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L' artiste qui par nature
résiste
un article original de
Catherine Cinsinski, artiste peintre
…. Morale ? Qui me parle ? ... Connais pas !
Grothendieck (mathématicien, né en 1928 http://www.bibmath.net/bios/index.php3?action=affiche&quoi=grothendieck)
écrit : « Le désir est ce qui découvre,
la nécessité, ce qui le recouvre. »
En tant que peintre, la morale ne me regarde pas
et j’exerce mon désir ainsi: Chaque être à mes
yeux, est un paysage plié par son héritage, et froissé
par son éducation. N'est lisible à la surface que le sommet
des plis.
Faire connaissance avec cet être, revient à déplier
son paysage apparent en arpentant une somme infinie d'autres paysages,
avec des vallons, des torrents, des plaines, des zones d'ombres et de
clartés, des plans d'eaux, des monts, des forêts et de multiples
horizons en tous sens. Initialement, c’est le but et dans mon laboratoire
en effet, je m’observe en souris blanche, me dévoile par
cette recherche ouverte au monde tout en donnant à voir clairement
ce qui m'anime au fond, m'apaise, me structure, me renforce, m'éclaire.
On ne sait jamais bien pour qui on se prend. Je veux dire qu'on peut toujours
douter de ce qu'on espère de soi en rapport à ce que l'on
est vraiment. Cette peinture, miroir impitoyable, offre une lecture qui
se tient en tous sens alors que les paysages sautillent en promenades
comme insensés, demandent à être aussi lus de travers,
se répondent, chantent les uns avec les autres, mais clairement.
A force de tensions, de distorsions à s'en rendre malade, le grand
paysage global accoste la fraîcheur de l'enfance jamais sabordée,
qui n’a pas voulu renoncer à voir que le monde, dans tous
les cas, est là, et dans un souffle, se délie purement à
l’ouvert.
Pourquoi faire ? A quoi bon déployer cette tâche, noble
seulement à l’époque de Montaigne, du « connais-toi,
toi-même » ? A quoi bon faire vibrer en soi tous
les accents de l’univers, modeler une observation réfléchie
tout en restant conscient de se projeter à l’extérieur
chaque fois ? Poser la question d’un esprit critique à
l’ouvrage fait figure d’une volonté bien désuète.
Devoir éthique…
Pourtant, dans ce sas des temps modernes et tout ce qui s’en suit,
on n’a jamais autant tenu les personnes sous le joug des progrès
rassemblés en sacs de prétextes aux laisser- passer sans
penser.
Comme donnée d’avance, la liberté s’avère
l’objet conquis il y a des lustres, grâce précisément
à la modernité agitée en surface au son tonitruant
des progrès, atteignant les sommets de la certitude, puisque sous
couverts « scientifiques » en tous domaines.
Néanmoins, pour y trouver un fondement certain, ça rame
en dessous, dans les marécages obscurs ancestraux d’une judéo-
chrétienté, qui fait office de repère identifiant.
L’avance moderne s’effectue sur une géographie horizontale
désormais, défiant et le temps fini et l’espace. Que
nous soyons des êtres prématurés, inachevés
dont l’évolution s’arrête aux portes de la mort,
n’est plus chose envisagée. « Fumer tue ».
Et « pas fumer » donc ?
La vie se délire comme un vomi. Exactement, nous sommes dans une
ère virtuelle des corps sans parole. Alors si l’esprit défaille
hors champ de toute conscience, que reste -t-il ? Oui c’est
bien ça : reste le symptôme de l’art conceptuel.
La terreur, la culpabilité, c’est aussi frais qu’au
Moyen Âge. Chaque individu est harcelé au plus profond de
son désir intime, qui ne lui appartient plus.
Les fondements du droits sont retournés comme une chaussette. « Protéger
les biens et les personnes » contre le droit naturel et ses
lois du plus fort, fait de ce devoir des États un objet théorique,
manipulé par les hommes saisis des pouvoirs qui les rendent plus
forts et annihilent des peuples entiers, au nom d’une extrême
puissance, en l’occurrence, la reine Économie.
