accueil
Google
mise à jour le 4/12/07

 

 

 

 

Le politique à l'assaut du Privé

un article original de Catherine Cisinski, philosophe

 


Force est de constater que le politique s’intéresse à un outil inattendu, pour du public, pénétrer le champ privé : il s’agit de la morale.
Or on sait bien, que répondre à une parole, revient à entrer dans son espace comme si le prétexte était justifié… ce que du coup, on se mettrait ipso facto à cautionner. Avant tout, considérons ce fait au sens le plus large : Il y a belle lurette que la morale prodiguée par nos ancrages judéo-chrétiens, a été retirée du politique en séparant l’Église de l’État, en vue de façonner de manière laïque, la liberté, l’égalité et la fraternité. Ainsi peut-on se demander vers où regarde l’État, pour rejouer alors avec une telle prégnance ancestrale.


Qu’a en charge l’État ? La protection des biens et des personnes qui fonde l’élaboration des lois sous un régime républicain démocratique. L’enjeu vise une société de progrès, à partir d’une approche individualiste de l’économie de marché, induisant le libre échange.
Il est amusant de se rappeler les premiers économistes au XVIII° s. tel Ricardo et Smith, qui accélérèrent la mise à l’écart nécessaire de la vertu et de la morale bien peu rentables en rapport à la perversion naturelle dont le goût du pouvoir, l’aspiration à la puissance mobilisent l’homme dans le sens de la compétition. « Le raisonnement-clé de la position libérale est que chacun recherchant son intérêt va s’investir de telle façon que la production et la consommation de l’ensemble soient maximales ».
En tout point, il semblerait que nous y sommes.
Production, consommation fonctionnent au maximum.

Tout peut-il être commercialisé?
Au même rythme que les sciences dont les progrès visaient à améliorer les conditions de vie de chacun, on constate désormais que tout fait commerce par delà les objets industriels fabriqués. Participent aux libres échanges, des valeurs de plus en plus abstraites touchant l’homme au plus près. De la culture de la terre au sens le plus large, on est arrivé à cultiver des cellules –souches humaines, à commercialiser le ventre de la femme, le sperme de l’homme. Certes, à côté de la liberté de pensée monnayable ou des biens culturels soumis à l’argent, la question du plus vieux métier du monde résiste et de fait, son statut n’étant pas encore arrêté légalement, la technologie est venue comme un relais, à doubler la marchandise la plus cotée : le plaisir.


Consommation et production sont en ce domaine devenues maximales en effet. Si autrefois le libertinage alimentait pour certains un style de vie à la fantaisie singulière, relaté en littérature, illustré en peinture, dorénavant le plaisir sexuel est un bien de consommation perverti par de nouveaux outils mercantiles qui en répandent son usage sous tous prétextes. L’intime est devenu publique d’autant que son argument commercial se fonde sur un signe psychologique d’épanouissement et de bonne santé offensive, depuis que Freud est banalisé, l’inhibition méprisée, la morale de ce fait raillée au paroxysme à cause de l’extraordinaire poule aux œufs d’or figurée par le sexe.

Des amalgames paradoxaux et schizoïdes
Face à une somme d’amalgames totalement paradoxaux voire schizoïdes, on peut considérer que, à l’image de l’air, notre liberté intime est gravement polluée. Tout se passe comme si cette notion était à ce point troublée et diffusée dans le vaste champ des échanges commerciaux privés, locaux, internationaux, qu’il faille la ressaisir et légiférer sur chaque élément en fuite.
Autrement dit, ce qui fait écran par la morale rampante actuelle, pose en fait la question d’une éthique nécessaire et suffisante permettant de refonder individuellement la liberté de chacun, celle-ci n’ayant pas à s’inscrire, cristallisée et normalisée dans l’espace des lois.
Comment du droit naturel d’Aristote à la prolifération des télé – réalités, en sommes-nous arrivés à cette confusion des repères, au point que leur dictée soit envisagée, au nom de la liberté ?
Qu’est-ce qui nous appartient en propre ?
Qu’est-ce qui tient lieu de domaine publique ?
Comment se dégager des pressions et des amalgames d’une société qui veut vendre et tout à la fois surveiller et punir ?

Catherine Cisinski