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mise à jour le 4/12/07

Notes de lecture

Les Hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus

Un livre de John Gray paru en 1992 en anglais et traduit en français en 1997

LéZOM et LéFAM ne se ressemblent pas selon John Gray. C'est du moins la théorie qu'il défend dans un livre qui n'en finit plus de se commercialiser, de se traduire et de se prêter entre amis et qui prétend nous soutenir dans cette épreuve quotidienne de la confrontation à l'autre sexe. Des millions d'exemplaires vendus dans le monde, des milliers de couples sauvés, de divorces évités de justesse, avec en prime la possibilité de comprendre enfin pourquoi votre moitié(e) ne sait pas lire une carte routière, s'habiller correctement ou descendre les poubelles.
Ainsi, en lisant les quelques 383 pages de l'édition Michel Lafon, il est désormais possible de comprendre l'autre dans toute son étrangeté. Il existe d'ailleurs des ateliers Mars et Vénus pour ceux et celles qui souhaiteraient approfondir leurs connaissances et s'éviter ainsi certaines déconvenues conjugales. Car soyons clair : nous sommes différents, et ce livre le démontre. Pour tout dire, nous ne venons pas du même monde. Sachez donc que d'après John Gray, « le plus brillant thérapeute familial de la galaxie et véritable mythe aux Etats-Unis », selon son éditeur, LéZOM viennent de Mars. Sur cette planète, les valeurs primordiales sont le pouvoir, la compétence, l'efficacité, la réussite. LéZom aspirent donc à se réaliser et à montrer, voire à exhiber leur compétence à tout moment, tandis que LéFAM qui viennent de Vénus privilégient l'amour, la beauté, les rapports humains comme valeurs refuges.
Relations ZOM/FAM mode d'emploi
L'exemple suivant permettra à chacun de comprendre la valeur de ce guide truffé d'anecdotes et indispensable pour tous ceux qui désirent retirer le maximum de la relation ZOM/FAM. Savez-vous que lorsqu'elles rentrent le soir, LéFAM aimeraient pouvoir raconter leur journée sans être sans cesse interrompues par les commentaires et autres conseils malvenus d'un compagnon imbécile ? C'est qu'il faut apprendre à écouter sa compagne, comme Tom, un client passé entre les mains de John Gray, qui sait maintenant se détendre et prendre une profonde inspiration pour accueillir Mary par un : " Hum, tu as l'air d'avoir eu une dure journée. " puis de commenter ce qu'il entend sur un ton bienveillant du genre : " Tu es la femme la plus aimante et la plus merveilleuse qui soit ! Viens dans mes bras. " Bravo Tom ! Ce travail en profondeur sur toi et ton couple est tout à ton honneur. En digne représentant de la planète Mars, tu aurais préféré sans doute rentrer du travail et te relaxer en lisant tranquillement ton journal, remarque judicieusement John Gray qui connaît bien LéZOM, mais tu dois accepter de te plier à la petite cérémonie du compte rendu de journée en gardant la tête haute. Et même si vous deviez ne jamais lire ce précieux livre, rappelez-vous du message de John : LéZOM viennent de Mars et LéFAM de Vénus, car selon lui, le simple fait de connaître cette différence vous aidera à mieux aimer et mieux être aimé nous dit-on…
Simplification du réel
Mon objectivité journalistique m'oblige pourtant à préciser que nous ne venons ni de Mars ni de Vénus, mais bien de la Terre, cette planète bleue comme une orange. Méfions-nous donc de ce que nous lisons, méfions-nous des quatrièmes de couvertures étourdissantes qui vous parlent de millions de lecteurs déjà conquis dans le monde. Gageons que si ce livre existe, c'est sans doute parce que la world culture s'apparente à un supermarché mondial qui brade la réflexion personnelle au profit d'un certain discours trop aisément accessible et satisfaisant. On s'autorise à vider les mots de leur sens pour mieux vendre ce que la société de consommation produit en masse. On nous simplifie le réel parce que le schéma dépressif exagéré ne sied pas au consommateur régulier, qui risquerait de se perdre dans les méandres de son désarroi. Aussi le tunnel doit-il être toujours éclairé ! Un livre, une émission de télé, un film, un jeu, un vêtement : il n'est pas de bobo existentiel que l'on ne puisse soulager. Notre société dite développée tient en équilibre sur ce mythe du couple bienheureux et son désir de consommation. En publiant ce livre, John Gray nous soutient dans cette volonté de préserver ou d'investir dans cette valeur fondamentale du monde moderne : le couple qui consomme éperdument. N'oublions pas qu'il n'existe qu'un seul écran total pour se protéger de ce genre d'escroquerie psycho-littéraire : le bon sens, qui nous incite à en rire de peur d'être obligés d'en pleurer.

 

Claude Boiocchi, journaliste, philosophe