Google
mise à jour le 4/12/07
Notes de lecture

 

La Vie sexuelle de Catherine M., précédé de "Pourquoi et Comment"

Catherine Millet, Editions Le Seuil, 2002

 


Le sexe est devenu une compétence que certaines femmes mentionneront bientôt sur leur C.V. Partout dans la presse, on incite la gente féminine à s'investir dans cette activité. Crier, bouger, mordiller : autant de conseils et d'exemples qui s'étalent dans les magazines et autres best-sellers à vocation scandaleuse.
Il y eut par exemple le livre de Catherine Millet, qui, pensant raconter sa vie sexuelle, ne fit que démontrer que l'on peut aisément dissoudre son identité en s'adonnant à la masse des désirs. Ce livre à succès, aujourd'hui édité en format de poche*, étonne par son non-érotisme, par sa froideur numéraire et son invraisemblable cascade de pipes, pénétrations et autres sodomies anonymes et dépersonnalisées. Une vie sexuelle pathétique et monotone où la permissivité empêche de se construire une véritable identité. Difficile en effet, de suivre cette pseudo-femme qui avoue elle-même se réfugier dans l'acte sexuel pour " esquiver les regards embarrassants et les échanges verbaux ". Le lecteur suit donc les aventures d'une inconnue qui proclame son plaisir de s'inventer des expériences affolantes de bourgeoise ayant atteint son seuil d'incompétence existentiel et qui s'anéantit dans la fornication. Mais n'est-ce pas toujours l'ennui qui pousse à la médiocrité ?
Catherine M. s'imagine au fil des pages, elle se sculpte une existence bien remplie, elle tente de donner un sens à cette vie perdue en triturant la serrure de la littérature. Un effort vain qui ne produira qu'un empilement de gribouillages fantasmatiques et tapageusement accessibles au plus grand nombre. " …Je restais quelques instants tournée vers mon rocher, les jambes écartées, regardant le foutre retomber de ma chatte sur le sol en une bave paresseuse… " Délicieuse invitation au voyage qui laisse le lecteur en proie à sa propre vacuité devant l'incompréhensible de cette tentative d'écriture. Pauvre Catherine ! Qui diable vous autorise à souiller l'esprit des femmes de la sorte ? Les mots ne suffisent pas lorsque l'on souhaite parler de cette chose délicate qu'est la sexualité. Il faut un langage, un style, une intention travaillée qui touchera le lecteur par sa force et son allure.
Peut-être est-ce le même esprit qui autorise une journaliste à accoucher d'un article sur la vie quotidienne d'une call-girl dans le magazine féminin Cosmopolitan de juillet 2002. Un témoignage faussement scandalisé qui décrit le quotidien d'une pute, une vraie, qui livre au passage quelques astuces pour supporter cette vie de M.
Claire a 29 ans, elle est londonienne. Aujourd'hui, elle gagne 115 000 € par an, soit près de 10 000 € par mois. Amie lectrice, garde ton calme, l'argent n'est pas une fin en soi, car même si tu travailles pour seulement 2000 € par mois, tu restes une travailleuse honnête et vertueuse et rien que pour cela tu forces le respect de la rédaction de Cosmopolitan, ton journal ! Mais revenons à cette inconsciente, Claire et aux affres de la prostitution. Elle est blonde, élégante, vêtue d'un tailleur noir. Son regard est bleu profond, comme les héroïnes d'Arlequin. Notre prostituée loquace nous confie qu'au début elle trouvait cela incroyable de gagner autant d'argent. " Aujourd'hui, ajoute-t-elle, je suis habituée à pouvoir m'acheter tout ce que je veux. C'est l'unique raison pour laquelle je fais ce métier : l'argent est trop bon pour être refusé." Elle nous parle de son " job ", des relations sexuelles nauséabondes rétribuées 750 € pour la totale. Précisons que pour Claire " le sexe est une chose simple " parfois humiliante, mais rentable. En outre, personne n'est au courant, on la croit employée dans une galerie d'art, tandis qu'elle aspire les euros dans les hôtels où se pressent les hommes d'affaires. Elle évoque ses journées de relâche, dans son appartement à Londres, les après-midi chez l'esthéticienne, ses envies de chaussures, de maquillage, etc. Puis elle se souvient de sa vie dissolue, de ses doutes et de son dégoût. Mais Claire n'est pas une femme ordinaire, elle tient bon. Elle s'est d'ailleurs promis de tout arrêter à 30 ans pour mener une vie heureuse avec de l'amour et une grande maison à elle.
L'exemple de ces deux vies de femmes en dit long sur les bas fonds de la culture féminine moderne, un mélange de fausse indépendance et d'intentionnalité truquée qui troublera les esprits faibles imprégnés de Friends, Sex in the City mais aussi de Loft Story et ses barmaids à moitié call-girls devenues stars…Précisons enfin que dans ce même magazine on trouve un article signé par une autre journaliste, intitulé " Les cris, les soupirs et autres trucs qu'ils aiment entendre au lit ". Il faut songer à toutes ces femmes en errance qui dans une certaines mesure reproduisent les comportements de leurs héroïnes préférées, les Loana, les Catherine M. et toutes ces caricatures de la femme fantasmatique. Un discours initiatique nauséeux qu'il convient de remettre en cause. Car il faudra bien un jour que les femmes se souviennent de celles qui leurs permirent d'évoluer pour se montrer enfin digne de cet héritage.

Claude Boiocchi, journaliste, philosophe