Bisexualité, évolution naturelle ou posture contestataire ?
La chaîne de télévision ARTE a diffusé le 18 Décembre un documentaire intitulé “la bisexualité, tout un art”. Plusieurs personnes se revendiquant comme bisexuels se sont exprimées...
Qui sont les bisexuels?
Arte a choisi de citer le témoignages d’artistes ou d’intellectuels “porte parole de la différence” qui revendiquent une posture à la marge. Cela ne veut pas dire bien entendu que tous les bisexuels soient des artistes ou des intellectuels, mais ils admettent tous qu’ils pensent autrement parce qu’ils sont différents.
Il semble aussi que les bisexuels soient de culture occidentale, bien sûr, on peut penser que c’est seulement parce que ces sociétés pratiquent une relative tolérance à l’égard des minorités sexuelles. S’engager sur cette piste, c’est entrer dans le faux problème de la poule et de l’œuf, on préférera s’interroger sur l’origine de la bisexualité plutôt que de faire des omelettes hasardeuses, lesquelles c’est bien connu ne se font qu’en cassant les œufs.
Surtout que la bisexualité n’est pas une nouveauté, à toutes les époques, elle a été au menu des élites pouvant s’épanouir sexuellement à l’abri des répressions.
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Pourquoi est-on bisexuel? |
Les pionniers de la Sexologie Masters et Johnson avaient émis très tôt l’hypothèse que la bisexualité était l’aboutissement de l’épanouissement sexuel. Mais, leurs positions n’ont pas été très suivies à leur époque, parce que les implications dépassaient largement le cadre sexuel pour s’attaquer à celui du genre, questionner les déterminismes culturels au rang desquels la société sous des apparences tolérantes défendait avec acharnement un ordre strictement hétérosexuel et androcentré.
Tous les témoins s’accordent pour affirmer qu’être bisexuel c’est se définir par rapport à la société, dans une posture qui veut s’affranchir de la norme. On en arrive immanquablement à une interprétation du fait bisexuel: du libertinage, on passe au militantisme.
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La bisexualité militante |
C’est clair, la bisexualité dérange, et pas seulement les traditionnels hétérosexuels, les homosexuels eux aussi désapprouvent, peut-être parce que le militantisme ‘bi’ emprunte des chemins qu’ils ont eux mêmes parcourus comme l’explique Michel Dorais. Le bisexuel représente une menace explique Éric Dahan quand il déclare qu’on ne peut ni l’exclure, ni l’inclure. Emmanuel Pierrat ajoute qu’il est celui qui risque de faire succomber à la tentation, tout le monde peut devenir l’objet de sa quête érotique. Car être bisexuel c’est choisir de NE PAS choisir. Posture qui se heurte à la pression d’identifier l’autre de façon certaine. L’étiquette “bi”, devrait alors rassurer, mais ce n’est pas si simple. En effet la bisexualité renvoie aussi à une représentation de l’humain et de sa liberté. Et si la bisexualité devenait la norme?
C’est ce qu’imagine la féministe bisexuelle Jennifer Baumgardner en déclarant que la bisexualité participe de la construction d’un monde meilleur.
Se revendiquer comme bisexuel reste difficile tant que l’on se définit dans la négation, “ni homo, ni hétéro” or, c’est pourtant l’image la plus souvent transmise, et cela d’autant plus qu’être bisexuel c’est autre chose de que d’être à la fois hétérosexuel et homosexuel. Le discours qui a servi les mouvements gay et prône la fierté de la différence semble inadapté à rendre compte de la réalité bisexuelle tant que celle-ci ne se sera pas inscrite dans une perspective singulière et affranchie de ces normes.
Mais si la liberté, y compris celle de ne pas choisir, est la priorité bisexuelle, que devient cette liberté si l’on doit mettre en avant ses préférences sexuelles? Ce domaine n’est-il pas d’ordre privé? Où se situe la limite entre expression et exhibition? Il semble que ce soit à chacun de trouver sa propre réponse.
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La bisexualité comme un art de vivre |
Paroles de "BI"
“Déjà toute petite, je n’entrais pas dans le moule...”
“ Si la personne me plaît, voilà, on va plus loin que ce soit un garçon ou une fille, je ‘en fous, tant qu’il y a l’amour...”
Le problème, c’est la nuance, être bi ce n’est pas vivre sa sexualité moitié hétéro, moitié homo. Intégrer cette différence ouvre une perspective beaucoup plus large et qui permet un ajustement précis à la singularité de chacun. Mieux encore, on n’est pas nécessairement fixé dans une catégorie pour toute sa vie comme l’assure le dicton “fontaine, je ne boirais pas de ton eau!” On peut se découvrir bisexuel à une certaine époque de sa vie, sans avoir à renier ses préférences antérieures, ni considérer comme définitive son actuelle orientation.
Pourquoi se limiter à chercher l’âme sœur seulement parmi les représentants de l’autre sexe? De ce point de vue, les témoins cités par Arte s’accordent : leur sexualité est avant tout orientée vers le plaisir. Quand l’amour s’en mêle, le sentiment semble faire peu de cas du genre.
Quand “le secret de Brokeback Mountain” apparaît à l’écran, les héros incarnent un nouveau modèle d’identification pour les hommes, à la fois rudes et tendres, pudiques et sensuels. Ils ont des amours homosexuelles, mais une vie de couple hétérosexuelle parfaitement ordinaire à laquelle ils semblent très attachés.
La question de la préférence sexuelle est elle plus importante pour les hommes que pour les femmes?
Il semble que oui si on en juge par une certaine lecture du genre qui date un peu mais semble encore en vigueur. Voilà la femme serait naturellement bisexuelle, c’est l’interaction avec l’homme qui va l’inscrire dans l’hétérosexualité parce que le mâle a fait son choix, et en digne représentant d’un ordre androcentré, il doit veiller à le préserver... Inutile de dire que les études sur le genre mettent en pièces ce modèle conformiste qui doit tant au freudisme.
Par contre la femme bisexuelle reste un personnage clé de l'univers des fantasmes masculins: faire l'amour avec deux femmes, les regarder se donner du plaisir...
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La bisexualité serait-elle l’ultime bastion de la contestation? Du libertinage comme un engagement politique et philosophique? Si ce reportage n’apporte pas de réponse définitive au moins a-t-il contribué à rendre la bisexualité plus visible en tant que phénomène sociétal qu’il ne faut plus ignorer, ni condamner, ni admirer. Les bisexuels ne demandent qu’à vivre en paix, en bonne intelligence avec le reste du monde, faire la fête et fêter l’amour. Peace and Love, ça ne vous rappelle rien? |
catherine Cudicio
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