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mise à jour le 4/12/07
Vie de couple: Les rythmes et le temps ; deuxième partie le temps

 

D’hier à Aujourd’hui


Plus encore qu’une simple affaire de durée, c’est le vécu individuel et collectif du temps qui change les perspectives de la vie à deux. Les couples d’aujourd’hui vivent une réalité temporelle très différente de celle des générations précédentes car le présent a pris une position dominante dans les mentalités et affecte tous les contextes de la vie.

De nombreuses générations ont vécu dans la projection vers l’avenir, les premiers chrétiens allaient joyeusement servir de déjeuner aux lions tant ils étaient persuadés que la fin du monde était proche et que la vie éternelle à venir valait bien quelques tourments dans l’instant. A l’opposé, il y a eu des gens pour vivre dans le regret d’un passé paré de toutes les qualités du paradis perdu. Au 19 ème siècle, un couple qui ‘engageait “pour la vie”, signait en réalité un bail tout au plus d’une vingtaine d’années compte tenu de l’espérance de vie. D’autre part, la morale bourgeoise en vigueur, mettait en avant des valeurs de prospérité, de patrimoine, d’héritage et donc, les efforts du couple et de la famille avaient pour but ultime de préparer l’avenir.

Angiolo Bronzino ( 1502/1572)

Allégorie de l’Amour et du Temps

“Tout, tout de suite”
Le désir d’accéder immédiatement à tous les plaisirs s’impose dans un univers où les moyens de communication abolissent les distances et réduisent les durées. La domination du présent soumet le couple à des exigences de performances et de productivité. Avoir “tout, tout de suite” exprime désormais une attente légitime. Aux yeux de nos grands parents, ce souhait eût été jugé puéril, inconvenant, de toutes les façons inaccessible et peu réaliste! Les adeptes du “tout, tout de suite” s’agitent, s’endettent, et foncent à toute allure dans une profusion d’activités, mais se heurtent tôt ou tard à des réalités qui résistent à la dictature du présent et de la vitesse : les difficultés que traverse le couple renvoient alors à une perception du temps inadaptée.

La dictature du présent
Dans les limites d’une même culture, l’épaisseur subjective du présent varie considérablement. Pour certains, le temps n’est vécu qu’au présent, pour d’autres, le futur domine et ils vivent par anticipation, sacrifiant le bonheur du jour sur l’autel du lendemain. D’autres évoluent dans le passé, leur dimension favorite, et passent leur temps à regretter le “bon temps”.
La peur s’enracine dans le futur. La gestion des affaires s’appuie sur la perception de “lignes de temps” allant du passé au présent et au futur! Pour jouir de l’instant, éprouver du plaisir dans l’amour, il faut se situer dans le présent, le passé ou le futur sont inopérants pour procurer du plaisir.


Voyager dans le temps?

Enfin, il existe différentes façons de traverser le temps, on peut être complètement intégré dans le processus temporel ou effectuer des sauts à travers celui-ci. Dans le premier cas, on se situe par rapport à des points de repères bien définis “avant”, “pendant”, “après”, jalonnés par
des expériences ou des événements de sa vie. Dans le second cas, on manque de points de repères et, pour y remédier, on transporte invariablement ses difficultés “à travers” le temps, c’est ce qui permet la répétition ad libitum de comportements, de choix, ou d’opinions. Si nous examinons les choses plus en détails, nous découvrons que les deux machines à voyager dans le temps coopèrent. Certaines valeurs traversent le temps sans se modifier, et d’autres s’adaptent. Quand le couple chavire, incidents, frustrations, déceptions, colères traversent le temps pour envahir avec une vitalité accrue la confrontation douloureuse du conflit.


Une métaphore trompeuse


Bien que le temps ne soit pas une denrée marchande, les mots qui servent à le décrire proviennent du vocalulaire des affaires. Perdre son temps, gagner du temps, gérer le temps, avoir du temps ou ne pas en avoir, sont autant d’expressions qu’on utilise d’abord pour parler d’argent ou de denrées concrètes. Croire qu’on va “gagner” du temps ou en perdre est un leurre... Dans la vie amoureuse, le temps n’est pas de l’argent, il ne se perd ni se gagne, mais se partage pour le plus grand bonheur.
Dans la plupart des conflits de couple, le sens et la valeur attribués au temps jouent un rôle majeur. Il y a un temps pour tout, le problème c’est que ce temps ne se présente pas toujours au même moment pour chacun.

