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Disputes dans le couple

Un mal qui nous fait du bien? Pas si sûr

Pas un été ne passe sans qu’on nous rebatte les oreilles à propos des disputes dans le couple. Pour les uns elles sont nécessaires voire indispensables pour la santé de la relation, pour les autres elles sont une preuve de son «bon» fonctionnement . Gare à ceux qui évitent les prises de bec, haro sur le non-dit, dénonçons à qui mieux mieux les imprudents pacifiques capables de déployer toute leur diplomatie pour éviter l’explosion.

 

Existe-t-il de «bonnes» disputes?

Gardons nous de mettre toutes les disputes dans le même sac, certaines seraient positives, constructives, d’autres mauvaises et dévastatrices. Qu’est-ce qui fait la différence? Pour y voir plus clair dans ce monde de discorde disons plutôt que la dispute se comprend soit comme un mode de résolution de tensions, soit comme un fonctionnement relationnel en soi.

La dispute «orgasmique»
Le premier modèle pourrait être une métaphore de l’orgasme, la tension monte, puis se résout dans un déluge de mots, d’interpellations, et parfois d’insultes, puis, quand chacun a vidé son sac, l’apaisement survient naturellement, et la réconciliation sous la couette vient conclure, jusqu’à la prochaine fois. Le cycle peut donc redémarrer, c’est pourquoi on a tendance à croire que la dispute remet les compteurs à zéro et peut donc en ce sens être salutaire.

La dispute «permanente»
Quand la dispute devient un mode relationnel, une sorte de convention de couple, elle est permanente, l’un ne s’adresse à l’autre que sur le ton de la colère et vice versa, à la manière d’adversaires sur un ring de boxe. La violence s’installe peu à peu, mais la dispute n’aboutit à rien d’autre que d’augmenter la souffrance, et l’ampleur du désastre. Certains mots, certains gestes sont irréparables pour le couple et pour l’entourage. Les disputes du couple font souffrir les enfants, et les marquent durablement en leur inculquant un modèle qu’ils auront plus tard tendance à reproduire.


Combat joué d’avance
On peut toutefois s’étonner que le couple dure. L’humoriste Pierre Desproges disait que dans un couple «il y en a toujours un qui pleure et l’autre qui s’emmerde...» Est-ce à dire que les couples qui ne se disputent pas vont mal? On a tous en tête le couple où l’un des deux domine et l’autre subit; cette structure n’apporte peut-être pas le bonheur conjugal, mais garantit une certaine stabilité tant que le dominé ne se rebiffe pas. Dans ce type de couple, il n’y a pas de dispute car l’un des deux abdique avant, soit qu’il n’ose pas s’exprimer, soit qu’avec perversité, il laisse l’autre aller à l’erreur ce qui lui permet de progresser un peu plus sur l’échelle du «martyrat», et de savourer les échecs de l’autre comme une vengeance secrète.

Dispute ou discussion
Claude et Hélène sont mariés depuis 20 ans, leur couple est uni, solidaire, aimant mais pas sans nuage, Hélène explique: « quand nous ne sommes pas d’accord, une explication est nécessaire, on met cartes sur table, on s’écoute mais surtout on cherche une solution ensemble, je crois que c’est ça qui fait que notre couple dure.» Claude ajoute: « c’est juste une question de respect et de confiance.»
Ces deux mots font en effet la différence: respect et confiance permettent de s’attaquer aux divergences et non à l’autre, il s’agit bien en cas de désaccord de s’en prendre au problème et seulement au problème.

Dispute ou chamaillerie
Achille et Marie ont un point de vue différent, Marie témoigne: « moi je suis très spontanée, quand quelque chose ne va pas, je le dis tout de suite, et même souvent je le crie, on se dispute de temps en temps et là on y va carrément. Après on s’aime encore plus.» «Une bonne dispute de temps en temps ça nous remet les pendules à l’heure» conclut Achille, mais il précise: «au fond, c’est possible parce qu’on ne se dispute pas très souvent, et que sur des bêtises, finalement sans importance, je pense que si nous avions un vrai problème, on en discuterait sérieusement...»
Les disputes sans conflit seraient donc le modèle à suivre, alors pourquoi se disputer quand on peut se contenter de se chamailler?

