couverture du livre
Les Violences ordinaires des hommes envers les femmes

 

 

Les violences ordinaires des hommes envers les femmes

Philippe Brenot, Éditions Odile Jacob, 2008

 

Un thème souvent évoqué pour désigner des coupables, secouer les bonnes consciences, faire peur, la violence faite aux femmes dérange car elle se confond si intimement à l’expérience des relations avec les hommes, qu’elle passe presque pour normale dans la désespérante morosité du quotidien.
C’est tout le mérite de Philippe Brenot que d’aller extirper au cœur de nos mœurs les manifestations les plus invisibles de la violence. L’auteur nous guide à travers nos habitudes, nos représentations, nos croyances pour mieux montrer comment la violence est acceptée, devient ordinaire, et comment certains, hommes ou femmes la justifient.
C’est précisément cette tolérance qu’il faut dénoncer, elle ne devrait pas avoir sa place dans un monde qui prétend être civilisé.
De courtes scènes de la vie, des témoignages de couples viennent montrer l’emprise de la violence au sein des couples, nous sommes tous concernés.
Philippe Brenot dénonce la haine de soi, triste attribut de la haine de l’autre; qu’on l’exerce ou qu’on la subisse, la violence nous avilit, nous réduit à l’état d’objets pitoyables. Victime ou bourreau, nous nous sentons coupables de notre propre violence, et pour échapper à cet intolérable ressenti, nous ne trouvons que la violence...
La domination masculine qui a prévalu pendant des siècles en Occident, servait à expliquer la brutalité conjugale comme familiale, citant en référence la figure du père et de l’époux tyrannique. Bien que les modes de vie évoluent, les mentalités peinent à suivre et les habitudes perdurent. Posséder et contraindre évite de prendre le risque relationnel du dialogue, des sentiments, de la séduction... Est-il possible de bannir la violence de nos relations? Philippe Brenot le pense et nous incite à questionner nos représentations de l’homme, de la femme, du couple... L’auteur ne sous estime pas l’ampleur de la tâche, il s’agit bien de laisser tomber égoïsme et vanité, de penser l’autre comme une personne autonome et différente de soi. Ce livre qui expose les faits avec une profonde authenticité, ne s’égare jamais dans un discours “victimiste”, et nous convie à choisir l’amour et l’intelligence.

Catherine Cudicio