Couples: phases
de construction
La belle image
Véronique a changé,
sa meilleure amie jalouse son teint parfait, sa ligne fluide,
et cette sorte de légèreté lumineuse qui
émane de sa personne. Aucun doute, elle est amoureuse,
et son chéri possède toutes les qualités
qu’elle attend d’un homme. Il est gentil, attentif,
sentimental, romantique, il fait l’amour comme un dieu
et il n’a peur de rien. Il lui dit des mots qu’aucun
homme auparavant n’a prononcés, il l’aime
et ne craint pas de montrer ses sentiments. Alexis, c’est
“son” homme, elle le sait, ils sont faits l’un
pour l’autre! Certes, il est un peu brouillon, il ne range
pas ses affaires, mais quoi, avec ses responsabilités
il ne peut pas penser à tout, Véronique adore
sa décontraction en toutes circonstances, avec un homme
tel que lui, elle se sent prête à affronter la
vie...
L’amour étant reconnu, accepté, il convient
maintenant de faire coïncider l’autre avec la belle
image, le plus souvent inconsciente de l’être aimé.
Nous sommes tous porteurs d’une image idéale de
l’être aimé, les disciples de Freud y verront
l’émanation d’une mère mythifiée,
d’autres un reflet de déterminismes culturels et
sociaux, d’autres encore comprennent cette construction
comme un modèle narcissique: l’autre ne serait
qu’un support à l’amour de soi-même...C’est
une phase où l’on voit la vie “en rose”,
tout ce qu’on découvre de l’autre, même
des traits que l’on déteste d’habitude, revêt
à présent une saveur irremplaçable. Quoiqu’il
arrive, la vie n’a de sens que près de l’être
aimé. Cette phase est la plus caractéristique
de l’amour, du moins selon la littérature et une
sorte de tradition tacitement admise qui prône que l’amour
ne s’explique pas, qu’il s’empare des coeurs
sans tenir compte d’aucune règle. Blaise Pascal
(1623-1662) écrivait dans ses Pensées “Le
coeur a ses raisons que la raison ne connaît point”,
cette phrase est demeurée célèbre et ne
cesse de s’illustrer dans la littérature. L’amour
impossible, l’amour qui donne la force d’affronter
toutes sortes d’obstacles, n’ont jamais cessé
de hanter l’imaginaire: littérature, cinéma,
chanson, poésie . Au cours de cette phase s’installe
parfois une relation de dépendance: l’autre comble
un manque structurel, c’est la “moitié”
manquante, “l’âme soeur”. On croit alors
que la présence de l’autre est seule capable de
nous délivrer d’une constante frustration, d’une
quête permanente qui échoue à fournir la
complétude et renforce le manque. L’autre se trouve
bientôt investi d’un rôle qu’il n’a
pas choisi, mais s’il y trouve son compte de satisfaction,
la relation peut s’installer dans la durée. La
passion amoureuse, la jalousie, les sentiments occupent toute
la scène psycho émotionnelle, et chacun reconnaît
en l’autre son idéal... Enfin, la phase de la belle
image renforce le sentiment de ne plus être tout à
fait maître de la situation, l’amour pilote et on
lui prête volontiers une forte propension à prendre
et à exercer le pouvoir sur les êtres devenus ses
proies.
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