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Les
thèses maximalistes et minimalistes de la morale actuelle
Maximalistes et minimalistes
Parmi tous les comportements humains, la sexualité est probablement
celui que la culture modèle le plus facilement et le plus aisément.
L’absence de pratiques sexuelles ne menace pas directement la survie
d’une personne, on ne meurt pas de ne pas faire l’amour, ce
qui n’est pas le cas si l’on se prive trop longtemps de s’alimenter.
Les règles en vigueur dans toutes les cultures ont toujours affecté
la sexualité. Avec notre regard occidental, nous évaluons
la rigueur ou le laxisme d’une culture selon plusieurs critères.
Qui est autorisé à avoir une vie sexuelle? Est-ce que les
partenaires se choisissent ou bien est-ce que le choix leur est imposé?
Par qui? En fonction de quoi? Dans quels buts?
Voulons-nous vivre dans un monde où nous serions protégés
de nous-mêmes à tout moment? Dans ce monde même
nos pensées pourraient être jugées immorales. La science
fiction a imaginé de telles sociétés, l’oeil
de Big Brother (1984 Geoges Orwell, publié en 1949) fixé
sur nos vies, les crimes qu’on dévoile avant qu’ils
ne soient commis (Minority Report Philip. K.Dick, 1956 et traduction en
Français Gallimard 2002) , le confesseur qui châtie sans
pitié ceux qui sont coupables de la moindre déviance morale
( Les amants étrangers, 1961, Philip José Farmer)... Est-ce
encore de la science fiction quand aujourd’hui on montre d’un
doigt accusateur et que l’on exclut ceux qui n’adoptent pas
le comportement vertueux préconisé: les fumeurs par exemple.
On assiste à une sorte de criminalisation de certains comportements
dénoncés comme mauvais au nom de principes vertueux: fumer,
manger, paresser, se masturber ou se livrer à des pratiques sexuelles
supposées menacer la nature ou la dignité humaine...
Le problème c’est qu’au nom de la liberté, de
la nature ou de la dignité humaine on trouve tout et son contraire...
Tout le monde se réfère au consentement, mais certains pensent
qu’un “oui” vaut toujours pour “non” si
c’est un homme qui demande à une femme de consentir...
De nos jours, deux positions peuvent être retenues. Une
première se réfère à Aristote, Kant et, à
la théologie des monothéismes. Ce point de vue exige un
strict contrôle des comportements et ne fait pas de différence
entre ce que les gens font à eux-mêmes et ce qu'ils font
à d'autres. Par exemple la masturbation est un péché,
la sodomie aussi. Une deuxième position se réfère
à Jeremy Bentham, à John Stuart Mill, Martha Nussbaum (sexe
et Justice sociale, 1999). En France comme au Québec, le point
de vue minimaliste est soutenu par Ruwen Ogien (philosophe, chercheur).
Soi et les autres
Ce que vous faites à vous-même, votre corps, votre vie, votre
santé est profondément impliqué dans la morale pour
le « maximaliste ». Ainsi, ce point de vue interdit-il le
suicide en tant que tel tout comme il interdit de fumer, de boire de l’alcool,
de consommer des drogues, de trop manger, d’engraisser, et stigmatise
la paresse et la sensualité. Toutes ces restrictions reflètent
une idée de ce qu'un être humain est censé représenter.
Un humain une parcelle d'un dieu ? Appartient-il à une autorité
transcendante? Dans ce cas ainsi il est évident qu'il ne saurait
être décideur pour lui-même, ainsi l'incarnation de
cette autorité transcendante doit assumer ce rôle, et protéger
les personnes contre elles-mêmes.
Mais, les minimalistes pensent que les gens sont libres et qu'ils peuvent
décider ce qu'ils veulent faire d’eux-mêmes, de leurs
vies et de leur sexualité. La seule règle est d'éviter
de faire du mal à d'autres, c’est ce que les philosophes
appellent le « principe de non-nuisance » (“harm principle”)
(L’éthique Aujourd’hui de Ruwen Ogien, p.216). Ainsi,
ce que vous faites avec vous-même ne relève pas vraiment
de la morale, cela ne signifie pas que vous devez menacer votre vie, seulement
que si vous le faites, nul ne peut vous juger immoral. Ce que vous faites
avec d'autres exige leur consentement, les pratiques sexuelles exigent
que les partenaires soient des adultes conscients de ce qu'ils font ,
des conséquences de leurs actes et y consentent pleinement.
Les questions Maximalistes
Les philosophes maximalistes comme les théologiens considèrent
que la reproduction est le premier but de la sexualité; l'acte
sexuel n'est rien d’autre qu’un mal nécessaire, excluant
le plaisir. Dans beaucoup de religions, la seule satisfaction sexuelle
autorisée est une grossesse suivant les rapports sexuels: le “devoir”
est accompli. Généralement, le plaisir sexuel est assimilé
à une utilisation de l’autre. Le partenaire sexuel est considéré
comme un objet et non comme un être humain. Dans le cas de la masturbation,
c'est pareil, si vous vous masturbez, vous vous employez comme objet.
Comme les maximalistes considèrent l'humain comme faisant partie
d’un ensemble transcendant, si vous « employez » quiconque
comme objet, vous utilisez également le référent
transcendant, et donc vous l’insultez. La question principale revient
à établir une norme pour la sexualité, définissant
même une sorte d'idéal pour s'assurer que personne ne serait
traité comme un objet. Une autre question est de définir
avec précision ce que recouvrent des notions comme la nature humaine,
ou la dignité…
Les questions Minimalistes
Les philosophes considèrent que les pratiques sexuelles qui impliquent
des adultes capables de décider librement ne relèvent d’aucune
évaluation morale. Si le plaisir sexuel est votre but, personne
n'a le droit de vous juger. Le problème principal est d'être
sûr que vos choix ne blessent qui que ce soit d’aucune manière.
Vous pourriez accepter quelque chose parce que vous ne disposez d’aucun
autre choix à ce moment précis. Le point de vue le plus
radical pose que les gens sont idéalement libres et conscients
de leurs actes, le point de vue modéré suppose que la relation
sexuelle devrait être forte et épanouissante, des relations
brèves comme le “speed dating” pourraient alors être
jugées comme immorales…

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