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mise à jour le 4/12/07

 

L' artiste qui par nature résiste

un article original de Catherine Cinsinski, artiste peintre



…. Morale ? Qui me parle ? ... Connais pas !
Grothendieck (mathématicien, né en 1928 http://www.bibmath.net/bios/index.php3?action=affiche&quoi=grothendieck) écrit  : « Le désir est ce qui découvre, la nécessité, ce qui le recouvre. »


En tant que peintre, la morale ne me regarde pas et j’exerce mon désir ainsi: Chaque être à mes yeux, est un paysage plié par son héritage, et froissé par son éducation. N'est lisible à la surface que le sommet des plis.
Faire connaissance avec cet être, revient à déplier son paysage apparent en arpentant une somme infinie d'autres paysages, avec des vallons, des torrents, des plaines, des zones d'ombres et de clartés, des plans d'eaux, des monts, des forêts et de multiples horizons en tous sens. Initialement, c’est le but et dans mon laboratoire en effet, je m’observe en souris blanche, me dévoile par cette recherche ouverte au monde tout en donnant à voir clairement ce qui m'anime au fond, m'apaise, me structure, me renforce, m'éclaire.
On ne sait jamais bien pour qui on se prend. Je veux dire qu'on peut toujours douter de ce qu'on espère de soi en rapport à ce que l'on est vraiment. Cette peinture, miroir impitoyable, offre une lecture qui se tient en tous sens alors que les paysages sautillent en promenades comme insensés, demandent à être aussi lus de travers, se répondent, chantent les uns avec les autres, mais clairement. A force de tensions, de distorsions à s'en rendre malade, le grand paysage global accoste la fraîcheur de l'enfance jamais sabordée, qui n’a pas voulu renoncer à voir que le monde, dans tous les cas, est là, et dans un souffle, se délie purement à l’ouvert.
Pourquoi faire ? A quoi bon déployer cette tâche, noble seulement à l’époque de Montaigne, du « connais-toi, toi-même » ? A quoi bon faire vibrer en soi tous les accents de l’univers, modeler une observation réfléchie tout en restant conscient de se projeter à l’extérieur chaque fois ? Poser la question d’un esprit critique à l’ouvrage fait figure d’une volonté bien désuète.


Devoir éthique… 
Pourtant, dans ce sas des temps modernes et tout ce qui s’en suit, on n’a jamais autant tenu les personnes sous le joug des progrès rassemblés en sacs de prétextes aux laisser- passer sans penser.
Comme donnée d’avance, la liberté s’avère l’objet conquis il y a des lustres, grâce précisément à la modernité agitée en surface au son tonitruant des progrès, atteignant les sommets de la certitude, puisque sous couverts « scientifiques » en tous domaines.
Néanmoins, pour y trouver un fondement certain, ça rame en dessous, dans les marécages obscurs ancestraux d’une judéo- chrétienté, qui fait office de repère identifiant.
L’avance moderne s’effectue sur une géographie horizontale désormais, défiant et le temps fini et l’espace. Que nous soyons des êtres prématurés, inachevés dont l’évolution s’arrête aux portes de la mort, n’est plus chose envisagée. « Fumer tue ». Et « pas fumer »  donc ?
La vie se délire comme un vomi. Exactement, nous sommes dans une ère virtuelle des corps sans parole. Alors si l’esprit défaille hors champ de toute conscience, que reste -t-il ? Oui c’est bien ça : reste le symptôme de l’art conceptuel.
La terreur, la culpabilité, c’est aussi frais qu’au Moyen Âge. Chaque individu est harcelé au plus profond de son désir intime, qui ne lui appartient plus.
Les fondements du droits sont retournés comme une chaussette. « Protéger les biens et les personnes » contre le droit naturel et ses lois du plus fort, fait de ce devoir des États un objet théorique, manipulé par les hommes saisis des pouvoirs qui les rendent plus forts et annihilent des peuples entiers, au nom d’une extrême puissance, en l’occurrence, la reine Économie.
Toutes les sciences dépendantes des pouvoirs en place, sont réquisitionnées « en cellules de crises » au service de la société mercantile où une poignée d’hommes jouent aux dés virtuels, la vie réelle de tous les autres.


