Médicalisation de la sexualité, les enjeux réels

Commentaire de l’éditorial d’Alain Giami, PhD, Directeur de recherche à l’Inserm, pour la revue Sexologies, organe de presse de l’EFS (European Federation of Sexology).

Dans un récent article, Alain Giami, Directeur de recherches à l’INSERM, explique que depuis l’apparition des traitements médicamenteux de l’impuissance masculine et ceux plus récents conçus pour vaincre les dysfonctions sexuelles de la femme, on parle de médicalisation de la sexualité. Ce terme rappelle Alain Giami appartient au langage de la sociologie américaine et désigne le «fait de définir un comportement comme un problème médical ou une maladie et de mandater et autoriser la profession médicale pour y apporter des traitements.» Le phénomène n’est pas nouveau, l’homosexualité a été considérée comme une déviance (c’est toujours le cas dans de nombreuses cultures) avant d’être reconnue comme une maladie, puis d’apparaître aujourd’hui comme une identité sexuelle égale à l’hétérosexualité, décriée aujourd’hui pour son influence sur la théorisation de la sexualité. «les savants et experts commente Alain Giami sont fortement ancrés dans leur identité de genre, leur expérience et dans leurs orientations sexuelles autant que dans les savoirs dans lesquels ils ont été formés. Mais, ne peut-on retourner le compliment à toute personne revendiquant une identité de genre?


La médicalisation de la sexualité est porteuse de lourds enjeux notamment pour l’industrie pharmaceutique qui s’attache à trouver des preuves scientifiques afin de mettre au point de nouveaux traitements et d’en établir l’efficacité. La revue «Journal of sexual medecine» représente parfaitement cette posture, à la fois par les sujets de recherche et les méthodes scientifiques mises en œuvre pour les étudier.


Mais, ce que les uns considèrent comme un progrès, apparaît comme une dangereuse réduction pour d’autres, sexologues, sexothérapeutes, psychothérapeutes qui tentent d’aborder les problèmes sexuels dans leur dimension psychologique et socio culturelle. Les critiques portent sur le fait que réduire la sexualité à ses fonctionnalités mécaniques ne saurait rendre compte de la complexité des problèmes et encore moins d’apporter des réponses satisfaisantes et durables. D’autre part, on reproche à la médicalisation de la sexualité de traiter les problèmes féminins comme de simples variantes des problèmes masculins, posant qu’une sexualité féminine épanouie et libérée devrait ressembler à celle des hommes.


De ces considérations qui s’opposent pourrait émerger une autre approche de la sexualité, alliant les connaissances théoriques, scientifiques et médicales, sans ignorer les éléments psychologiques, sociaux et culturels. Cela implique une exigence forte que peu de sexologues s’imposent, d’autant que seule une minorité d’entre eux exerce à temps plein cette discipline, les autres se limitant à ajouter une touche finale de sexologie à leurs pratiques professionnelles. La réflexion d'Alain Giami que nous avons résumée ci-dessus est fort intéressante  et conforte sexologie-magazine dans sa perception transversale de la sexualité humaine.

Conrad, P. (2007). The medicalization of society. Baltimore: The Johns Hopkins University Press.
Corbin, A. (2008). L'harmonie des plaisirs. Les manières de jouir du siècle des Lumières à l'avènement de la sexologie. Paris: Perrin.
Fausto-Sterling, A. (2000). Sexing the body. Gender politics and the construction of sexuality. New York: Basic Books.
Giami, A. (2007). Une histoire de l'éducation sexuelle en France : une médicalisation progressive de la sexualité (1945-1980). Sexologies, Revue Européenne de Sexologie et de Santé Sexuelle, 16(3), 219-229.

catherine Cudicio

 


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