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Morale
et Désir
un article original
de Catherine Cisinski, philosophe, art thérapeute
Que l’on se déplace chez nous dans le temps ou bien dans
le monde en visitant les autres cultures, ( voir l’exemple des
Papous ou des
Japonais), force est de noter qu’il y a autant de morales
que de civilisations et d’évolutions variant selon les
époques. On serait bien en mal d’affirmer qu’une
pratique, dans quelque domaine que ce soit, nous assure la meilleure
place à la droite de Dieu, lors du jugement dernier.
Qui sait ?
Qui serait contre ces principes évidemment les meilleurs ?
- Il vaut mieux être jeune, beau, riche, en bonne santé
et faire le bien que être vieux, laid, pauvre, malade et faire
le mal autour de soi.
Si depuis l’origine et universellement, les philosophes se sont
emparés des notions du bon, du bien et du mal, en parallèle
des religions n’avançant à ce titre que par le flou
symbolique, c’est la preuve qu’il s’agit de concepts
bien complexes à définir… et à appliquer.
… « Que celui qui n’a jamais pêché,
jette la première pierre ! »
En vérité, toute chose ne s’évalue que partant
de soi, de son désir, de son sentiment, de son propre jugement
de valeur.
Moralité :
De sorte que, de la conformité d’une morale rigide aux
modèles libertaires imposés à outrance - comme
c’est le cas pour la pornographie qu’on n’a pas été
cherchée - , toute prégnance extérieure à
notre liberté de penser et de s’approprier fondamentalement
nuit à l’orientation de notre vie.
Penser librement
Le fait est, que la première chose s’opposant à
notre libre jugement, est souvent l’ignorance. Platon, père
de la philosophie, en parlait ainsi : « L’ignorance
a précisément ceci de fâcheux que, n’ayant
ni beauté, ni bonté, ni science, on s’en croit suffisamment
pourvu. Or, quand on ne croit pas manquer d’une chose, on la désire
pas ». Tout part de là, c’est-à-dire
jamais du conforme, mais seulement de nous, soit de notre désir
véritable.
Qu’est-ce que le désir ?
Le désir est ce qui fonde l’identité du sujet. C’est
aussi son moteur, la source de son énergie vitale, son point
d’orgue. C’est dire à quel point il recouvre un champ
privilégié, unique donc précieux, car seul le sujet
concerné est en droit de délibérer sur son contenu.
Comment ça marche ?
En psychanalyse, on reconnaît l’expression du désir
comme le manque inscrit dans la parole en tant qu’effet du signifiant
sur l’être parlant. De son côté, l’encyclopédie
définit le désir comme le lieu d’où vient
pour un sujet, son message langagier indiquant l’Autre, le parental
ou le social. Or le désir du sujet parlant est ni plus ni moins
le désir de l’Autre. Si le désir se constitue à
l’intérieur de soi, il est l’expression d’un
manque articulé dans la parole comme étant le langage
que le sujet ne saurait ignorer sans dommages.
Le désir sexuel.
Concernant la sexualité tout particulièrement, à
part nous encombrer le jugement, il est clair que la morale ou le politique
n’ont rien à y faire, si on considère rigoureusement
l’espace dont on parle, puisque le désir décrit
avant tout un champ privé, intime, propre à chacun. Comme
l’affirmait Lacan « la seule faute qu’un sujet
puisse commettre est à l’encontre de son désir lui-même
: céder sur son désir ne peut que laisser ce sujet désorienté ».
Il rajoutait : « Il n’y a pas d’autre bien
que ce qui peut servir à payer le prix pour accéder au
désir, surtout que ce désir n’est ni un besoin naturel
ni une demande ».
De quoi est fait le désir ?
« Le désir n’est pas un objet mais un agencement »
explique Deleuze. Il n’est pas recherche d’un objet qui
apporterait satisfaction. Il est la quête d’un lieu, la
recherche de retrouvailles d’un moment de bonheur sans limite,
la quête d’un paradis perdu. Le désir, la plupart
du temps, reste insatisfait et se refoule dans l’inconscient,
du fait que le plaisir dont il est en quête, s’inscrit dans
les territoires de retrouvailles impossibles, tandis que s’y substituent
en surface, différents désirs qui s’actualisent
dans une demande à l’Autre, incarnée par le partenaire,
lui-même support de fantasmes. Ces désirs pluriels portent
avec eux le manque.
Rôle des fantasmes.
La représentation de fantasmes n’est autre que la représentation
imaginaire d’objets supposés perdus, visant à combler
le manque. C’est une sorte de coupure symbolique qui sépare
le sujet des objets de son désir. L’excitation réelle
du sujet dans la poursuite de ce qui le satisfait, aura donc comme point
de butée, un manque et un fantasme qui fait en quelque sorte
écran à ce manque, lequel surgira naturellement dans la
vie sexuelle du sujet, sous le jour qui est le sien, comme ayant affaire
seulement à sa cause unique.
Non pas le regard moral, mais l’amour.
Car enfin, l’espace de la sexualité, avant tout, est celui
de l’amour, soit ce qui au plus intime, engage une personne avec
l’autre.
L’amour désire-t-il ce qu’il aime ? Oui.
Possède-t-on ce qu’on désire ? Assurément
non.

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