Google
mise à jour le 4/12/07
Vie de couple: Les rythmes et le temps ; première partie les rythmes

 

Entrez dans la danse... Communiquer, c’est échanger, pas seulement des mots et des caresses ou les deux à la fois... La communication emprunte des voies moins évidentes, les rythmes et le temps. À notre insu, ces deux éléments exercent une forte influence sur l’ambiance de la vie à deux.
La vie à deux se déroule dans un contexte de temps et de rythmes, chacun utilise son rythme personnel. Certaines émotions se jouent sur un mode lent ou rapide propre à chacun, l’amour, la tendresse, la passion ne s’expriment pas sur le même rythme, ni dans le même temps. Le couple construit ses rites dans le temps et l’espace partagés; quand tout va bien, chacun joue sa “partition”, respecte le bon tempo et la “musique” produite charme inlassablement chacun. Quand le couple traverse des orages, décalages et dissonnances figurent au menu d’un concert cacophonique. La perception du temps et des rythmes prend soudain une importance démesurée, les “jamais” et les “toujours” se livrent alors une lutte acharnée...

Une “chorégraphie” du couple

Les rythmes s’expriment d’abord globalement au niveau du comortement non verbal.
Quand on dit de l’autre qu’il nous fatigue, nous saoûle, ou remue de l’air, d’un côté nous évaluons son rythme global, et de l’autre notre vécu. Débit de parole rapide, gestes fréquents et saccadés, brusques changements de posture, grande occupation de l’espace, mimiques expressives et variées, rapidité de la respiration, sont autant de signes indicateurs de ce rythme. Quand on vit à deux, il n’est pas toujours évident de s’accorder au rythme de l’autre, d’autant que chacun trouve son propre rythme “normal”, et celui de l’autre “décalé”: trop rapide ou trop lent. Si la différence est très importante, elle peut créer des conflits. Si l’un danse un hip hop et l’autre un slow, la “chorégraphie” du couple sera désquilibrée.
Si on regarde un film en coupant le son, on centre davantage l’attention sur les mouvements des acteurs, les mimiques, et les rythmes. Les personnages semblent “danser” sur une musique muette, “jouer” une partition connue seulement d’eux-mêmes. Dans un couple, on observe les rythmes de chacun, leur accord ou leur désaccord.


Un consensus inconscient


Comme les gestes et les autres comportements non-verbaux, le rythme global ne dépend pas d’un contrôle conscient. On pourrait tenter de modifier séparément chaque élément de son comportement, mais il demeure impossible de tous les contrôler simultanément. Dans une situation de communication, nous captons de très nombreuses informations, et nous les évaluons selon nos propres critères. Plus le comportement de l’autre ressemble au nôtre et plus nous avons tendance à le trouver “normal”. Et cela d’autant plus que, dans toute situation relationnelle, les partenaires tendent à s’accorder sur le même rythme en adoptant par exemple des postures similaires, en effectuant des gestes, en utilisant le même volume sonore et le même débit de parole. Ce consensus inconscient s’observe très facilement: on le nomme “mise en phase”, ou “mise en accord”. Dans une dispute aussi on observe un consensus! les rythmes s’accordent, les protagonistes du conflit s’opposent sur le contenu, mais s’accordent sur la manière de communiquer!


Des indices révélateurs


Cet accord rythmique n’a pas grand chose à voir avec le contenu de la communication, pourtant, il joue un rôle prépondérant car, les moyens non-verbaux en harmonie facilitent la transmission des informations. Parfois les différences de rythme sont si lourdes qu’elles empêchent tout accord, soit en raison de rythmes très différents, soit de brutales ruptures d’un rythme établi. Des phrases telles que:
“- Cela va trop vite, je n’arrive pas à suivre!”
“- Il me fatigue, il faut toujours tout changer!”
indiquent un décalage rythmique. Les suivantes:
“- Chaque fois qu’on pourrait être tranquilles, elle trouve toujours un problème, on dirait qu’elle en fait exprès!”
“- Avec lui, je ne sais jamais sur quel pied danser... Je n’arrive pas à m’adapter.”
révèlent une rupture de rythme. Dans le couple, beaucoup de difficultés s’expriment d’abord par un comportement non-verbal : c’est le corps qui parle, qui exprime sa frustration, et son incapacité à trouver les mots. Les difficultés liées au temps et à l’espace peuvent se comprendre comme des métaphores d’un problème sous-jacent. La même organisation rythmique se retrouve dans des situations typiques. Il (elle) se met en retard, n’arrive pas à adapter son rythme personnel à celui des autres. Le temps, ou le manque de temps, est un bon moyen d’éviter une situation conflictuelle ou anxiogène. Avoir le temps, prendre son temps, c’est se montrer disponible et donc autoriser la communication, le partage d’expérience.


Dire ne suffit pas à communiquer


Aux débuts de l’étude de la communication humaine, les chercheurs utilisaient la métaphore du téléphone, à l’époque, on considérait encore que le bonheur viendrait du “progrès” et l’être humain était souvent décrit comme une machine, certes compliquée mais dont la “science” découvrirait bientôt tous les secrets. Ce modèle consistait notamment à identifier les interlocuteurs comme “émetteur” et “récepteur” s’envoyant des messages à l’aide de mots et de phrases. Puis, on a intégré davantage d’éléments significatifs dans le processus de communication en associant les mots et le comportement non-verbal associé, ensuite, on en est venu à utiliser la notion de “rétroaction”. L’émetteur ou le récepteur n’étaient plus d’innocentes machines, car ils construisaient leurs messages en fonction l’un de l’autre: représentations, attentes, modèles se trouvaient donc intimement liés dans les messages échangés. On peut résumer cette approche de la façon suivante: “ Je dis ce que je dis parce que j’interpète ce que tu dis et en déduis ce que tu attends...”

Choisir la bonne piste

 


Loïc, vingt-cinq ans et Julie vingt-deux ans vivent ensemble depuis un an, ils travaillent l’un et l’autre, lui comme agent commercial, elle comme secrétaire. Il rentre le soir, fatigué, stressé, elle est déjà là, anxieuse aussi car on parle de restructuration dans l’entreprise où elle travaille. Face au stress, Julie cherche à s’étourdir, elle met la musique à fond, et s’agite d’un bout à l’autre de l’appartement, elle change les objets de place, s’acharne à traquer la poussière: elle “déplace de l’air”. Loïc ne supporte plus ce comportement, dès qu’il entre, il arrête la musique, va s’allonger sur le canapé, ferme les yeux, cherche à se calmer en se relaxant. Julie voudrait lui parler, elle lui pose des questions, élève le ton, il se sent harcelé.
Parfois, elle l’agresse et cherche la dispute, le plus souvent, il tente de calmer le jeu. Chacun cherche à faire entrer l’autre dans son mode de comportement car, en fait, ils gèrent chacun leur stress d’une façon opposée, Julie en accélérant son rythme d’activité, Loïc en cherchant le calme dans la lenteur, le silence.
Loïc et Julie utilisent des rythmes décalés dans l’expression du stress ou de l’angoisse. En effet, tandis que Loïc tend à se replier et à chercher du calme en se relaxant, Julie fait exactement l’inverse et reproche à son ami son silence, qu’elle interprète comme de l’indifférence. Pourtant, le “calme” de Loïc parvient à “contaminer” Julie qui peu à peu arrive à se détendre, ils peuvent alors faire cesser le conflit, exprimer leur désir amoureux et partager un autre rythme, nettement plus sensuel...