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Homme
au foyer, alors heureux?
Entretien avec Catherine Cudicio,
Psychanalyste, coach, réalisé avec Levana Siboni, pour MySmooze,
le portail du couple
De plus en plus
d'homme restent à la maison, quelles sont leurs motivations?
Alexandre, 40 ans, et Dominique sont mariés et ont deux enfants.
L’un et l’autre travaillent et constatent que, si leurs revenus
augmentent, leur qualité de vie diminue. Ils font leurs comptes
et décident un changement radical. Les revenus de Dominique sont
plus élevés, ce sera donc elle qui travaillera à
l’extérieur tandis qu’Alexandre s’occupera de
la vie quotidienne. Cinq ans plus tard, personne ne regrette ce choix…
Le mouvement
associatif des hommes au foyer est né en Italie en 2002, il
prône l’égalité des sexes, le développement
durable et l’écologie domestique. Ces trois thèmes
soutiennent le choix de « rester à la maison ». La
recherche de qualité au quotidien domine, Fiorenzo Bresciani parle
d’un art de vivre le quotidien, c’est tout dire ! Quand le
travail n’apporte pas les gratifications attendues, en termes de
revenus et de satisfactions, beaucoup se demandent s’il ne vaut
pas mieux s’intéresser à autre chose. L’homme
au foyer appartient en général à une classe sociale
aisée, il est instruit, il a réfléchi sur le sens
de sa vie , et ne craint pas de se singulariser. Certains hommes au foyer
font ce choix pour libérer du temps et s’engager dans une
quête parallèle: création d’une entreprise,
formation, art, bénévolat, vie citoyenne, politique. La
motivation de ce choix invoque les enfants, le suivi de leur éducation,
la construction d’un espace-temps d’épanouissement
familial.
Il faut aussi faire la différence entre « homme à
la maison » et « homme au foyer », le premier cas concerne
des hommes qui travaillent de leur domicile, le second d’hommes
qui n’exercent pas d’activité rémunérée.
Qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes, le travail à
domicile passe souvent pour une activité de dilettante laissant
toute liberté de faire autre chose…
Peut-on dire qu’en endossant ce rôle
qu’on attribue d’ordinaire aux femmes, les hommes vont au
devant de nombreuses difficultés ?
En apparence seulement, déjà, il s’agit le plus souvent
d’un choix librement accepté, seuls certains hommes s’y
autorisent et manifestent dans leur décision une volonté
de s’affirmer autrement que dans des codes machistes. Les moqueries
de la part d’autres membres de la famille, de voisins, d’anciens
collègues ne manquent pas, mais, le couple les écarte et
se rapproche de ceux qui ont choisi une voie différente.
L’homme au foyer va aussi découvrir un autre monde : les
nounous, les réunions de parents d’élèves,
les trajets scolaires, la vie domestique, les courses, la cuisine, le
ménage, la lessive…La difficulté principale c’est
le débordement !
Autre avantage, une compréhension différente de la femme,
une meilleure écoute de ses aspirations. L’homme qui reste
à la maison s’ouvre à un dialogue constructif avec
sa femme.
Le fait d’être un « homme au foyer » change t-il
quelque chose à l’intimité du couple ?
Le fait d’aller chercher la subsistance à l’extérieur
du foyer est considéré comme une caractéristique
du masculin, dans les sociétés traditionnelles, l’homme
chasse et la femme s’occupe de la cueillette. Mais, quand la répartition
sexuelle des rôles disparaît comme c’est le cas dans
les sociétés post modernes, le clivage homme à l’extérieur/femme
à l’intérieur n’a plus de raisons d’être.
On voit apparaître désormais une nouvelle virilité,
plus maîtrisée, plus exigeante aussi sur le plan qualitatif.
L’homme d’aujourd’hui veut réussir sa vie amoureuse.
Or il a pris du retard sur la femme qui depuis une bonne cinquantaine
d’années accède aux commandes de la société
et apprend à réconcilier sa féminité et son
pouvoir.
L’intimité du couple peut pâtir de la situation si
la femme harassée de soucis professionnels se montre peu disponible
face aux attentes de son compagnon …
L’intimité du couple aurait plutôt tout à gagner
de la présence de l’homme au foyer, il ne se considère
jamais comme l’esclave d’une tradition , mais comme le fondateur
d’un nouvel équilibre…
De
nombreux couples s'organisent en marge des modèles traditionnels,
il semble pourtant que la situation de "l'homme au foyer »
reste peu banale et continue d'être jugée et souvent montrée
du doigt ?
Si cette situation reste encore inhabituelle en France, fréquente
en Europe du Nord, elle fait désormais partie du paysage sociologique.
Qui dénigre les hommes au foyer ? Ceux qui cultivent le regret
d’un « âge d’or » dont l’existence
paraît plus que douteuse ? Ceux qui n’ont pas les moyens de
faire ce choix ? C’est déjà plus vraisemblable. L’évolution
des mentalités reste décalée par rapport à
celle des mœurs. Si de nouvelles organisations familiales apparaissent,
le modèle de la famille traditionnelle demeure… Les changements
de représentations sociale et psychologiques restent en mouvement,
mais ne changent qu’avec lenteur.
Une telle situation peut-elle nuire à
l’équilibre d’un couple et par ricochet à celle
d’une famille ?
Quand l’homme reste au foyer par suite d’une perte d’emploi,
il est contraint d’assumer ce rôle et ne s’y reconnaît
pas. Ce genre de situation affecte d’abord l’intéressé
qui ne retrouve plus ses repères, et, retentit sur les relations
conjugales et familiales. Par contre, si la situation résulte d’un
choix de vie, elle présente plus d’avantages que d’inconvénients
tant pour l’homme que pour le climat relationnel de son couple.
Aujourd’hui, hommes et femmes doivent construire leur destin et
ne peuvent plus se reposer sur des traditions devenues inadaptées.
Or, cette quête individuelle se heurte aux contraintes de la vie
à deux et de la famille. Apprendre à vivre ensemble, tout
est là !
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