Robert
Van Gulik
auteur d’une longue série de romans policiers dont l’action
se déroule en Chine, est né à Leyde aux Pays Bas
où il a effectué des études juridiques et politiques.
Il maîtrise parfaitement plusieurs langues dont l’anglais,
le japonais, le malais, le chinois lettré et le tibétain…
Il est également expert en calligraphie chinoise. Au début
de sa carrière orientale, il publie deux livres, l’un traitant
du Luth chinois, un instrument de musique et l’autre de peinture.
En 1949 Robert Van Gulik va faire une rencontre décisive!
Il occupe alors un poste de conseiller d’ambassade des Pays Bas,
à Tokyo, il découvre chez un brocanteur une série
de clichés érotiques assemblés représentant
un album de la période Ming. Amateur d’art éclairé
et curieux, notre brillant Hollandais imagine une publication de ces
images, assorties d’un commentaire historique. Il se met donc
en quête d’informations sur les mœurs sexuelles chinoises,
et leur évolution au cours des siècles. Il mettra une
dizaine d’années à rassembler un épais dossier
: sources iconographiques, textes anciens, témoignages historiques
et sociologiques, et en 1961, il publie sous le titre « Sexual
life in Ancient China » un ouvrage de référence
qui couvre la période de 1500 avant JC jusqu’à 1644
après JC. La première version de ce texte est rédigée
en anglais, et les textes à caractère sexologique, ou
érotique sont transcrits en latin. Dans la première version
française que publient les Editions Gallimard en 1971, l’ensemble
sera traduit en français.
Les chinois ont une conception de la sexualité
très différente de celle des Occidentaux, la notion de
péché propres aux religions monothéistes est absente
de la culture chinoise. La sexualité est un phénomène
naturel, qui, pour rester en harmonie avec la nature, doit observer
certaines règles consignées dans des manuels sexologiques
à visée éducative et initiatique.
L’auteur explique aussi que les coutumes sont différentes
en fonction des classes sociales, ainsi, au début
de l'empire, les mariages collectifs avec consommation immédiate
sont pratique courante en milieu rural.
La
constitution et la gestion d’une maisonnée réunissant
des dizaines d’épouses et de concubines n’existe
que dans les classes au pouvoir. La nécessité de réguler
et de hiérarchiser les conduites sexuelles apparaît nécessaire
quand le chef doit honorer convenablement chacune de ses nombreuses
épouses…
Les manuels sexologiques cités par R Van
Gulik établissent clairement les principes et les énoncent
les conduites à tenir selon le rôle de chacun. L’auteur
évoque ainsi la place accordée à la femme qui passe
au fil des siècles d’un statut prépondérant
et dominant à celui d’une esclave soumise totalement privée
d’autonomie.
Ce livre expose également les influences du Taoïsme,
du Confucianisme et du Bouddhisme qui représentent les
trois lignes spirituelles chinoises. Les répercussions des rencontres
avec les Occidentaux est également évoquée.
« La vie sexuelle dans la Chine ancienne »
n’est pas seulement un livre de sexologie, ses aspects historiques,
sociologiques, l’abondance des sources et l’érudition
de l’auteur en font une véritable référence.
Ce livre reste cependant accessible au grand public, il apporte des
réponses à l’intérêt que suscite le
rôle prépondérant de la Chine sur la scène
internationale. Forte de sa civilisation cinq fois millénaire,
la civilisation chinoise n’a cessé d’interpeller
le monde occidental, l’œuvre de Robert Van Gulik, à
la fois explicite et savante, s’applique à chasser les
idées fausses et à soulever légèrement le
voile de mystère qui nimbe l’Empire du Milieu…