D’hier
à Aujourd’hui
Plus encore qu’une simple affaire de durée, c’est
le vécu individuel et collectif du temps qui change les
perspectives de la vie à deux. Les couples d’aujourd’hui
vivent une réalité temporelle très différente
de celle des générations précédentes
car le présent a pris une position dominante dans les
mentalités et affecte tous les contextes de la vie.
De
nombreuses générations ont vécu dans la
projection vers l’avenir, les premiers chrétiens
allaient joyeusement servir de déjeuner aux lions tant
ils étaient persuadés que la fin du monde était
proche et que la vie éternelle à venir valait
bien quelques tourments dans l’instant. A l’opposé,
il y a eu des gens pour vivre dans le regret d’un passé
paré de toutes les qualités du paradis perdu.
Au 19 ème siècle, un couple qui ‘engageait
“pour la vie”, signait en réalité
un bail tout au plus d’une vingtaine d’années
compte tenu de l’espérance de vie. D’autre
part, la morale bourgeoise en vigueur, mettait en avant des
valeurs de prospérité, de patrimoine, d’héritage
et donc, les efforts du couple et de la famille avaient pour
but ultime de préparer l’avenir.
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Angiolo
Bronzino ( 1502/1572)
Allégorie
de l’Amour et du Temps
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“Tout,
tout de suite”
Le désir d’accéder immédiatement à
tous les plaisirs s’impose dans un univers où les moyens
de communication abolissent les distances et réduisent les durées.
La domination du présent soumet le couple à des exigences
de performances et de productivité. Avoir “tout, tout de
suite” exprime désormais une attente légitime. Aux
yeux de nos grands parents, ce souhait eût été jugé
puéril, inconvenant, de toutes les façons inaccessible
et peu réaliste! Les adeptes du “tout, tout de suite”
s’agitent, s’endettent, et foncent à toute allure
dans une profusion d’activités, mais se heurtent tôt
ou tard à des réalités qui résistent à
la dictature du présent et de la vitesse : les difficultés
que traverse le couple renvoient alors à une perception du temps
inadaptée.
La
dictature du présent
Dans les limites d’une même culture, l’épaisseur
subjective du présent varie considérablement. Pour certains,
le temps n’est vécu qu’au présent, pour d’autres,
le futur domine et ils vivent par anticipation, sacrifiant le bonheur
du jour sur l’autel du lendemain. D’autres évoluent
dans le passé, leur dimension favorite, et passent leur temps
à regretter le “bon temps”.
La peur s’enracine dans le futur. La gestion des affaires s’appuie
sur la perception de “lignes de temps” allant du passé
au présent et au futur! Pour jouir de l’instant, éprouver
du plaisir dans l’amour, il faut se situer dans le présent,
le passé ou le futur sont inopérants pour procurer du
plaisir.
Voyager dans le temps?
Enfin, il existe différentes façons de traverser le temps,
on peut être complètement intégré dans le
processus temporel ou effectuer des sauts à travers celui-ci.
Dans le premier cas, on se situe par rapport à des points de
repères bien définis “avant”, “pendant”,
“après”, jalonnés par des
expériences ou des événements de sa vie. Dans le
second cas, on manque de points de repères et, pour y remédier,
on transporte invariablement ses difficultés “à
travers” le temps, c’est ce qui permet la répétition
ad libitum de comportements, de choix, ou d’opinions. Si nous
examinons les choses plus en détails, nous découvrons
que les deux machines à voyager dans le temps coopèrent.
Certaines valeurs traversent le temps sans se modifier, et d’autres
s’adaptent. Quand le couple chavire, incidents, frustrations,
déceptions, colères traversent le temps pour envahir avec
une vitalité accrue la confrontation douloureuse du conflit.
Une métaphore trompeuse
Bien que le temps ne soit pas une denrée marchande, les mots
qui servent à le décrire proviennent du vocalulaire des
affaires. Perdre son temps, gagner du temps, gérer le temps,
avoir du temps ou ne pas en avoir, sont autant d’expressions qu’on
utilise d’abord pour parler d’argent ou de denrées
concrètes. Croire qu’on va “gagner” du temps
ou en perdre est un leurre... Dans la vie amoureuse, le temps n’est
pas de l’argent, il ne se perd ni se gagne, mais se partage pour
le plus grand bonheur.
Dans la plupart des conflits de couple, le sens et la valeur attribués
au temps jouent un rôle majeur. Il y a un temps pour tout, le
problème c’est que ce temps ne se présente pas toujours
au même moment pour chacun.
