| Nymphomanie, fantasme, addiction, à qui profite le trouble? | ![]() |
Un peu d'histoire Au XIXe siècle, Richard de Krafft-Ebing (1840-1902), psychiatre austro hongrois, célèbre pour ses travaux à propos des perversions sexuelles, est considéré comme un pionnier de la sexologie. Cette discipline naissante, fortement teintée de la morale en vigueur, s’intéresse principalement à ce qu’elle considère comme des anormalités (homosexualité, masturbation, fétichisme…) et présente la nymphomanie comme une maladie mortelle. Aphrodisie, « fureur utérine » servent aussi à désigner cette « maladie », de quoi s’agit-il précisément? Une notion d’exagération du désir sexuel et d’actes sexuels, accompagnées d’obsessions. Ce trouble n’affecte que les femmes, et s’accompagne de « libido insatiata », autrement dit, le rapport sexuel n’apporte pas la jouissance libératrice de l’orgasme, mais une satisfaction passagère et une permanente frustration. Sans entrer dans les détails, la femme atteinte de ce terrible mal transgresse un interdit majeur en se plaçant dans une stratégie sexuelle jusque là considérée comme naturelle à l’homme : prédation, consommation, jouissance passagère, et frustration. Qu’en est-il aujourd’hui? Le terme de "nymphomanie" n'a plus cours ni médecine sexuelle ni en psychologie; on parle soit de désir excessif, soit d’addiction sexuelle. D’un autre côté, il n’y a pas d’autre norme que la morale de la société pour décider si on a « trop » ou « pas assez » de rapports sexuels, si on y pense « trop », si on peut ou pas résister à la tentation et comment on gère ses frustrations. Une femme dite « nymphomane » soit se masturbe beaucoup, soit multiplie les rencontres et les occasions de faire l’amour, pourquoi ce comportement est-il encore montré du doigt alors qu’on le trouve souvent normal voire justifié chez l’homme ? Comparons le « Don Juan » qui suscite jalousie ou admiration des hommes, excite la curiosité des femmes, avec l’héroïne de Catherine Millet dans « la vie sexuelle de..). Par contre, il semble que la femme dite nymphomane soit un personnage clé des fantasmes masculins : prédatrice, désirante, jamais totalement rassasiée. Ces comportements semblent bel et bien exciter l’imaginaire érotique masculin car ils mettent le mâle en danger … Existe-t-il des thérapies? D’abord, il s’agit de savoir si la personne souffre de cette addiction, et si c’est le cas, il sera possible d’agir. En accédant au sens : à quoi sert le sexe, à quoi sert le plaisir, quelle est la place de l’autre dans l’univers érotique. Puis en privilégiant la qualité dans les rapports, c’est à dire en accédant à une jouissance réellement satisfaisante. Le problème est-il exclusivement réservé aux femmes? Non si on se place dans une logique « addiction », on parle souvent de ces hommes qui consomment « exagérément » de la pornographie et se masturbent. Il faut se demander en quoi cela dérange tant qu’une femme ait envie d’avoir de nombreux partenaires et de jouer ainsi de son sexe ? Solange et John se rencontrent à la Libération de Paris, il est soldat de l’armée américaine, elle est secrétaire, leur entente est parfaite car, ils ont l'un comme l'autre un énorme appétit de sexe, ce qu’ils n’osaient avouer et les faisait beaucoup souffrir avant de se rencontrer. Solange raconte qu’il leur arrive de faire l’amour trois ou quatre fois par jour, et toujours avec le même bonheur… Oui si on se place dans la perspective « nymphomane » (l’équivalent masculin étant la « satyriasis »), on se rend compte rapidement de la nécessité de pathologiser ce comportement qui met en danger une certaine image de la virilité, l’homme devient objet sexuel, réduit à son phallus. La nymphomane se sert de lui pour se donner du plaisir et ça s’arrête là…
Quelles sont les origines du trouble? Chez la femme, le désir excessif affecte surtout le clitoris, la pénétration n’est pas le but, et l’orgasme est recherché pour ses propriétés anxiolytiques. Ce trouble se manifestent dans un contexte névrotique, comme une dépression par exemple. Dans d’autres cas, le problème reflète une croyance, la femme imagine que l’amour crée de l’amour et multiplie de façon compulsive les occasions de le faire. Il s’agit donc de savoir exactement de quoi on parle, s’agit-il d’un désir sexuel inassouvi, impossible à satisfaire, ou bien d’une véritable obsession ? Une addiction ne s’installe que dans des conditions particulières, déjà il faut avoir acquis la certitude que le moyen choisi (sexe ou drogue) va permettre de soulager le manque. Maintenant, de quoi manque-t-on ? Apaisement, sommeil, plaisir, plénitude, oubli, jouissance, les raisons ne manquent pas. Chaque histoire est singulière. Que disent les chiffres? L'Inserm, l'Ined et l'ANRS ont interrogé 12 364 Français de 18 à 69 ans sur leur sexualité. Leur enquête rendue publique le 13 Mars 2007, révèle qu’en moyenne, les français font l’amour 8,7 fois par mois et Les femmes témoignent d’avoir eu environ 4,5 partenaires sexuels dans toute leur vie alors que les hommes en reconnaissent une douzaine. Que dire du personnage de Catherine Millet qui en avoue une cinquantaine, sans compter les partenaires rencontrés dans les « sports collectifs »… Enfin, si 57 % des hommes de 18-24 ans estiment qu'on peut faire l'amour sans aimer, seules 28 % des femmes du même âge partagent leur avis, proportion qui se confirme pour toutes les tranches d'âge jusqu'à 69 ans. Comment se manifeste l'addiction sexuelle féminine ? L’addiction sexuelle féminine se manifeste d’abord par des fantasmes, des pensées sexuelles, c’est selon la tendance moralisatrice d’aujourd’hui le premier degré du trouble. Ensuite, bien sûr, on évoque les moyens de mettre en œuvre : nombreuses occasions de rencontre, partenaires multiples. À cela s’ajoute la difficulté réelle d’arriver à un orgasme qui apporte un réel plaisir, puissant, profond régénérant… Psychologiquement, la situation est parfois intenable, une compulsion sexuelle assortie d’une insatisfaction permanente, dans un climat de désapprobation générale, comment ne pas culpabiliser ? Qu'en pensent les hommes ? Du moment qu’il ne s’agit pas de leur compagne, ils sont plutôt intéressés, la « nymphomane » représente depuis des siècles un personnage majeur de l’univers fantasmatique masculin. Quand l’homme se sent plus concerné, la femme menace leur énergie vitale, les métaphores cannibales « mangeuse d’homme », et « dévoreuse de santé », traduisent bien la peur d’être mangés tout cru. Il existe dans d’autres cultures un fantasme qui met en scène une femme géante capable d’absorber en entier un homme ridiculement petit. Dans un couple, lorsqu’il y a un décalage entre les demandes sexuelles, cela pose des problèmes qu’on peut résoudre dans la recherche d’un plaisir de grande qualité, l’imagination, l’exploration des univers fantasmatiques de l’un et l’autre. |
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18-déc-08 |
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