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mise à jour le 4/12/07

Notes de lecture

Aphrodite

 

La femme et le pantin

La Femme et le pantin

 

 

Il s’appelait tout bêtement Pierre Louis, et il était né en Belgique, à Gand (comme l’immense Jean Ray, maître du fantastique), mais de parents français fuyant les uhlans. C’était la guerre avec la Prusse, on était en 1870, ce qui fit de lui le contemporain des poètes parnassiens, puis des symbolistes.
Ecrivain prolifique, Pierre Louÿs ne figure pas dans les manuels de littérature française, et pourtant… Ami intime de Mallarmé, de Gide, de Paul Valéry ou de José-Maria de Heredia, et aussi du musicien Claude Debussy  (grand expert en sensualité, il mettra en musique les Chansons de Bilitis en 1897), il était considéré par eux comme un poète majeur, comme leur égal.


Pourquoi donc cet ostracisme? Ne cherchez pas : toute une partie de son œuvre sent le soufre, abolissant toute frontière convenable entre l’érotisme et la pornographie. Aujourd'hui quelque peu oublié pour la part poétique de son œuvre, légitimement célèbre (et célébré) pour sa part érotique, il fut aussi, à cause de celle-ci, exclu de la respectabilité bourgeoise.
Ce qu’on pardonne à Verlaine, dont les hardis poèmes libertins sont longtemps restés clandestins, de même qu’à Apollinaire pour ses délirantes Onze mille verges, on ne l’absout pas chez un Louÿs qui a joué avec le feu en proposant des romans érotiques soft comme Aphrodite ou Les Aventures du roi Pausole… tout en gardant pour la bonne bouche des versions plus hard.


C’est Aphrodite (sous-titre : Moeurs antiques), son premier roman paru, qui le fit connaître du public et applaudir de la critique. Peu après, Pierre Louÿs s’avèrera créateur de mythe en écrivant La femme et le pantin, qui connaîtra une fortune cinématographique fertile avec plusieurs adaptations (Sternberg, Duvivier, Bunuel…).
Styliste hors pair, l’homme était pétri d’humour, il avait un sens inné du canular, péché capital aux yeux des universitaires, surtout quand on les mystifie. N’a-t-il pas osé présenter ses Chansons de Bilitis, recueil de poèmes gracieusement licencieux, comme une traduction du grec ancien ! Et tous de marcher, d’emboîter le pas…
Rien d’étonnant si l’œuvre spécifiquement libertine de Pierre Louÿs est elle-même placée sous le signe toujours subversif d’un humour revigorant.
On y fera une place de choix aux fameux quatrains de Pybrac, qui commencent tous par un délicieusement hypocrite « Je n’aime pas à voir… ». Exemple choisi parmi les plus décents :
Je n’aime pas à voir la fille peu farouche
Qui, près du piano, suce son professeur
Et puis, comme un bonbon, de la bouche à la bouche,
Fait avaler le foutre à sa petite soeur.


Mais le chef-d'œuvre dans le genre est sans doute son Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation, paru en 1926, un an après la mort de l’auteur. Ce pastiche désopilant de ce genre de manuels, dont le succès était alors florissant, retourne malicieusement les conseils vertueux en imitant leur conformisme.
Les « Ne dites pas… Dites… » (Ne dites pas « J’ai envie de baiser ». Dites « Je suis nerveuse ») succèdent aux règles de politesse à observer envers … l’amant de votre mère (« Si l’amant arrive en avance et que Madame votre mère vous prie de faire attendre, faites-le bander, mais ne le sucez pas »), ou bien votre frère (« Branlez votre frère dans son lit ; mais pas dans le vôtre. Cela vous compromettrait »), envers Dieu ou envers… M.le Président de la République !


Mais il faut également retenir de cette œuvre foisonnante l’hallucinant Trois filles de leur mère, roman pornographique très cru, inspiré, a-t-on dit, de ses amours simultanées avec plusieurs des filles de José-Maria de Heredia. Âmes prudes s’abstenir!
Les autres auront toujours de quoi s’esbaudir, d’un bout à l’autre de la production de Pierre Louÿs.


Gérard Lenne

Manuel de civilité pour les petites filles à l'usage des maisons d'éducation

Trois filles de leur mère

Les Chansons de Bilitis : Pervigilium Mortis