| Aphrodite

La
femme et le pantin

La
Femme et le pantin
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Il
s’appelait tout bêtement Pierre Louis, et il était
né en Belgique, à Gand (comme l’immense Jean Ray,
maître du fantastique), mais de parents français fuyant les
uhlans. C’était la guerre avec la Prusse, on était
en 1870, ce qui fit de lui le contemporain des poètes parnassiens,
puis des symbolistes.
Ecrivain prolifique, Pierre Louÿs ne figure pas dans les manuels
de littérature française, et pourtant… Ami intime
de Mallarmé, de Gide, de Paul Valéry ou de José-Maria
de Heredia, et aussi du musicien Claude Debussy
(grand expert en sensualité, il mettra en musique les Chansons
de Bilitis en 1897), il était considéré par eux comme
un poète majeur, comme leur égal.
Pourquoi donc cet ostracisme? Ne cherchez pas : toute
une partie de son œuvre sent le soufre, abolissant toute frontière
convenable entre l’érotisme et la pornographie. Aujourd'hui
quelque peu oublié pour la part poétique de son œuvre,
légitimement célèbre (et célébré)
pour sa part érotique, il fut aussi, à cause de celle-ci,
exclu de la respectabilité bourgeoise.
Ce qu’on pardonne à Verlaine, dont les hardis poèmes
libertins sont longtemps restés clandestins, de même qu’à
Apollinaire pour ses délirantes Onze mille verges, on
ne l’absout pas chez un Louÿs qui a joué avec le feu
en proposant des romans érotiques soft comme Aphrodite ou Les Aventures
du roi Pausole… tout en gardant pour la bonne bouche des versions
plus hard.
C’est Aphrodite (sous-titre : Moeurs antiques),
son premier roman paru, qui le fit connaître du public et applaudir
de la critique. Peu après, Pierre Louÿs s’avèrera
créateur de mythe en écrivant La femme et le pantin,
qui connaîtra une fortune cinématographique fertile avec
plusieurs adaptations (Sternberg, Duvivier, Bunuel…).
Styliste hors pair, l’homme était pétri d’humour,
il avait un sens inné du canular, péché capital aux
yeux des universitaires, surtout quand on les mystifie. N’a-t-il
pas osé présenter ses Chansons de Bilitis,
recueil de poèmes gracieusement licencieux, comme une traduction
du grec ancien ! Et tous de marcher, d’emboîter le pas…
Rien d’étonnant si l’œuvre spécifiquement
libertine de Pierre Louÿs est elle-même placée sous
le signe toujours subversif d’un humour revigorant.
On y fera une place de choix aux fameux quatrains de Pybrac, qui commencent
tous par un délicieusement hypocrite « Je n’aime pas
à voir… ». Exemple choisi parmi les plus décents
:
Je n’aime pas à voir la fille peu farouche
Qui, près du piano, suce son professeur
Et puis, comme un bonbon, de la bouche à la bouche,
Fait avaler le foutre à sa petite soeur.
Mais le chef-d'œuvre dans le genre est sans doute son Manuel
de civilité pour les petites filles à l’usage
des maisons d’éducation, paru en 1926, un an après
la mort de l’auteur. Ce pastiche désopilant de ce genre de
manuels, dont le succès était alors florissant, retourne
malicieusement les conseils vertueux en imitant leur conformisme.
Les « Ne dites pas… Dites… » (Ne
dites pas « J’ai envie de baiser ». Dites « Je
suis nerveuse ») succèdent aux règles de politesse
à observer envers … l’amant de votre mère («
Si l’amant arrive en avance et que Madame votre mère vous
prie de faire attendre, faites-le bander, mais ne le sucez pas »),
ou bien votre frère (« Branlez votre frère dans
son lit ; mais pas dans le vôtre. Cela vous compromettrait »),
envers Dieu ou envers… M.le Président de la République
!
Mais il faut également retenir de cette œuvre foisonnante
l’hallucinant Trois filles de leur mère,
roman pornographique très cru, inspiré, a-t-on dit, de ses
amours simultanées avec plusieurs des filles de José-Maria
de Heredia. Âmes prudes s’abstenir!
Les autres auront toujours de quoi s’esbaudir, d’un bout à
l’autre de la production de Pierre Louÿs.
Gérard Lenne
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Manuel
de civilité pour les petites filles à l'usage des maisons d'éducation

Trois
filles de leur mère

Les
Chansons de Bilitis : Pervigilium Mortis

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