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mise à jour le 4/12/07

Histoire de la Chasteté

Une lutte permanente entre les mœurs réelles et la volonté de les contrôler


Exercer un contrôle sur la sexualité semble faire partie des mœurs depuis les temps les plus lointains. La chasteté, absence de relations sexuelles ou de pratiques sexuelles solitaires ou les deux, a concerné les deux sexes, mais surtout les femmes et les hommes voués à un culte, ainsi que certains célibataires. L’exigence de chasteté s’inscrit dans des logiques de maintien de l’ordre social par la clarté des filiations. Quand un enfant naît, il n’y a jamais de doute sur sa mère, par contre, le père biologique n’est pas nécessairement le même que le mari. Or, dans les sociétés patriarcales, le souci de laisser une descendance sans ambiguïté quant à l’origine paternelle explique en partie les contraintes auxquelles les femmes ont été soumises, et notamment l’obligation de fidélité.
Toutefois, il demeure un profond décalage entre les mœurs réelles et les modèles qu’exige le maintien de l’ordre social. Il serait hasardeux de juger l’état des mœurs d’une époque et d’une société en se référant seulement aux modèles de contraintes qu’elle cherche à imposer.

 

 

 


Antiquité, Stoïciens
Dans l’Antiquité grecque à l’époque dite classique (4ème et 5ème siècle avant JC) , le mariage monogamique est la référence. Homère n’attribue à ses héros qu’une seule épouse, (et une ou plusieurs concubines). La célèbre Pénélope, épouse d’Ulysse, illustre le modèle de la fidélité conjugale. L’épouse assure une descendance légitime, la concubine est chargée de veiller à l’exécution des tâches domestiques, l’une et l’autre vivent recluses au gynécée. La fidélité à l’époux est exigée, en effet, en cas de flagrant délit d’adultère, le mari trompé a le droit de tuer sur le champ son rival, comme sa femme ou sa concubine. En marge de l’institution matrimoniale, règnent les courtisanes. Esclave d’une entremetteuse ou femmes libres, elles occupent une place à part dans la société athénienne, l’Athénien qui les fréquente affirme ainsi sa virilité et sa richesse…
http://www.idee-k.com/historiart/courtisanes.html

Une sexualité très codifiée
La société grecque peut paraître assez tolérante sur l’expression de la sexualité, en fait, elle est très codifiée et surtout très hiérarchisée. La chasteté ne concerne que des personnes consacrées à un culte, ou les jeunes filles issues de l’aristocratie. C’est pourtant cette même société qui, à travers le Stoïcisme fondé par Xénon de Kition (344-262 av JC), apportera les bases philosophiques reprises à son compte la morale chrétienne. http://fr.wikipedia.org/wiki/Stoïcisme


Les Romains de l’Antiquité appliquent dans les grandes lignes les mêmes contraintes aux mêmes personnes. Les prêtresses de Vesta font vœu de chasteté, et en cas de manquement, sont condamnées à être enterrées vivantes, on ne plaisante pas avec ça ! http://fr.wikipedia.org/wiki/Vestales
Jacques Le Goff (Directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales) explique : « Dès l’avènement du christianisme, les choses changent. Une nouvelle éthique sexuelle, inspirée du Stoïcisme s'impose. La chair, le corps et le plaisir qu’ils procurent sont diabolisés, comme source de péché. Tandis que la virginité devient l'idéal de l'Église. Pour des siècles, l'Occident est entré dans l'ère du refoulement. »
http://www.idee-k.com/historiart/plaisir.html


Des pères de l’Eglise au Moyen âge, Tertullien et Saint Augustin
Parmi les pères de l’Eglise, on cite généralement Tertullien, fils d’un centurion romain, né à Carthage aux environs de 150 (apJC). Vers l’âge de 35 ans, il se convertit au christianisme et dès lors ne cessera de mener un combat véhément en faveur d’une morale rigoureuse, que n’exigeait même pas les autorités de son temps. On lui doit notamment un texte dit «Exhortation à la Chasteté ».
http://www.tertullian.org/index.htm

