La Sexualité
des Papous
Une famille matrilinéaire
:
C’est la mère qui forme le point central de la parenté.
« La mère fait l’enfant avec son, sang. Frères
et sœurs sont de la même chair. La mère nourrissait
l’enfant dans son corps. A sa venue au monde, elle le nourrit
de son lait. » L’enfant, garçon ou fille appartient
au clan, à la communauté de la mère qui la soutient
et la protège dans sa tâche éducatrice et son
amour dévoué.
Le père, selon les idées indigènes, est complètement
étranger à la naissance des enfants. Ceux-là
seraient introduits dans les flans de la mère sous la forme
d’esprit très ténus, ceci généralement
par l’intermédiaire de l’esprit d’un parent
maternel décédé.
La fonction du mari alors, consiste à protéger et à
choyer l’enfant, à le « recevoir dans ses bras
» dès qu’il naît. Néanmoins, cet enfant
n’est pas à lui, en ce sens qu’il ne lui est pas
reconnu le moindre rôle dans sa procréation. Fait inattendu
: on constate que la fonction du père étant, des liens
entre père et enfants sont intimement liés, bien plus
signifiants et profonds que dans nos sociétés patriarcales.
L’autorité sur les enfants est essentiellement exercé
par le frère de la mère.

L’enfance :
Dès l’âge le plus tendre, garçons et filles
de la même mère, vivent dans des familles séparées
les uns des autres, en vertu d’un rigoureux tabou qui interdit
toute intimité entre frères et soeurs, ceci en veillant
à ce que les questions en rapport avec le sexe de chacun, ne
fassent même pas l’objet de conversations communes entre
les uns et les autres.
Ceci posé, il n’existe par ailleurs, entre enfants qui
n’ont pas une même mère, ni répression,
ni censure, ni réprobation morale de la sexualité infantile,
du typé génital, lorsqu’elle se manifeste très
naturellement vers l’âge de 5 ou 6 ans. C’est à
cette phase que les enfants mélanésiens, se sentant
plus indépendants sont autorisés progressivement à
former une petite communauté juvénile au sein de la
grande communauté. Ils se promènent en bandes, jouent
dans des endroits cachés de la brousse.
Dans leurs jeux clandestins, les enfants mélanésiens,
ignorent les pressions sociales « pur/impur », «
décent/indécent ». Le sexe en tant que tel, n’est
l’objet d’aucun tabou, n’aspire en aucun cas à
être voilé, pas plus que toutes fonctions naturelles
du corps. La nudité est de mise au quotidien, si bien que très
tôt, les enfants commencent à se douter que la sexualité
génitale promet pour eux bientôt, de devenir une source
de plaisirs, à l’instar d’autres jeux infantiles.
Tout les pousse dans ce contexte, à imiter les plus grands,
ces derniers en manquant pas de les initier les uns les autres à
leurs pratiques sexuelles. Sans pour autant être capables d’accomplir
l’acte sexuel en soi, leurs aînés, les laissent
totalement libres de se livrer à tous les jeux qui leur plaisent,
et de satisfaire leur curiosité et leur sensualité directement
sans devoir se cacher. Les parents qui ne voient rien de répréhensible
dans ses jeux, disent simplement que les « les enfants jouent
au mariage ». Le fait est qu’ils finissent en connaissance
de cause, par sélectionner très tôt leur partenaire,
formant un couple reconnu par les adultes, allant droit au mariage
réel in fine.

L’adolescence :
Dès lors, la sexualité chez les jeunes enfants,
suit un développement continu et graduel jusqu’à
la puberté, tout en respectant cet unique interdit, de
ne jamais la rendre présente entre frères et sœurs.
Une institution spéciale appelée « bukumatula
», pare à ce danger. Il s’agit en général
d’une maison qui appartient soit à un célibataire,
soit un veuf, qui accueille un ou plusieurs adolescents ( 3 à
6 ), qui peuvent ainsi aller rejoindre de là, leurs bien
aimées.
La maison paternelle se trouve désertée très
vite par les adolescents mâles.
Quant à la jeune fille, elle revient toujours coucher à
la maison du père, les rares nuits de chasteté,
le père restant garant des arrangements matrimoniaux de
sa jeune fille.
La mère subit une éclipse temporaire.
On note néanmoins que cette licence offerte sexuellement
aux jeunes adolescents, n’exerce aucune influence directe
sur les rapports enfants et parents, à tel point que les
jeunes mélanésiens ignorent tout de ces fameuses
« crises d’adolescence » ainsi observées
sur notre continent…. Car les adultes indigènes,
à l’évidence, ne manquent jamais de se réjouir
immensément de l’éveil sexuel de leurs enfants,
visibles et reconnus fièrement par toute la communauté,
à chaque fête de villages. |
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amours nocturnes,
une oeuvre originale de Havanye Framboise, artiste peintre

