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mise à jour le 4/12/07

 

Faut-il envier la sexualité des sociétés primitives ?

Etude réalisée par Catherine Cisinski, artiste peintre, art thérapeute, philosophe, d’après l’ouvrage :
« La vie sexuelle des sauvages »
Du Nord -Ouest de la Mélanésie ( 1930)

de Bronislaw Malinowski (1884-1942)Antropologue.

 

On doit à ce savant une nouvelle méthode d'étude: l'observation participante. L'anthropologue s'immerge dans la culture qu'il étudie et apprend à connaître "de l'intérieur" ses codes et ses sens...

 

"« La phase la plus dramatique et la plus intense des relations entre homme et femme, à quelque type de société qu’elle appartienne, se situe dans l’attraction exercée par le sexe opposé et les épisodes passionnels et sentimentaux qui en découlent. Ces derniers constituent les événements les plus significatifs de la vie, ceux qui se rattachent à son bonheur intime, à l’essence et au sens de l’existence . »

 

 

 "Amour en arbre" Une oeuvre originale de

Havanye Framboise, artiste peintre

 

 

La Sexualité des Papous

Une famille matrilinéaire :
C’est la mère qui forme le point central de la parenté. « La mère fait l’enfant avec son, sang. Frères et sœurs sont de la même chair. La mère nourrissait l’enfant dans son corps. A sa venue au monde, elle le nourrit de son lait. » L’enfant, garçon ou fille appartient au clan, à la communauté de la mère qui la soutient et la protège dans sa tâche éducatrice et son amour dévoué.
Le père, selon les idées indigènes, est complètement étranger à la naissance des enfants. Ceux-là seraient introduits dans les flans de la mère sous la forme d’esprit très ténus, ceci généralement par l’intermédiaire de l’esprit d’un parent maternel décédé.
La fonction du mari alors, consiste à protéger et à choyer l’enfant, à le « recevoir dans ses bras » dès qu’il naît. Néanmoins, cet enfant n’est pas à lui, en ce sens qu’il ne lui est pas reconnu le moindre rôle dans sa procréation. Fait inattendu : on constate que la fonction du père étant, des liens entre père et enfants sont intimement liés, bien plus signifiants et profonds que dans nos sociétés patriarcales.
L’autorité sur les enfants est essentiellement exercé par le frère de la mère.


L’enfance :
Dès l’âge le plus tendre, garçons et filles de la même mère, vivent dans des familles séparées les uns des autres, en vertu d’un rigoureux tabou qui interdit toute intimité entre frères et soeurs, ceci en veillant à ce que les questions en rapport avec le sexe de chacun, ne fassent même pas l’objet de conversations communes entre les uns et les autres.
Ceci posé, il n’existe par ailleurs, entre enfants qui n’ont pas une même mère, ni répression, ni censure, ni réprobation morale de la sexualité infantile, du typé génital, lorsqu’elle se manifeste très naturellement vers l’âge de 5 ou 6 ans. C’est à cette phase que les enfants mélanésiens, se sentant plus indépendants sont autorisés progressivement à former une petite communauté juvénile au sein de la grande communauté. Ils se promènent en bandes, jouent dans des endroits cachés de la brousse.
Dans leurs jeux clandestins, les enfants mélanésiens, ignorent les pressions sociales « pur/impur », « décent/indécent ». Le sexe en tant que tel, n’est l’objet d’aucun tabou, n’aspire en aucun cas à être voilé, pas plus que toutes fonctions naturelles du corps. La nudité est de mise au quotidien, si bien que très tôt, les enfants commencent à se douter que la sexualité génitale promet pour eux bientôt, de devenir une source de plaisirs, à l’instar d’autres jeux infantiles. Tout les pousse dans ce contexte, à imiter les plus grands, ces derniers en manquant pas de les initier les uns les autres à leurs pratiques sexuelles. Sans pour autant être capables d’accomplir l’acte sexuel en soi, leurs aînés, les laissent totalement libres de se livrer à tous les jeux qui leur plaisent, et de satisfaire leur curiosité et leur sensualité directement sans devoir se cacher. Les parents qui ne voient rien de répréhensible dans ses jeux, disent simplement que les « les enfants jouent au mariage ». Le fait est qu’ils finissent en connaissance de cause, par sélectionner très tôt leur partenaire, formant un couple reconnu par les adultes, allant droit au mariage réel in fine.

