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mise à jour le 4/12/07

 

 

 

 

Morale et Désir

un article original de Catherine Cisinski, philosophe, art thérapeute


Que l’on se déplace chez nous dans le temps ou bien dans le monde en visitant les autres cultures, ( voir l’exemple des Papous ou des Japonais), force est de noter qu’il y a autant de morales que de civilisations et d’évolutions variant selon les époques. On serait bien en mal d’affirmer qu’une pratique, dans quelque domaine que ce soit, nous assure la meilleure place à la droite de Dieu, lors du jugement dernier.
Qui sait ?
Qui serait contre ces principes évidemment les meilleurs ?


- Il vaut mieux être jeune, beau, riche, en bonne santé et faire le bien que être vieux, laid, pauvre, malade et faire le mal autour de soi.
Si depuis l’origine et universellement, les philosophes se sont emparés des notions du bon, du bien et du mal, en parallèle des religions n’avançant à ce titre que par le flou symbolique, c’est la preuve qu’il s’agit de concepts bien complexes à définir… et à appliquer.
… « Que celui qui n’a jamais pêché, jette la première pierre ! »
En vérité, toute chose ne s’évalue que partant de soi, de son désir, de son sentiment, de son propre jugement de valeur.


Moralité :
De sorte que, de la conformité d’une morale rigide aux modèles libertaires imposés à outrance - comme c’est le cas pour la pornographie qu’on n’a pas été cherchée - , toute prégnance extérieure à notre liberté de penser et de s’approprier fondamentalement nuit à l’orientation de notre vie.
Penser librement
Le fait est, que la première chose s’opposant à notre libre jugement, est souvent l’ignorance. Platon, père de la philosophie, en parlait ainsi : «  L’ignorance a précisément ceci de fâcheux que, n’ayant ni beauté, ni bonté, ni science, on s’en croit suffisamment pourvu. Or, quand on ne croit pas manquer d’une chose, on la désire pas ». Tout part de là, c’est-à-dire jamais du conforme, mais seulement de nous, soit de notre désir véritable.


Qu’est-ce que le désir ?
Le désir est ce qui fonde l’identité du sujet. C’est aussi son moteur, la source de son énergie vitale, son point d’orgue. C’est dire à quel point il recouvre un champ privilégié, unique donc précieux, car seul le sujet concerné est en droit de délibérer sur son contenu.
Comment ça marche ?
En psychanalyse, on reconnaît l’expression du désir comme le manque inscrit dans la parole en tant qu’effet du signifiant sur l’être parlant.  De son côté, l’encyclopédie définit le désir comme le lieu d’où vient pour un sujet, son message langagier indiquant l’Autre, le parental ou le social. Or le désir du sujet parlant est ni plus ni moins le désir de l’Autre. Si le désir se constitue à l’intérieur de soi, il est l’expression d’un manque articulé dans la parole comme étant le langage que le sujet ne saurait ignorer sans dommages.


Le désir sexuel.
Concernant la sexualité tout particulièrement, à part nous encombrer le jugement, il est clair que la morale ou le politique n’ont rien à y faire, si on considère rigoureusement l’espace dont on parle, puisque le désir décrit avant tout un champ privé, intime, propre à chacun. Comme l’affirmait Lacan « la seule faute qu’un sujet puisse commettre est à l’encontre de son désir lui-même : céder sur son désir ne peut que laisser ce sujet désorienté ». Il rajoutait : « Il n’y a pas d’autre bien que ce qui peut servir à payer le prix pour accéder au désir, surtout que ce désir n’est ni un besoin naturel ni une demande ».


De quoi est fait le désir ?
« Le désir n’est pas un objet mais un agencement » explique Deleuze. Il n’est pas recherche d’un objet qui apporterait satisfaction. Il est la quête d’un lieu, la recherche de retrouvailles d’un moment de bonheur sans limite, la quête d’un paradis perdu. Le désir, la plupart du temps, reste insatisfait et se refoule dans l’inconscient, du fait que le plaisir dont il est en quête, s’inscrit dans les territoires de retrouvailles impossibles, tandis que s’y substituent en surface, différents désirs qui s’actualisent dans une demande à l’Autre, incarnée par le partenaire, lui-même support de fantasmes. Ces désirs pluriels portent avec eux le manque.


Rôle des fantasmes.
La représentation de fantasmes n’est autre que la représentation imaginaire d’objets supposés perdus, visant à combler le manque. C’est une sorte de coupure symbolique qui sépare le sujet des objets de son désir. L’excitation réelle du sujet dans la poursuite de ce qui le satisfait, aura donc comme point de butée, un manque et un fantasme qui fait en quelque sorte écran à ce manque, lequel surgira naturellement dans la vie sexuelle du sujet, sous le jour qui est le sien, comme ayant affaire seulement à sa cause unique.
Non pas le regard moral, mais l’amour.
Car enfin, l’espace de la sexualité, avant tout, est celui de l’amour, soit ce qui au plus intime, engage une personne avec l’autre.
L’amour désire-t-il ce qu’il aime ? Oui.
Possède-t-on ce qu’on désire ? Assurément non.