L’âge
adulte
Chez les primitifs, la sexualité revêt donc une forme
précocement génitale à peu près inconnue
chez nous et qui se place tout de suite au premier rang des intérêts
dès l’enfance, maintenue telle de manière définitive,
à l’age adulte,
L’homme ne cherchera que très rarement querelle à
sa femme. Même la cohabitation sexuelle n’est pas considérée
par la loi et l’usage indigènes, à l’instar
de nos sociétés, comme un devoir imposé à
la femme et comme un privilège pour le mari. Il est estimé,
conformément à la tradition, que le mari doit mériter
les services sexuels reçus de sa femme, et les payer. Son seul
moyen pour s’acquitter de cette dette tient dans le fait de
se rendre utile auprès des enfants et de leur témoigner
de l’affection. Ainsi,toutes les forces morales et coutumières
concourent-elles à assigner l’homme dans son rôle
d’époux et de père, attitude le détournant
de celle d’un patriarche au sommet d’une autorité
familiale.
Le père s’acquitte de ses devoirs (pêche, construction
d’outils, jardinage et soins attentifs prodigués aux
enfants) avec une tendresse naïve et naturelle, toute pleine
d’orgueil et d’amour dans son regard et ses gestes. Il
ne se lasse pas de raconter et de montrer les vertus et les faits
de la progéniture de sa femme.
Dans un ménage typique, la journée normale s’effectue
dans une étroite intimité familiale : tous les membres
couchent dans la même hutte, restent les uns à côté
des autres, pendant la plus grande partie de leurs travaux et de leurs
loisirs. C’est la femme qui continue la lignée.
C’est l’homme qui la représente.
Leur importance à chacun est de valeur égale.

La vie en couple au sein du mariage :
Une grande liberté et une parfaite aisance règnent dans
les relations sexuelles des indigènes, après une très
longue liaison prénuptiale entretenue par eux, où ils
pouvaient s’unir et se désunir à volonté,
durant ce temps. Ils sont devenus époux en prolongeant et consolidant
leur intimité. Néanmoins, le temps des démonstrations
visibles publiquement ; même seulement affectueuses, s’achève.
On ne voit aucun couple mélanésien se tenir par la main
ou la taille au cœur du village.
La jalousie et l’adultère sont les deux facteurs de la
vie tribale qui mettent le plus à l’épreuve le
lien du mariage. Selon la loi, la coutume et l’opinion publique,
la possession sexuelle a un caractère exclusif. Il n’existe
ni prêt, ni échange de femmes, ni abandon de droits maritaux
en faveur d’un autre homme. Les normes sont strictes. Bien que
les déviations de ces normes soient fréquentes, elles
ne sont jamais publiques ni excusées, en tant qu’elles
ne sont ni normales, ni naturelles.

Dessin au trait par
Catherine Cisinski, artiste
peintre

La sexualité :
Compte tenu du grand intérêt qu’ils portent à
la vie sexuelle, les indigènes possèdent une connaissance
rudimentaire mais pratique des principales données de l’anatomie
humaine et un vocabulaire assez riche pour la désignation des
différentes parties du corps humain ainsi que les organes externes.
Pour autant, ils se contentent de considérer les organes sexuels
comme des organes d’excrétion et de plaisir.
Ce sont les fonctions sexuelles de ces organes génitaux qui
retiennent plus volontiers leur intérêt ( excepté
cependant, la fonction physiologique des testicules).
De manière assez complexe, ils présentent une sorte
de théorie psycho-physiologique.
Les yeux sont le siège du désir et de la convoitise,
ou « désir d’accouplement ». Ils sont la
base ou la cause de la passion sexuelle. Des yeux, le désir
est transmis au cerveau par l’intermédiaire de «
wotuna » ( veine ou nerf ) d’où il se répand
à travers le corps ou ventre, aux bras et aux jambes, pour
se concentrer finalement dans les reins. Ces derniers sont considérés
comme la parie médiane principale, voire le tronc du système.
Partant des reins, d’autres conduits aboutissent aux organes
sexuels mâles qui sont le sommet ou la pointe de tout le système.
C’est ainsi que les yeux voient un objet de désir, «
ils s’éveillent » et communiquent l’impulsion
aux reins qui la transmettent au pénis, provoquant ainsi l’érection.
Cette conviction étant, les indigènes prétendent
« qu’un homme ayant les yeux fermés n’éprouve
jamais d’érection ». Ils atténuent leur
affirmation dès qu’ils admettent que l’odorat peut
parfois remplacer la vue, et qu’une femme qui défait
sa jupe dans l’obscurité peut exciter le désir.
Chez la femme, l’excitation sexuelle est analogue. Les yeux
donnent l’alarme, qui passe à travers le corps, s’empare
des reins et produit l’excitation sexuelle au niveau du clitoris.
La sécrétion mâle et celle femelle portent le
même nom « momona », l’une et l’autre
ayant leur origine dans les reins, et remplissent la même fonction
: la lubrification de la membrane et l’accroissement du plaisir.
L’amour ou affection a son siège dans la peau du ventre,
dans celle des bras à un degré moindre et dans les yeux,
sources du désir.

Après la mort, le sexe encore…
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Après
la mort, l’esprit s’en va à Turna, île
aux morts, où il mène une vie agréable
analogue à la vie terrestre, mais plus heureuse encore.
Contribuant à la nature de cette félicité,
le sexe y joue un rôle prépondérant, s’exprimant
dans une jeunesse perpétuelle. Dès que l’esprit
s’aperçoit que des poils commencent à couvrir
sa peau, que cette dernière devient flasque et ratatinée,
que ses cheveux commencent à grisonner, il se dépouille
de son enveloppe et redevient jeune et frais, avec des boucles
noires et une peau lisse sans poils.
S’il arrive que l’esprit se lasse de ce rajeunissement
perpétuel, il peut désirer revenir sur terre en
remontant alors la suite des années, devenant un petit
enfant à l’état-prénatal reconstituant
ainsi la seule source à laquelle l’humanité
puise ses nouvelles réserves de vie.
Catherine Cisinski |
