affaires. À certaines
heures de la journée les programmes de la télévision
s'adressent tout particulièrement aux femmes. De nombreuses entreprises
de vente par correspondance s'adressent, elles aussi, a un public féminin.
Changer de nom figure aussi parmi les caractéristiques de la
culture féminine. En effet, seule la femme, dans notre société,
change de nom en se mariant. Cette coutume exerce une influence importante
et produit quelquefois des changements de comportement tout a fait spectaculaires.
Changer de nom n'est pas une affaire anodine, car cela modifie1'identité
de la femme (elle ne peut done plus être exactement la même
en portant le nom de son mari). C'est aussi une manière symbolique
d'affirmer la rupture de la femme avec son univers familial antérieur.
Quand on change ainsi d'identité, on change aussi sa représentation
de soi, les rôles qu'on choisit d'assumer et les attentes vis-à-vis
de soi-même et des autres. Ces changements se manifestent dans
le comportement. La confiance en soi s’accroît, la nouvelle
identité a plus de poids social. Il existe une grande différence
d’impact entre “mademoiselle” et “madame”;
même si aujourd’hui le célibat souvent prolongé
relégue au placard l’image péjorative et surannée
de la “vieille fille”.
Être femme et s’assumer en tant que telle résulte
donc du bain culturel ambiant, et de l’aptitude à en intégrer
ou à en rejeter les normes.
Sofia Hudic
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