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Le sexe est devenu une compétence que certaines femmes mentionneront
bientôt sur leur C.V. Partout dans la presse, on incite la gente
féminine à s'investir dans cette activité. Crier,
bouger, mordiller : autant de conseils et d'exemples qui s'étalent
dans les magazines et autres best-sellers à vocation scandaleuse.
Il y eut par exemple le livre de Catherine Millet, qui, pensant raconter
sa vie sexuelle, ne fit que démontrer que l'on peut aisément
dissoudre son identité en s'adonnant à la masse des désirs.
Ce livre à succès, aujourd'hui édité en format
de poche*, étonne par son non-érotisme, par sa froideur
numéraire et son invraisemblable cascade de pipes, pénétrations
et autres sodomies anonymes et dépersonnalisées. Une vie
sexuelle pathétique et monotone où la permissivité
empêche de se construire une véritable identité. Difficile
en effet, de suivre cette pseudo-femme qui avoue elle-même se réfugier
dans l'acte sexuel pour " esquiver les regards embarrassants et les
échanges verbaux ". Le lecteur suit donc les aventures d'une
inconnue qui proclame son plaisir de s'inventer des expériences
affolantes de bourgeoise ayant atteint son seuil d'incompétence
existentiel et qui s'anéantit dans la fornication. Mais n'est-ce
pas toujours l'ennui qui pousse à la médiocrité ?
Catherine M. s'imagine au fil des pages, elle se sculpte une existence
bien remplie, elle tente de donner un sens à cette vie perdue en
triturant la serrure de la littérature. Un effort vain qui ne produira
qu'un empilement de gribouillages fantasmatiques et tapageusement accessibles
au plus grand nombre. " …Je restais quelques instants tournée
vers mon rocher, les jambes écartées, regardant le foutre
retomber de ma chatte sur le sol en une bave paresseuse… "
Délicieuse invitation au voyage qui laisse le lecteur en proie
à sa propre vacuité devant l'incompréhensible de
cette tentative d'écriture. Pauvre Catherine ! Qui diable vous
autorise à souiller l'esprit des femmes de la sorte ? Les mots
ne suffisent pas lorsque l'on souhaite parler de cette chose délicate
qu'est la sexualité. Il faut un langage, un style, une intention
travaillée qui touchera le lecteur par sa force et son allure.
Peut-être est-ce le même esprit qui autorise une journaliste
à accoucher d'un article sur la vie quotidienne d'une call-girl
dans le magazine féminin Cosmopolitan de juillet 2002. Un témoignage
faussement scandalisé qui décrit le quotidien d'une pute,
une vraie, qui livre au passage quelques astuces pour supporter cette
vie de M.
Claire a 29 ans, elle est londonienne. Aujourd'hui, elle gagne 115 000
€ par an, soit près de 10 000 € par mois. Amie lectrice,
garde ton calme, l'argent n'est pas une fin en soi, car même si
tu travailles pour seulement 2000 € par mois, tu restes une travailleuse
honnête et vertueuse et rien que pour cela tu forces le respect
de la rédaction de Cosmopolitan, ton journal ! Mais revenons à
cette inconsciente, Claire et aux affres de la prostitution. Elle est
blonde, élégante, vêtue d'un tailleur noir. Son regard
est bleu profond, comme les héroïnes d'Arlequin. Notre prostituée
loquace nous confie qu'au début elle trouvait cela incroyable de
gagner autant d'argent. " Aujourd'hui, ajoute-t-elle, je suis habituée
à pouvoir m'acheter tout ce que je veux. C'est l'unique raison
pour laquelle je fais ce métier : l'argent est trop bon pour être
refusé." Elle nous parle de son " job ", des relations
sexuelles nauséabondes rétribuées 750 € pour
la totale. Précisons que pour Claire " le sexe est une chose
simple " parfois humiliante, mais rentable. En outre, personne n'est
au courant, on la croit employée dans une galerie d'art, tandis
qu'elle aspire les euros dans les hôtels où se pressent les
hommes d'affaires. Elle évoque ses journées de relâche,
dans son appartement à Londres, les après-midi chez l'esthéticienne,
ses envies de chaussures, de maquillage, etc. Puis elle se souvient de
sa vie dissolue, de ses doutes et de son dégoût. Mais Claire
n'est pas une femme ordinaire, elle tient bon. Elle s'est d'ailleurs promis
de tout arrêter à 30 ans pour mener une vie heureuse avec
de l'amour et une grande maison à elle.
L'exemple de ces deux vies de femmes en dit long sur les bas fonds de
la culture féminine moderne, un mélange de fausse indépendance
et d'intentionnalité truquée qui troublera les esprits faibles
imprégnés de Friends, Sex in the City mais aussi de Loft
Story et ses barmaids à moitié call-girls devenues stars…Précisons
enfin que dans ce même magazine on trouve un article signé
par une autre journaliste, intitulé " Les cris, les soupirs
et autres trucs qu'ils aiment entendre au lit ". Il faut songer à
toutes ces femmes en errance qui dans une certaines mesure reproduisent
les comportements de leurs héroïnes préférées,
les Loana, les Catherine M. et toutes ces caricatures de la femme fantasmatique.
Un discours initiatique nauséeux qu'il convient de remettre en
cause. Car il faudra bien un jour que les femmes se souviennent de celles
qui leurs permirent d'évoluer pour se montrer enfin digne de cet
héritage.
Claude
Boiocchi, journaliste, philosophe |