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mise à jour le 4/12/07

L'harmonie des plaisirs : Les manières de jouir du siècle des Lumières à l'avénement de la sexologie

 

 

L'harmonie des Plaisirs,

Alain Corbin, éditions Librairie académique Perrin, Janvier 2008, 532 pages


Alain Corbin, l’historien du sensible, entend mettre en perspective la sexualité depuis le XVIIIe siècle jusqu’à la moitié du XIXe, date à laquelle débute ce qui deviendra la sexologie. Il rend accessible les moindres détails d’un rapport au corps sans cesse fluctuant au gré des idées propres à une époque. Dans cet ouvrage, il montre comment s’exprime la vie sexuelle entre les remparts de la religion et de la médecine. L’une et l’autre s’associent sur un consensus qui condamne la masturbation, le coït interrompu, se rejoignent sur la minutie des interrogatoires et indirectement contribuent à valoriser l’intime au sein des couples. L’historien commence par une étude des textes médicaux dont il montre les limites, les à priori et les lacunes ; les informations proviennent essentiellement de la propre expérience du praticien et des aveux qu’il obtient. La sexualité est comprise comme une fonction utile essentiellement à la reproduction, donc, toutes les pratiques qui s’en éloignent sont considérées comme des symptômes de désordres ou de maladies. Le corps médical valorise les pratiques sexuelles à visée procréatrice du couple légitime et leur attribue des valeurs prophylactiques voire thérapeutiques dans un grand nombre de cas : hystérie, mélancolie... Rares sont les praticiens qui explorent réellement le manque de désir ou l’absence de plaisir de la femme car on la suppose toujours disponible pour répondre aux impératifs « besoins » de l’homme. Dans le même temps, l’Eglise catholique nomme l’acte sexuel la « dette » ou le « devoir », la femme se doit de « rendre la dette » en l’acceptant. Pourtant, à l’exception de quelques prêtres, qu’on peut supposer bien informés des réalités humaines, l’inquisition est de mise, la traque du péché fait partie de la formation du confesseur, à charge ensuite pour lui de quantifier la taille des fautes et d’administrer la bonne dose punitive pour le pardon. La troisième partie du livre traite de l'interdit transgressé à travers la pornographie. Llittérature et représentations graphiques pornographiques sont florissantes et au siècle des Lumières, mais seront traquées impitoyablement au XIX. Alain Corbin conclut en montrant qu'au cours des années 1770 à 1860, médecine, religion et pornographie dépeingnent un état d'harmonie des ébats sexuels qu'elles entendent régir en fonction de leurs buts: procréation, chasteté conjugale, arts de jouir. Le discours sexologique prendra le relai à partir de la fin du XIX, focalisant son propos sur une logique hygiéniste se réclamant de la science en passe de devenir toute-puissante.
On est saisi par l’étrangeté du sujet, un peu pris de vertige en pensant que subsistent ici et là de nombreux vestiges de cette lecture du fait sexuel, mais surtout conquis par l'érudition et la lisibilité de ce livre.

Catherine Cudicio