Jeunes Partenaires sexuels et seniors

des amours intenses, éphémères, en marge des normes sociales et culturelles

 

homme soixantaine


Jeunesse et sexualité vont de pair, pour être “sexy”, il faut être jeune, le paraître, ou se retirer du marché de la séduction, la sexualité des seniors reste tabou puisqu’ils sont supposés ne plus l’exprimer. Les qualités sexuelles des jeunes, leur ardeur, leur beauté, leur fraîcheur sentimentale attisent les désirs des nostalgiques de ce paradis perdu. Autant un joli corps à la peau ferme et lisse attire, autant un corps qui n’est que le pathétique reflet de son juvénile passé a tout pour inspirer le dégoût. Avec l’allongement de l’espérance de vie, le confort, et les soins actuels, il est évident qu’on n’est pas vieux à quarante ans. À son époque, Balzac, comme Flaubert, décrivaientt comme vieilles les femmes de trente ans, quant aux hommes, dans une société qu’ils ont depuis des siècles façonnée à l’usage de leurs plaisirs, ils ne se trouvent jamais trop vieux pour prétendre séduire une jeune fille. Dans les derniers chapitres de son autobiographie Giacomo Casanova (1725-1798) aventurier européen et grand séducteur, relate sa douleur de vieillir, la honte de son corps, et la seule consolation à sa portée :évoquer ses souvenirs les plus chauds...


Une histoire d’amour à laquelle personne ne croit

Charlie Chaplin, Pablo Picasso ont eu pour compagnes, sur leurs vieux jours, de très jeunes femmes dont ils auraient pu être le père, voire le grand père. Si on admet que ce bain de jouvence attire et ragaillardit l’homme, qu’est-ce qui peut bien attirer une jeune femme dans les bras de celui qui pourrait être son père, et peut-être même son grand père? La beauté, la virilité, ou le romantisme s’effacent devant l’argent, et l’utilité sociale devenus soudain de puissants arguments de séduction. Le talent peut aussi jouer un rôle quand la relation s’établit dans une situation de maître à élève. Serge Reggiani, désabusé, exprime son cruel dilemme face à l’amour que témoigne la jeune femme de sa chanson à un homme de la génération de son père:” Elle est jolie, comment peut-il encore lui plaire, elle au printemps, lui en hiver...”
À mesure que s’accroît la différence d’âge entre les partenaires et plus s’impose la certitude que le plus jeune n’est attiré que par les bénéfices qu’il espère tirer de la relation. Cela nous renvoie aux conditions nécessaires pour admettre la légitimité de l’amour! Parce qu’enfin, si c’était seulement une question d’âme sœur, l’âge ne serait pas un critère valable. Qu’est-ce qu’une vingtaine d’années en regard de l’immortalité de l’âme? Le souci c’est que les âmes ont besoin d’un corps, et que les convenances sociales exigent que les partenaires sexuels respectent des normes d’âge. Quand la différence est trop grande cela frôle-t-il la pédophilie? Un homme de 70 ans qui se marie avec une jeune femme de 25 ans n’encourt pas ce jugement, au contraire, on lui attribue une verdeur insoupçonnée.

Sophie, 49 ans, s’est endormie dans les bras de son amant, Alexis, un beau jeune homme de 28 ans. Sophie se réveille avant lui, se recoiffe, enfile un vêtement, elle ne veut pas se voir nue à côté de lui. Alexis est un amant ardent passionné, il lui donne un plaisir extrême. Pourtant Sophie sait que leur relation est éphémère, c’est un peu comme une dernière chance, si elle ne la saisit pas, après, il sera trop tard. Alexis n’est pas de cet avis: “ Elle ne se rend pas compte à quel point je suis fier qu’elle soit avec moi. Je voudrais me promener avec elle, sortir, je la trouve belle. Elle m’aime comme jamais je n’ai été aimé, elle m’écoute, me câline, et m’excite terriblement...”