Le temps
cyclique
La notion d’organisation cyclique du temps est, par nature, très
familière à la femme. Depuis l’adolescence jusqu’à
la ménopause la vie de la femme est rythmée par son cycle
menstruel, ceci paraît tellement banal et évident qu’on
n’y prête guère attention, pourtant cette donnée
appartient exclusivement à l’expérience féminine
et modèle inconsciemment de son influence de nombreux contextes
de sa vie. Dans les sociétés traditionnelles, le cycle
de la femme donne lieu à un ensemble d’interdits qui organisent
sa vie, en France, dans la première moitié du vingtième
siècle, l’Eglise catholique interdisait l’eucharistie
à une femme qui avait ses règles. Si le poids des traditions
a cédé depuis lors, il en reste souvent quelques traces
qui se manifestent dans des rites plus spécifiques et plus difficilement
compréhensibles à l’observateur étranger
au cercle d’intimité du couple ou du groupe familial. La
notion de cycle devra faire partie des éléments à
observer dans l’étude de la communication.
D’autres types de cycles jouent aussi un rôle, notamment
le cas des horaires de travail dans certaines professions, le travail
de nuit, les horaires liés à la continuité de la
production en milieu industriel. Ces horaires instaurent un cycle qui
entre en conflit avec ceux de l’éveil et du sommeil dans
des conditions habituelles, c’est-à-dire le rythme nycthéméral.
Les incidences des changements de rythme du sommeil et de l’éveil
sur le comportement ne sont plus à démontrer, ne serait-ce
qu’en raison de la fatigue induite, en outre, dans la vie de couple,
ces cycles particuliers peuvent constituer une gêne importante.
Un rendez-vous manqué...
Gérard et Anne-Marie, la quarantaine, ne trouvent plus le temps
de se rencontrer, ils font ce constat au cours d’un entretien.
Gérard est patron d’une petite entreprise, et, il y a quelques
années, il a confié des responsabilités à
Anne-Marie qui voulait retravailler, se plaignait de solitude, d’ennui,
de manque de reconnaissance, et lui reprochait son manque de disponibilité.
Gérard a pu ainsi prendre un peu de temps pour lui, faire du
sport, être plus présent dans la vie de famille. Anne-Marie,
quant à elle, a mis toute son énergie dans son travail,
et réussi au-delà de ses objectifs, elle a développé
l’activité que son mari lui avait confiée. L’emploi
du temps d’Anne-Marie ne lui permet plus d’être disponible
comme avant pour son mari et ses enfants, cette question de temps fait
apparaître d’autres difficultés en révélant
des aspects de leurs personnalités qui leur étaient auparavant
inconnus de l’un comme de l’autre.
Cette fois, c’est sur le sens accordé au temps que porte
le conflit, Gérard voulait prendre le temps de vivre, Anne-Marie
voulait trouver une occupation pour meubler son temps libre, mais surtout
pour se valoriser et obtenir une reconnaissance sociale autre que “mère
au foyer”. L’un considère le temps comme une sorte
de luxe, l’autre n’a que faire de ce temps disponible qui
ne lui apporte aucune satisfaction jusqu’à ce que s’offre
un moyen valorisant de le mettre à profit. Au début de
leur vie de couple, Gérard est peu disponible, puis les rôles
s’inversent, le problème est transposé mais toujours
présent car ce qui est en jeu, c’est une représentation
de soi, de son rôle, de sa place vis à vis de l’autre.
Anne-Marie et Gérard ont manqué leur rendez-vous.
La
vitesse de croisière
Le développement et l’accession à l’état
adulte ne s’effectuent pas au même rythme pour chacun.
la maturité du couple dépend de celle des partenaires,
et il n’est pas rare d’observer un décalage
à niveau ce qui pose de nombreux problèmes. Certaines
personnes demeurent immatures au niveau de leurs comportements
affectifs et sexuels, leurs demandes et leurs attentes ne peuvent
trouver satisfaction face à un partenaire ou un conjoint
se trouvant à un autre stade de sa maturation. L’exclusivité,
la volonté d’établir une relation fusionnelle
avec l’autre, la jalousie doivent être compris comme
des indices d’un manque de maturité. En effet,
la personne pleinement accomplie ne peut en aucun cas construire
son bonheur dans une relation fermée sur elle-même,
et ancrée dans la peur du monde extérieur.
Atteindre la vitesse de croisière ne garantit pas pour
autant la pérénnité du couple, si le voyage
est monotone, l’ennui s’installe rapidement. Le
couple doit apprendre à faire escale en des lieux accueillants
ou chacun pourra s’exprimer et prendre enfin le temps
de vivre. 
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Faire
escale pour arriver à bon port
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