 

Le temps cyclique
La notion d’organisation cyclique du temps est, par nature, très familière à la femme. Depuis l’adolescence jusqu’à la ménopause la vie de la femme est rythmée par son cycle menstruel, ceci paraît tellement banal et évident qu’on n’y prête guère attention, pourtant cette donnée appartient exclusivement à l’expérience féminine et modèle inconsciemment de son influence de nombreux contextes de sa vie. Dans les sociétés traditionnelles, le cycle de la femme donne lieu à un ensemble d’interdits qui organisent sa vie, en France, dans la première moitié du vingtième siècle, l’Eglise catholique interdisait l’eucharistie à une femme qui avait ses règles. Si le poids des traditions a cédé depuis lors, il en reste souvent quelques traces qui se manifestent dans des rites plus spécifiques et plus difficilement compréhensibles à l’observateur étranger au cercle d’intimité du couple ou du groupe familial. La notion de cycle devra faire partie des éléments à observer dans l’étude de la communication.
D’autres types de cycles jouent aussi un rôle, notamment le cas des horaires de travail dans certaines professions, le travail de nuit, les horaires liés à la continuité de la production en milieu industriel. Ces horaires instaurent un cycle qui entre en conflit avec ceux de l’éveil et du sommeil dans des conditions habituelles, c’est-à-dire le rythme nycthéméral. Les incidences des changements de rythme du sommeil et de l’éveil sur le comportement ne sont plus à démontrer, ne serait-ce qu’en raison de la fatigue induite, en outre, dans la vie de couple, ces cycles particuliers peuvent constituer une gêne importante.


Un rendez-vous manqué...
Gérard et Anne-Marie, la quarantaine, ne trouvent plus le temps de se rencontrer, ils font ce constat au cours d’un entretien. Gérard est patron d’une petite entreprise, et, il y a quelques années, il a confié des responsabilités à Anne-Marie qui voulait retravailler, se plaignait de solitude, d’ennui, de manque de reconnaissance, et lui reprochait son manque de disponibilité. Gérard a pu ainsi prendre un peu de temps pour lui, faire du sport, être plus présent dans la vie de famille. Anne-Marie, quant à elle, a mis toute son énergie dans son travail, et réussi au-delà de ses objectifs, elle a développé l’activité que son mari lui avait confiée. L’emploi du temps d’Anne-Marie ne lui permet plus d’être disponible comme avant pour son mari et ses enfants, cette question de temps fait apparaître d’autres difficultés en révélant des aspects de leurs personnalités qui leur étaient auparavant inconnus de l’un comme de l’autre.
Cette fois, c’est sur le sens accordé au temps que porte le conflit, Gérard voulait prendre le temps de vivre, Anne-Marie voulait trouver une occupation pour meubler son temps libre, mais surtout pour se valoriser et obtenir une reconnaissance sociale autre que “mère au foyer”. L’un considère le temps comme une sorte de luxe, l’autre n’a que faire de ce temps disponible qui ne lui apporte aucune satisfaction jusqu’à ce que s’offre un moyen valorisant de le mettre à profit. Au début de leur vie de couple, Gérard est peu disponible, puis les rôles s’inversent, le problème est transposé mais toujours présent car ce qui est en jeu, c’est une représentation de soi, de son rôle, de sa place vis à vis de l’autre. Anne-Marie et Gérard ont manqué leur rendez-vous.

 

La vitesse de croisière
Le développement et l’accession à l’état adulte ne s’effectuent pas au même rythme pour chacun. la maturité du couple dépend de celle des partenaires, et il n’est pas rare d’observer un décalage à niveau ce qui pose de nombreux problèmes. Certaines personnes demeurent immatures au niveau de leurs comportements affectifs et sexuels, leurs demandes et leurs attentes ne peuvent trouver satisfaction face à un partenaire ou un conjoint se trouvant à un autre stade de sa maturation. L’exclusivité, la volonté d’établir une relation fusionnelle avec l’autre, la jalousie doivent être compris comme des indices d’un manque de maturité. En effet, la personne pleinement accomplie ne peut en aucun cas construire son bonheur dans une relation fermée sur elle-même, et ancrée dans la peur du monde extérieur.
Atteindre la vitesse de croisière ne garantit pas pour autant la pérénnité du couple, si le voyage est monotone, l’ennui s’installe rapidement. Le couple doit apprendre à faire escale en des lieux accueillants ou chacun pourra s’exprimer et prendre enfin le temps de vivre.

 


Faire escale pour arriver à bon port




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