Comment naissent les disputes?
Valentin et Aurélie vivent ensemble depuis un an, mais leur relation devient très orageuses. Aurélie raconte: « nous étions invités chez des amis et ce jour là, j’étais en réunion toute la journée, j’avais donc demandé à Valentin d’acheter des fleurs ou un petit cadeau pour nos amis. Quand je suis arrivée épuisée vers 19 h 30, il n’était pas prêt alors que lui finissait sa journée à 17 h, et avait oublié le cadeau. Je n’ai rien dit mais j’ai fait la tête... Je me suis sentie plus que nulle devant nos amis, j’assumais à moi toute seule la grossièreté de mon copain. De retour, il m’a reproché d’avoir «tiré une sale tronche», et là, j’ai craqué et lui ai envoyé tout ce que je pensais, je l’ai giflé, insulté avant de le chasser de la chambre; et il a fini sa nuit sur le canapé. Mais depuis, je me suis mise à comptabiliser ses «fautes»...»

Frustration, déception, humiliation
À l’origine de toute dispute, il y a une émotion négative: frustration, déception, sentiment d’humiliation. Cette émotion donne ensuite naissance à une volonté de s’y soustraire qui se manifeste le plus souvent par de la colère. D’abord envers l’autre jugé responsable puis, envers soi-même car on se reproche d’avoir manqué de discernement, d’avoir pris ses désirs pour des réalités, d’avoir imaginé que l’autre se conduirait conformément à ce que l’on attend de lui...

De la frustration à la violence: l’escalade symétrique
Il faut ensuite que ce ressenti désagréable atteigne puis dépasse un seuil de tolérance propre à chacun. L’expression «la colère qui déborde», décrit parfaitement la situation, bientôt on en perd le contrôle et elle s’épanche.
Bientôt, comme il faut être deux pour se disputer, l’escalade verbale s’installe. Le phénomène a été très précisément décrit par des chercheurs ( Paul Watzlawick; Janet Helmick Beavin et Don D Jackson Une logique de la communication, page 105, Éditions le Seuil, Paris, 1972). Symétrie et complémentarité. La symétrie dans la relation entraîne la rivalité et chacun s’efforce alors de rétablir l’égalité par rapport à l’autre, et pour cela apporte les mêmes ingrédients, voire un peu plus. De l’interpellation on passe à l’insulte, de l’insulte aux propos venimeux, et quand on a épuisé les mots, on en vient aux mains. C’est la montée de la violence dont on connaît les ravages et dont les victimes généralement se taisent.

Sortir d’un conflit sans violence
À quoi sert le couple? C’est de la réponse à cette question que des styles de communication apparaissent, fusionnel, passionnel, romantique, bâtisseur d’intérêts... Plus le projet de couple est ténu, non dit, présupposé, imaginé ou que le couple n’est que l’association de deux égoïsmes , plus les disputes trouvent une place justifiée: le modèle de couple favorise l’apparition de frustrations, déceptions et autres humiliations.
Seuls les couples inscrit dans un projet fort, qui réunit chacun dans une quête d’idéal permet de gérer sereinement les divergences de points de vue. Dans ce cadre personne ne se sent dénié, ni dans sa légitimité relationnelle, ni dans son identité personnelle. Chacun peut se réclamer du projet de couple et le faire passer en priorité. Les déceptions et autres frustrations ne seront pas effacées, mais pourront être dites et expliquées pour partager son expérience avec l’autre et non pour lui en faire endosser la responsabilité. Toute divergence peut être examinée dans le calme et avec un maximum d’efficacité si on garde présent à l’esprit que l’objectif est de résoudre le problème et non de combattre un adversaire.
Refuser le dispute n’est pas un signe de faiblesse mais une preuve de courage. Au cours d’une explication on peut être amené à reconnaître ses torts, admettre que l’on s’est trompé, ou que l’on en veut à l’autre, ou que l’on éprouve des sentiments peu glorieux. L’orgueil peut s’en trouver mis à mal, mais n’est-ce pas là une excellente occasion de renforcer ses liens, et de prouver que le bonheur d’être deux mérite le meilleur de chacun?

Bibliographie
Robert Muchembled, Une histoire de la violence, Éditions Le seuil, coll. L’univers historique, Paris 2008
Emmanuelle Millet, Pour en finir avec les violences conjugales, Éditions Marabout, coll. Formats, Paris, 2005
Paul Watzlawick; Janet Helmick Beavin et Don D Jackson Une logique de la communication, Éditions le Seuil, Paris, 1972
Pierre Desproges, Chronique de la haine ordinaire, Éditions Le Seuil, coll. Points, Paris 1997

 

 

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