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Le
politique à l'assaut du Privé
un article original de
Catherine Cisinski, philosophe
Force est de constater que le politique s’intéresse
à un outil inattendu, pour du public, pénétrer le
champ privé : il s’agit de la morale.
Or on sait bien, que répondre à une parole, revient à
entrer dans son espace comme si le prétexte était justifié…
ce que du coup, on se mettrait ipso facto à cautionner. Avant tout,
considérons ce fait au sens le plus large : Il y a belle lurette
que la morale prodiguée par nos ancrages judéo-chrétiens,
a été retirée du politique en séparant l’Église
de l’État, en vue de façonner de manière laïque,
la liberté, l’égalité et la fraternité.
Ainsi peut-on se demander vers où regarde l’État,
pour rejouer alors avec une telle prégnance ancestrale.
Qu’a en charge l’État ? La protection
des biens et des personnes qui fonde l’élaboration des lois
sous un régime républicain démocratique.
L’enjeu vise une société de progrès, à
partir d’une approche individualiste de l’économie
de marché, induisant le libre échange.
Il est amusant de se rappeler les premiers économistes au XVIII°
s. tel Ricardo et Smith, qui accélérèrent la mise
à l’écart nécessaire de la vertu et de la morale
bien peu rentables en rapport à la perversion naturelle dont le
goût du pouvoir, l’aspiration à la puissance mobilisent
l’homme dans le sens de la compétition. « Le raisonnement-clé
de la position libérale est que chacun recherchant son intérêt
va s’investir de telle façon que la production et la consommation
de l’ensemble soient maximales ».
En tout point, il semblerait que nous y sommes.
Production, consommation fonctionnent au maximum.
Tout peut-il
être commercialisé?
Au même rythme que les sciences dont les progrès visaient
à améliorer les conditions de vie de chacun, on constate
désormais que tout fait commerce par delà les objets industriels
fabriqués. Participent aux libres échanges, des valeurs
de plus en plus abstraites touchant l’homme au plus près.
De la culture de la terre au sens le plus large, on est arrivé
à cultiver des cellules –souches humaines, à commercialiser
le ventre de la femme, le sperme de l’homme. Certes, à côté
de la liberté de pensée monnayable ou des biens culturels
soumis à l’argent, la question du plus vieux métier
du monde résiste et de fait, son statut n’étant pas
encore arrêté légalement, la technologie est venue
comme un relais, à doubler la marchandise la plus cotée :
le plaisir.
Consommation et production sont en ce domaine devenues
maximales en effet. Si autrefois le libertinage alimentait pour certains
un style de vie à la fantaisie singulière, relaté
en littérature, illustré en peinture, dorénavant
le plaisir sexuel est un bien de consommation perverti par de nouveaux
outils mercantiles qui en répandent son usage sous tous prétextes.
L’intime est devenu publique d’autant que son argument commercial
se fonde sur un signe psychologique d’épanouissement et de
bonne santé offensive, depuis que Freud est banalisé, l’inhibition
méprisée, la morale de ce fait raillée au paroxysme
à cause de l’extraordinaire poule aux œufs d’or
figurée par le sexe.
Des amalgames
paradoxaux et schizoïdes
Face à une somme d’amalgames totalement paradoxaux voire
schizoïdes, on peut considérer que, à l’image
de l’air, notre liberté intime est gravement polluée.
Tout se passe comme si cette notion était à ce point troublée
et diffusée dans le vaste champ des échanges commerciaux
privés, locaux, internationaux, qu’il faille la ressaisir
et légiférer sur chaque élément en fuite.
Autrement dit, ce qui fait écran par la morale rampante actuelle,
pose en fait la question d’une éthique nécessaire
et suffisante permettant de refonder individuellement la liberté
de chacun, celle-ci n’ayant pas à s’inscrire, cristallisée
et normalisée dans l’espace des lois.
Comment du droit naturel d’Aristote à la prolifération
des télé – réalités, en sommes-nous
arrivés à cette confusion des repères, au point que
leur dictée soit envisagée, au nom de la liberté ?
Qu’est-ce qui nous appartient en propre ?
Qu’est-ce qui tient lieu de domaine publique ?
Comment se dégager des pressions et des amalgames d’une société
qui veut vendre et tout à la fois surveiller et punir ?
Catherine Cisinski

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