Sexologie et
Psychothérapies
Entretien avec Patrice
Cudicio, Médecin sexologue, chargé d’enseignement
pour le diplôme inter universitaire de sexologie du Grand
ouest (facultés de médecine de Rennes, Brest,
Nantes, Angers, Poitiers).
Est-ce
que la psychothérapie en sexologie ne risque pas de masquer
un problème plus profond et de faire resurgir le symptôme
dans un autre contexte?
Pour affirmer cela, il faudrait prouver indubitablement que
l’expérience et les émotions sont structurées
en strates successives, et qu’il existe des clivages,
ou des conflits entre ces différentes strates. Dans cette
logique, si vous n’avez pas travaillé sur la “bonne”,
à l’évidence le problème ne disparaît
pas. Or, ce qu’on sait aujourd’hui du fonctionnement
cérébral ne plaide pas en faveur de l’existence
de strates mais plutôt d’activités séquentielles
ou simultanées de différentes zones auxquelles
correspondent des fonctions particulières. Il faut aussi
comprendre qu’on a très longtemps pensé
la science dans les logiques de type religieux, opposant la
volonté consciente, le libre arbitre et surtout la quête
du bonheur à un principe vertueux et carrément
masochiste prônant la souffrance psychologique, la honte
du corps, la culpabilité comme mode de développement
personnel. La “rédemption” comme la “guérison”
consistent ni plus ni moins en une reconnaissance de ses “fautes”,
le repentir, la résignation le tout sous la direction
d’un guide supposé garant de la parole du “dieu”...
Trouver des causes “profondes” à un problème
apparaît comme une solution de facilité (pour le
thérapeute): chez une jeune femme qui vient consulter
pour une absence de plaisir, on trouve sans peine un problème
avec la féminité, avec l’identité.
Mais cela ne résout pas la difficulté, il faut
donc travailler sur le processus. L’élément
déclenchant n’est souvent qu’un leurre, sa
quête nous renvoie dans un cercle vicieux ou une régression
à l’infini. Pour comprendre un système complexe,
une autre approche est nécessaire. Les bienfaits que
l’on attribue à la parole relèvent eux aussi
de la croyance. Ressasser indéfiniment une expérience
traumatisante n’effacera jamais ses traces. Nous sommes
naturellement dotés de la faculté d’oubli,
et surtout d’une imagination qui nous permet de nous adapter
quelle que soit la situation.
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