 

L’adolescence :
Dès lors, la sexualité chez les jeunes enfants, suit un développement continu et graduel jusqu’à la puberté, tout en respectant cet unique interdit, de ne jamais la rendre présente entre frères et sœurs.
Une institution spéciale appelée « bukumatula », pare à ce danger. Il s’agit en général d’une maison qui appartient soit à un célibataire, soit un veuf, qui accueille un ou plusieurs adolescents ( 3 à 6 ), qui peuvent ainsi aller rejoindre de là, leurs bien aimées.
La maison paternelle se trouve désertée très vite par les adolescents mâles.
Quant à la jeune fille, elle revient toujours coucher à la maison du père, les rares nuits de chasteté, le père restant garant des arrangements matrimoniaux de sa jeune fille.
La mère subit une éclipse temporaire.
On note néanmoins que cette licence offerte sexuellement aux jeunes adolescents, n’exerce aucune influence directe sur les rapports enfants et parents, à tel point que les jeunes mélanésiens ignorent tout de ces fameuses « crises d’adolescence » ainsi observées sur notre continent…. Car les adultes indigènes, à l’évidence, ne manquent jamais de se réjouir immensément de l’éveil sexuel de leurs enfants, visibles et reconnus fièrement par toute la communauté, à chaque fête de villages.

amours nocturnes, une oeuvre originale de  Havanye Framboise, artiste peintre

L’âge adulte
Chez les primitifs, la sexualité revêt donc une forme précocement génitale à peu près inconnue chez nous et qui se place tout de suite au premier rang des intérêts dès l’enfance, maintenue telle de manière définitive, à l’age adulte,
L’homme ne cherchera que très rarement querelle à sa femme. Même la cohabitation sexuelle n’est pas considérée par la loi et l’usage indigènes, à l’instar de nos sociétés, comme un devoir imposé à la femme et comme un privilège pour le mari. Il est estimé, conformément à la tradition, que le mari doit mériter les services sexuels reçus de sa femme, et les payer. Son seul moyen pour s’acquitter de cette dette tient dans le fait de se rendre utile auprès des enfants et de leur témoigner de l’affection. Ainsi,toutes les forces morales et coutumières concourent-elles à assigner l’homme dans son rôle d’époux et de père, attitude le détournant de celle d’un patriarche au sommet d’une autorité familiale.
Le père s’acquitte de ses devoirs (pêche, construction d’outils, jardinage et soins attentifs prodigués aux enfants) avec une tendresse naïve et naturelle, toute pleine d’orgueil et d’amour dans son regard et ses gestes. Il ne se lasse pas de raconter et de montrer les vertus et les faits de la progéniture de sa femme.
Dans un ménage typique, la journée normale s’effectue dans une étroite intimité familiale : tous les membres couchent dans la même hutte, restent les uns à côté des autres, pendant la plus grande partie de leurs travaux et de leurs loisirs. C’est la femme qui continue la lignée.
C’est l’homme qui la représente.
Leur importance à chacun est de valeur égale.