Toutes les sciences dépendantes des pouvoirs en place, sont réquisitionnées
« en cellules de crises » au service de la société
mercantile où une poignée d’hommes jouent aux dés
virtuels, la vie réelle de tous les autres.
Jamais la vie ne fut autant méprisée, déniée
comme elle l’est actuellement. Et les « pauvres »
créateurs, ces méditants du bord de la rivière, voient
leurs vérités couler au fil des eaux délirantes d’une
civilisation qui court droit dans le mur installé par elle-même.
Les jeunes artistes, rendus coupables de leur notoriété
par leur luxueux travail intellectuel et esthétique, se fondent
dans l’entraide et le soutien des miséreux, dont la force
de travail ne vaut plus qu’un support, un matériau de travail
pour d’autres.
Il ne manque que la peste dans les rues pour retrouver les facteurs du
Moyen Âge. Ceci étant, en lieu et place, le Sida tient bien
son rôle aux côtés des cancers déclinés
en statistiques généreuses, à cause du coût
des soins que les gouvernements ne souhaitent plus assumer. Le prétexte
devient alors idéal pour légiférer sur tous les modes
de vies les plus individuels. Bientôt, la police veillera à
la manière dont on tient sa fourchette ou sinon, censurera le gras
double mis à la bouche, puisque le risque de cholestérol
mène à la crise cardiaque. Tout est fait pour nous faire
croire qu’on ne va pas mourir si on fait bien ce qui nous est dit,
tout en nous rappelant quotidiennement, l’éventail de toutes
les possibles morts dont il faudra bien pourtant que chacun en subisse
une, son jour venu.
Il y a main mise sur les corps au même titre que sur l’esprit.
Il faut se concentrer et sauver la planète qui se réchauffe
sous l’effet de nos débordements industriels et en même
temps, d’aucuns déforment leur apparence physique, pour non
plus atteindre en eux-mêmes une forme de beauté globale naturelle,
mais pour ressembler à un idéal conceptuel, gagné
en salle de gymnastique, à coups d’hormones ou bien carrément,
à coups de scalpels chez le chirurgien complice, les personnages
des jeux vidéos faisant références.
… Et je vais peindre quoi, moi ?
Pourquoi un tel culte du corps sans traces de vie, resculpté ?
Parce que ! … Est en fait sous l’emprise du même
pouvoir économique, le désir des personnes soumises dans
leur intimité à la norme d’une vie sexuelle obligatoire,
annoncée comme signe d’un équilibre et d’une
liberté épanouie, tel que désormais les modèles
de comportements se trouvent dictés dans tous les magazines, et
calqués sur la libre expression de la pornographie, non moins symptôme
d’un libertinage bon teint, puisque depuis Freud, l’inhibition
a bien mauvaise mine.
Tout passe, y compris les plus incroyables paradoxes. Les sciences humaines
y perdent elles-mêmes leur latin, c’est à dire, leur
désir fondateur initial en se fourvoyant dans une course intestine
au pouvoir, et refoulant les questions mêmes de leur propre discipline
aux oubliettes, purement.
« Mille plateaux », est un ouvrage de Deleuze. Oui,
l’action dévastatrice des libertés individuelles s’évalue
au sein d’un rhizome aux milles plateaux.
Il est vite fait de sortir du conforme et d’avoir ainsi à
se justifier de choix qui prennent simultanément une connotation
dinausoresque.
Il faut imaginer : plus de corps et plus d’esprit conscient
d’être au monde.
Pour créer, dessiner, peindre, ou simplement penser, rien n’est
possible sans envisager de traverser cette réalité en place
comme une vérité fatale. Voir à travers un tel écran
exige un déterminisme étrange, qui dépend plus d’une
croyance que d’un constat. Force est de ne pas oublier ce qu’on
sait de l’homme afin de situer son discours, dès lors qu’on
résiste bien évidemment à de telles interférences
au cœur de notre champ privé.
Au viol !

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