Un idéal de vie...
Mais, c’est surtout à Saint Augustin (354-430) qu’on devra une réflexion puissante sur la religion et ses exigences. « O Dieu, accordez-moi la chasteté, la continence, mais ne me la donnez pas tout de suite ». lit-on dans le livre VIII, , 17. La chasteté fait peur, elle est présentée comme un idéal, un style de vie pour le croyant.
Au bout du compte, le célibataire abstinent serait un modèle susceptible de plaire à Dieu ! Mais l’Eglise à défaut de pouvoir imposer la chasteté à tous va développer peu à peu un encadrement strict des pratiques sexuelles. La sacralisation du mariage, l’amalgame entre la sexualité et le péché, entre le corps et le démon (enfin surtout le corps féminin !!!!), une nomenclature très précise des différents péchés de chair et pour couronner le tout, un calendrier pour établir les temps de chasteté auxquels chacun devra se soumettre. Au 4ème siècle, Saint Ambroise définit la hiérarchie de la chasteté : "Il y a trois formes de chasteté: le mariage, le veuvage, la virginité " (Sur les veuves, Iv, 23).
Dans le même temps, la chaste silhouette de la vierge Marie, drapée dans ses voiles pudiques, commence à hanter l’imaginaire chrétien, non sans une certaine fougue aux accents érotiques.

 

Moyen âge : diabolisation de la sexualité, la lèpre comme châtiment de pratiques sexuelles interdites
Le Moyen Age n’ajoutera rien à ces idées, tout au plus assistera-t-on à un développement des outils de contrôle. L’inquisition vise essentiellement à traquer les dissidents, la liste des turpitudes sexuelles s’allonge avec les accusations de sorcellerie et de fornications diverses et variées, notamment avec les démons comme le souligne Chantal Lapointe dans son essai sur la sorcellerie.
http://www.idee-k.com/historiart/sorciere.htm

 


L'enfer ne suffit pas...!

Comme l’enfer ne suffit pas toujours à contraindre les « fornicateurs », un autre châtiment menace gravement leur vie terrestre : la lèpre. La maladie est présentée comme une conséquence de pratiques interdites : homosexualité, sodomie, masturbation, copulation avec les démons.
Jacques Legoff explique : « …La maladie obsessionnelle et culpabilisante, la maladie-hantise dont la peste prendra le relais au milieu du 14e siècle, la lèpre reçoit son origine dans la sexualité coupable - y compris celle des époux, surtout, peut-être, celle des époux - et la macule de la fornication commise dans la chair ressort à la surface du corps. Et comme la chair transmet le péché originel, les enfants paient la faute des parents. Ensuite, il y a cette fixation de l'excès de dévergondage sexuel dans le monde des « illettrés », des pauvres, des paysans. Dans ce monde de guerriers, les vilains sont des quasi-animaux, jouets du désir mauvais. »
Le Moyen Age, sans doute à tort considéré comme une période d’obscurantisme et de répression serait à l’origine d’un outil redoutable au service de la chasteté : la fameuse ceinture. Plusieurs historiens, et notamment Régine Pernoud, contestent cette version et ne retiennent que l’aspect symbolique évoqué par les poètes (Marie de France et Guillaume de Machaut).
http://www.tpe.com/~altarboy/note0704.htm

 


Les « libertins baroques » , l’hédonisme, d’Erasme à Michel Onfray
L’acharnement de l’Eglise à vouloir imposer un tel carcan de restrictions est-il une réponse à des mœurs sexuelles laxistes? Faut-il y voir seulement un des aspects d’une quête effrénée de pouvoir et d’expansion ?
Ce serait ignorer qu’en marge des discours officiels des pouvoirs en place, des mouvements de contestation se sont développés. Le philosophe hédoniste Michel Onfray, présente ainsi « l’Archipel libertin baroque »: "libre, éclairé, insolent, audacieux, rationnel et critique. Autant dire moderne et précurseur. Des noms ? Pierre Gassendi, le chrétien épicurien, Cyrano de Bergerac, le matérialiste hédoniste, Saint-Évremond, le défenseur d’Épicure, Fontenelle, le démonteur de la pensée magique, François La Mothe Le Vayer, le catholique sceptique - pour ne parler que de ceux-là. Preuve qu’il existe donc bien dans ce siècle des pensées qui vont plus loin que l’habituel serinage académique."
Au fil des siècles, différents équilibres s’observent, aux vagues de relative tolérance, succèdent des phases de répression. En outre, la morale sexuelle n’est pas la même pour tous : hommes et femmes ne sont pas égaux quand il s’agit de juger l’adultère, le viol, ou le crime passionnel.


Actuellement, la chasteté refait surface, dans une sorte de consensus idéologique et religieux, reprenant à son compte, croyances et idées reçues émanant d’un lointain passé soudainement remis au goût du jour


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