L’urgence, l’intensité, l’impasse

Jean Claude, 57 ans, serre dans ses bras Cindy sa jeune amante de 23 ans, l’une de ses élèves à la fac. Elle est ravissante, et il n’en revient pas d’avoir réussi à la séduire. Ce soir, ils dînent ensemble, il a choisi un restaurant chic où il est sûr de ne pas croiser de camarades de Cindy. Il est terriblement jaloux et encore plus quand il voit son crâne dégarni, le pli d’amertume durement inscrit sur son visage. Jean Claude avale discrètement une petite pilule bleue. Il veut être un amant exceptionnel, donner à sa chérie le plaisir le plus intense, lui faire oublier jusqu’au souvenir de jeunes partenaires maladroits... Il témoigne: “j’ai le sentiment de brûler mes dernières cartouches, la vieillesse ne va pas me rater, j’en profite au maximum tant que je peux y arriver”.
La fuite du temps conduit inexorablement à l’issue fatale, alors, pour oublier, on se lance dans une quête de la performance, toujours plus exigeante et toujours plus difficile à satisfaire. C’est une logique de prédation qui n’apaise que temporairement l’angoisse. D’autant que le prédateur a souvent goûté à toutes sortes d’expériences, il lui faut de la “chair fraîche” pour entretenir l’illusion de la nouveauté, de la fraîcheur. L’émotion amoureuse s’émousse, il a besoin désormais de solides stimulations pour déclencher le désir. Quand la conquête s’achève, que l’enjeu relationnel apparaît pour de bon, le jeune partenaire n’y trouve plus son compte: “ Tu dis que tu m’aimes, mais tu as surtout envie de baiser, je ne suis qu’un objet sexuel, rien de plus...” constate amèrement Cindy.

Les fantasmes et la quête d’un jeune partenaire sexuel.

Dans les stratégies de séduction d’un(e) jeune partenaire sexuel, le fantasme n’est jamais absent. Cindy se sent réduite à l’état de jouet sexuel quand Jean-Claude, repu et essoufflé, ne répond pas à ses attentes sentimentales. Ce qu’elle prenait pour l’expression d’un sentiment, elle le perçoit aujourd’hui comme de la concupiscence et se sent humiliée. C’est aussi ce que ressent Alexis quand Sophie ne lui laisse que le lit comme lieu de relation : “je m’en fous du regard des autres, moi je t’aime, je veux être avec toi, je veux qu’on sorte ensemble, qu’on voyage, je veux vivre avec toi...”L’homme mûr se complaît dans le rôle de Pygmalion. Il va formater sa conquête, lui faire découvrir cette terre inconnue du plaisir sexuel, elle sera sa créature tout entière dévouée à son bon plaisir.
La femme mûre se complaît elle aussi dans un rôle d’initiatrice, elle va déniaiser le jeune homme, lui enseigner comment répondre au désir et comment donner du plaisir à la Femme, car, elle a quelque part l’impression que son aventure participe de la bonne cause... Mais aussi et surtout la femme mûre autorise son jeune amant à fantasmer, elle sait que cet amour n’est pas destiné à durer, elle brille de ses derniers feux, et si elle doit en souffrir, cela vaut encore mieux que d’errer dans un désert sexuel et affectif.
Pour l’homme mûr, la fusion sexuelle avec sa jeune partenaire, a l’effet régénérateur d’une fontaine de jouvence, en s’y baignant il espère absorber un peu de sa vitalité et de sa beauté.
Cette croyance existe aussi dans les manuels chinois, le président Mao faisait grand usage de jeunes filles autant pour prouver sa vitalité que pour l’entretenir...

Eric, 60 ans, a une liaison avec Roxane une jeune femme de 22 ans. Il lui parle avec tendresse, l’appelle “chérie”, la couvre de bisous, chaque instant auprès d’elle est une revanche sur le temps qui passe. Il n’est pas tout à fait dupe, sa jeune maîtresse, si elle lui répond à ses caresses, profite de tous les avantages de la situation: cadeaux, et surtout réseau social pour réaliser ses ambitions. “Elle est mon rayon de soleil, elle donne du sens à ma vie, mais je sais que j’en aurai vite fait le tour et qu’après mon désir faiblira, les sensations ne seront plus là... Jusqu’à la prochaine. Je ne sais pas jusqu’à quand ça va durer...”
Quand on inscrit sa présence au monde dans une logique de séduction, on se condamne à une compétition acharnée sur fond de fuite en avant. C’est le jeunisme.
Alice, 18 ans, rentre chez elle après ses cours, elle surprend sa mère, une jolie femme de 43 ans dans les bras de son jeune compagnon, Alice les regarde fixement, avant de courir se réfugier dans sa chambre. Elle connaît le copain de sa mère, il était dans le même lycée, en terminale quand elle entrait en seconde... Alice éprouve une gêne mêlée de colère, quelque chose ne va pas...
Choisir un(e) jeune partenaire, c’est une forme de transgression, le décalage des âges met le couple en marge. On passe de la candeur à la noirceur sans que changer l’objet du désir....