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mise à jour le 4/12/07
Notes de lecture

 

 

Théorie du corps amoureux : Pour une érotique solaire

Cette "théorie du corps amoureux" est , sans conteste, l'ouvrage le plus personnel de Michel Onfray. Depuis l'Antiquité, l'amour et le désir font l'objet de deux analyses rigoureusement antagonistes. Pour les uns - les "judéo-chrétiens" -, de Platon jusqu'à Freud..., l'amour et son expression "désirante" signalent d'abord un manque, un vide, une nostalgie, que le sentiment vient "remplir". Tel était le sens du "Banquet" ou de l'analyse freudienne de l'Eros. Pour Onfray, cette métaphysique qui pense l'amour et le désir comme des manques doit être récusée - et, même, combattue puisque trop mortifère. Il préfère, et de loin, se rattacher à une tradition philosophique - celle, "anti-judéo-chrétienne", qui va d'Epicure à Nietzsche - qui, elle, pense l'amour et le désir comme des "excès", des surcroîts de plénitude, des figures d'abondance.
Pour en finir avec la monogamie, la fidélité, la procréation, la famille, le mariage et la cohabitation associés, Michel Onfray redéfinit le désir comme excès, le plaisir comme dépense, et invite à une théorie du contrat appuyée sur la seule volonté de deux libertés célibataires. Contre le modèle chrétien qui préside toujours à la définition de la relation entre les sexes, il propose une relecture des philosophes matérialistes et sensualistes de l'antiquité gréco-romaine.
Michel Onfray oppose l'idéal ascétique pythagoricien, juif, platonicien et chrétien - qui suppose la misogynie, la haine du désir et des plaisirs, la condamnation de la chair, le mépris du corps, le pouvoir absolu du mâle à l'idéal hédoniste cyrénaïque, cynique, épicurien, qui invente la liberté amoureuse, la chair sans culpabilité, le célibat joyeux et l'égalité libertine des hommes et des femmes.

Contre la vie mutilée, ce livre invite à une érotique solaire entièrement indexée sur ses pulsions de vie et refuse radicalement les pulsions de mort. Il propose de répondre à la question : comment rester libre dans la relation amoureuse? et, pour ce faire, invite à déchristianiser l'éthique, à réaliser un féminisme libertin, à promouvoir un éros léger, ludique, et à formuler une physiologie des passions qui permette un art de rester soi dans le rapport à autrui.

Une érotique vivante tournée vers le plaisir, voilà le thème de ce petit livre qui commence par une préface sur "l'heureuse volupté des libidos joyeuses", pour continuer par un manifeste pour la vie philosophique et le matérialisme hédoniste, en prenant des exemples sur la vie sexuelle des animaux. Ce que l'on en sait, du moins, ce que les grands philosophes de l'Antiquité en ont dit. Le lecteur se trouve amusé par les sirènes, les serpents hermaphrodites, le chien fidèle, l'éléphant monogame, le poisson masturbateur (!) sans oublier le hérisson amoureux. Un ouvrage drôle et érudit, comme tous les autres ouvrages de ce philosophe libertin et libertaire.