La vie en couple au sein du mariage :
Une grande liberté et une parfaite aisance règnent dans les relations sexuelles des indigènes, après une très longue liaison prénuptiale entretenue par eux, où ils pouvaient s’unir et se désunir à volonté, durant ce temps. Ils sont devenus époux en prolongeant et consolidant leur intimité. Néanmoins, le temps des démonstrations visibles publiquement ; même seulement affectueuses, s’achève. On ne voit aucun couple mélanésien se tenir par la main ou la taille au cœur du village.
La jalousie et l’adultère sont les deux facteurs de la vie tribale qui mettent le plus à l’épreuve le lien du mariage. Selon la loi, la coutume et l’opinion publique, la possession sexuelle a un caractère exclusif. Il n’existe ni prêt, ni échange de femmes, ni abandon de droits maritaux en faveur d’un autre homme. Les normes sont strictes. Bien que les déviations de ces normes soient fréquentes, elles ne sont jamais publiques ni excusées, en tant qu’elles ne sont ni normales, ni naturelles.

Dessin au trait par Catherine Cisinski, artiste peintre


La sexualité :
Compte tenu du grand intérêt qu’ils portent à la vie sexuelle, les indigènes possèdent une connaissance rudimentaire mais pratique des principales données de l’anatomie humaine et un vocabulaire assez riche pour la désignation des différentes parties du corps humain ainsi que les organes externes. Pour autant, ils se contentent de considérer les organes sexuels comme des organes d’excrétion et de plaisir.
Ce sont les fonctions sexuelles de ces organes génitaux qui retiennent plus volontiers leur intérêt ( excepté cependant, la fonction physiologique des testicules).

De manière assez complexe, ils présentent une sorte de théorie psycho-physiologique.
Les yeux sont le siège du désir et de la convoitise, ou « désir d’accouplement ». Ils sont la base ou la cause de la passion sexuelle. Des yeux, le désir est transmis au cerveau par l’intermédiaire de « wotuna » ( veine ou nerf ) d’où il se répand à travers le corps ou ventre, aux bras et aux jambes, pour se concentrer finalement dans les reins. Ces derniers sont considérés comme la parie médiane principale, voire le tronc du système. Partant des reins, d’autres conduits aboutissent aux organes sexuels mâles qui sont le sommet ou la pointe de tout le système. C’est ainsi que les yeux voient un objet de désir, « ils s’éveillent » et communiquent l’impulsion aux reins qui la transmettent au pénis, provoquant ainsi l’érection. Cette conviction étant, les indigènes prétendent « qu’un homme ayant les yeux fermés n’éprouve jamais d’érection ». Ils atténuent leur affirmation dès qu’ils admettent que l’odorat peut parfois remplacer la vue, et qu’une femme qui défait sa jupe dans l’obscurité peut exciter le désir.
Chez la femme, l’excitation sexuelle est analogue. Les yeux donnent l’alarme, qui passe à travers le corps, s’empare des reins et produit l’excitation sexuelle au niveau du clitoris. La sécrétion mâle et celle femelle portent le même nom « momona », l’une et l’autre ayant leur origine dans les reins, et remplissent la même fonction : la lubrification de la membrane et l’accroissement du plaisir.
L’amour ou affection a son siège dans la peau du ventre, dans celle des bras à un degré moindre et dans les yeux, sources du désir.


Après la mort, le sexe encore…

Après la mort, l’esprit s’en va à Turna, île aux morts, où il mène une vie agréable analogue à la vie terrestre, mais plus heureuse encore.
Contribuant à la nature de cette félicité, le sexe y joue un rôle prépondérant, s’exprimant dans une jeunesse perpétuelle. Dès que l’esprit s’aperçoit que des poils commencent à couvrir sa peau, que cette dernière devient flasque et ratatinée, que ses cheveux commencent à grisonner, il se dépouille de son enveloppe et redevient jeune et frais, avec des boucles noires et une peau lisse sans poils.
S’il arrive que l’esprit se lasse de ce rajeunissement perpétuel, il peut désirer revenir sur terre en remontant alors la suite des années, devenant un petit enfant à l’état-prénatal reconstituant ainsi la seule source à laquelle l’humanité puise ses nouvelles réserves de vie.

 

Catherine Cisinski