Jamais la vie ne fut autant méprisée, déniée comme elle l’est actuellement. Et les « pauvres » créateurs, ces méditants du bord de la rivière, voient leurs vérités couler au fil des eaux délirantes d’une civilisation qui court droit dans le mur installé par elle-même. Les jeunes artistes, rendus coupables de leur notoriété par leur luxueux travail intellectuel et esthétique, se fondent dans l’entraide et le soutien des miséreux, dont la force de travail ne vaut plus qu’un support, un matériau de travail pour d’autres.
Il ne manque que la peste dans les rues pour retrouver les facteurs du Moyen Âge. Ceci étant, en lieu et place, le Sida tient bien son rôle aux côtés des cancers déclinés en statistiques généreuses, à cause du coût des soins que les gouvernements ne souhaitent plus assumer. Le prétexte devient alors idéal pour légiférer sur tous les modes de vies les plus individuels. Bientôt, la police veillera à la manière dont on tient sa fourchette ou sinon, censurera le gras double mis à la bouche, puisque le risque de cholestérol mène à la crise cardiaque. Tout est fait pour nous faire croire qu’on ne va pas mourir si on fait bien ce qui nous est dit, tout en nous rappelant quotidiennement, l’éventail de toutes les possibles morts dont il faudra bien pourtant que chacun en subisse une, son jour venu.
Il y a main mise sur les corps au même titre que sur l’esprit. Il faut se concentrer et sauver la planète qui se réchauffe sous l’effet de nos débordements industriels et en même temps, d’aucuns déforment leur apparence physique, pour non plus atteindre en eux-mêmes une forme de beauté globale naturelle, mais pour ressembler à un idéal conceptuel, gagné en salle de gymnastique, à coups d’hormones ou bien carrément, à coups de scalpels chez le chirurgien complice, les personnages des jeux vidéos faisant références.


… Et je vais peindre quoi, moi ?
Pourquoi un tel culte du corps sans traces de vie, resculpté ? Parce que ! … Est en fait sous l’emprise du même pouvoir économique, le désir des personnes soumises dans leur intimité à la norme d’une vie sexuelle obligatoire, annoncée comme signe d’un équilibre et d’une liberté épanouie, tel que désormais les modèles de comportements se trouvent dictés dans tous les magazines, et calqués sur la libre expression de la pornographie, non moins symptôme d’un libertinage bon teint, puisque depuis Freud, l’inhibition a bien mauvaise mine.
Tout passe, y compris les plus incroyables paradoxes. Les sciences humaines y perdent elles-mêmes leur latin, c’est à dire, leur désir fondateur initial en se fourvoyant dans une course intestine au pouvoir, et refoulant les questions mêmes de leur propre discipline aux oubliettes, purement.
« Mille plateaux », est un ouvrage de Deleuze. Oui, l’action dévastatrice des libertés individuelles s’évalue au sein d’un rhizome aux milles plateaux.
Il est vite fait de sortir du conforme et d’avoir ainsi à se justifier de choix qui prennent simultanément une connotation dinausoresque.
Il faut imaginer : plus de corps et plus d’esprit conscient d’être au monde.


Pour créer, dessiner, peindre, ou simplement penser, rien n’est possible sans envisager de traverser cette réalité en place comme une vérité fatale. Voir à travers un tel écran exige un déterminisme étrange, qui dépend plus d’une croyance que d’un constat. Force est de ne pas oublier ce qu’on sait de l’homme afin de situer son discours, dès lors qu’on résiste bien évidemment à de telles interférences au cœur de notre champ privé.
Au viol !