Pourquoi aime-t-on Lolita ?
Le sujet imposé du mois m’invite à m’étendre sur « les délices et l'attrait qu'une jeune fille exerce sur un homme mûr.... ». Je sens que je ne vais pas m’en tirer à la manière des parents excédés par les éternels et récurrents « Pourquoi ? » de leurs bambins, et qui finissent par leur assener un « Parce que ! » contondant et sans réplique.
Les délices et l’attrait — cet attrait n’étant rien d’autre que la promesse de ces délices — peuvent en effet sembler une si aveuglante évidence qu’il serait inutile de s’y attarder pour en faire la démonstration. Mais je devine confusément qu’on ne me demande pas ici de démontrer quoi que ce soit.
Et je voudrais d’abord prendre toutes les précautions d’usage en assurant toutes mes amies ayant dépassé l’âge fatidique de… mettons 20 ans… qu’elles ont encore bien des charmes, bref que pour elles rien n’est perdu !
Pourquoi 20 ans ? me direz-vous… C’est que je prends la liberté de donner à « jeune fille » le sens anglo-saxon de « (female) teenager », ce qui est la définition la plus pratique, soit les individus de sexe féminin (la folie de la féminisation n’étant pas allée encore jusqu'à nous contraindre à la graphie « individues ») âgés de 13 ans sonnés à 19 ans révolus.
Le culte croissant de la jeunesse et de la beauté, dans notre société mercantile, et en corollaire l’horreur des rides et des affaissements de toutes sortes, apporte une première réponse à la question posée, mais une réponse que je qualifierais de trop évidente. Le syndrome de la « chair fraîche » correspond sans doute à un besoin, à un désir, à un fantasme, en même temps qu’à un souci esthétique que le succès phénoménal en photographie des nymphettes de David Hamilton suffit à attester. Le corps de l’adolescente, ou de l’adulescente, séduit par sa perfection inentamée.
Qu’on ne me fasse pas dire ce que je me refuse à prétendre ! On peut proclamer qu’on préfère la plénitude et l’épanouissement de la maturité. On peut aussi assurer tendrement à toute partenaire que la femme n’est jamais aussi belle qu’à l’âge qui est justement le sien. On peut même le penser pour de bon.
Mais ce n’est pas là que se situe le vrai débat.
La beauté physique est une chose, la sensualité en est une autre. Beaucoup, parmi les don juans les plus aguerris, vous assureront que la femme ne devient une amoureuse vraiment experte qu’entre 25 ans et la trentaine. Accordons-leur ce point acquis par une longue et consciencieuse expérience.
Justement ! N’est-ce pas ce qui attire chez les lolitas ? L’inexpérience, la timidité, les tâtonnements, entrecoupés de ces divines surprises des audaces inattendues, voilà à coup sûr ce qui attire davantage que la virtuosité. Reconnaissons-le, nous sommes faibles. Alors, s’il peut être immense, le plaisir apporté par une partenaire « experte dans le déduit » comme chante Brassens (traduisons en langage trivial par « une bonne affaire »), il reste inférieur à celui que nous promet la néophyte, à l’émotion intense et partagée de la découverte.
Appelons ça le complexe de Pygmalion, riche des joies de l’initiation, celle-ci n’étant en rien limitée à la sexualité.
On remarquera que la relation de la jeune fille et de l’homme mûr, objet de bien des romans et de biens des films, n’a pas bonne presse, et l’a encore moins à mesure que la différence d’âge augmente. Pourtant, on pourrait penser que plus l’âge de l’infâme séducteur est élevé, plus il a à apporter à sa « proie », et que plus celle-ci est jeune, plus elle est en demande.
Mais la conscience populaire ne l’entend pas de cette oreille. On l’a vu ces dernières années, le spectre de la « pédophilie » rôde plus que jamais, et un soupçon pèse toujours : l’homme mûr abuse de l’innocence, de la fraîcheur, etc.
Le crime d'être vieux. Est-ce la jalousie ou l’envie qui parle ? C’est en tout cas une tradition : si le séducteur d’une fille de seize ans a son âge à peu de choses près, c’est un amoureux romantique, c’est Roméo. Ensuite, c’est un satyre. Il sera traité de « vieux dégoûtant » (équivalent de l’anglo-saxon « dirty old man »). A noter qu’on ne parle jamais de jeune dégoûtant ! Il est clair que le seul crime est d’être vieux.
A cet égard, je ferai une remarque finale que je vous laisserai ensuite méditer. Si, adolescent, je désire ma petite voisine, c’est parce qu’elle est désirable. Est-elle moins désirable si je ne suis plus un adolescent ? Quand je la regarde, je pense à elle, je ne pense pas à l’âge que j’ai. Car dans ma tête, j’ai toujours l’âge que j’avais. CQFD ?
Gérard Lenne |
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