accueil
Google
mise à jour le 4/12/07

 

 

 

En quoi les minorités sexuelles dérangent-elles? Qui dérangent-elles, et par rapport à quoi?
Les bisexuels semblent s’attirer les foudres de la morale! Ariane Aubin, journaliste à Montréal, nous a posé quelques questions dont nous vous livrons les réponses.


- Y a-t-il un lien entre androgynie et bisexualité?
L’androgyne mythique est une créature bisexuée, ce qui n’implique pas qu’il soit bisexuel. Selon la légende à laquelle Platon fait référence dans « Le Banquet », toutes les créatures sont androgynes. Ce n’est qu’après avoir défié les Dieux que Zeus décide de les séparer (le mot sexe vient du latin « secare » qui signifie couper, sectionner…). Ce mythe sert de métaphore pour expliquer l’amour : trouver sa « moitié », son « âme soeur », c’est reconstituer l’androgyne originel…
Certaines personnes présentent des malformations sexuelles, il s’agit de pseudo hermaphrodisme, appelé parfois « androgynie » et n’implique pas non plus de bisexualité., même si cela pose des problèmes de construction d’identité sexuelle. D’autres personnes, possèdent un code génétique masculin mais une apparence féminine, elles ne sont pas bisexuelles pour autant.
Si on parle d’androgynie pour évoquer le brouillage des codes de l’apparence  comme les vêtements ou la coiffure, il s’agit de phénomènes culturels. Les « bi » ne se caractérisent pas par une allure androgyne.


- Sommes-nous tous bisexuels à un certain degré?
Chaque être humain est doté de traits féminins et masculins quel que soit son sexe biologique. Les déterminants psycho culturels de son développement favorisent ou inhibent l’expression de ces traits.


- La bisexualité est-elle un phénomène occulte dans notre société?
La bisexualité a toujours existé et ce depuis la plus lointaine antiquité, il est vrai cependant que la morale basée sur les monothéismes l’a condamnée et contraint les bisexuels à se cacher ou tout au moins se montrer discrets. Il semble que la répression soit moins agressive dans le monde occidental d’aujourd’hui, au moins pour les gens qui ne soumettent pas leur choix sexuels à la morale religieuse.
L’est-elle plus que l’homosexualité?  S’agit-il d’une orientation sexuelle à proprement parler?
La bisexualité est peut-être plus courante que l’homosexualité, mais certainement moins voyante. En Europe par exemple, de nombreux pays reconnaissent les unions entre homosexuels, et ceux-ci, n’ont pas à dissimuler leur mode de vie sexuelle.


-  Certains courants de pensée (notamment la doctrine marxiste) considèrent l’hétérosexualité comme un comportement acquis et non comme un comportement naturel.  Comment réagissez-vous à cette affirmation?  Selon-vous, si l’éducation n’insistait pas sur les comportements hétérosexuels comme étant la norme, y aurait-il plus de bisexuels?

Les humains, comme tous les autres êtres vivants, sont déterminés à faire survivre leur espèce, le comportement hétérosexuel apparaît donc comme une donnée de base, c’est la réalité biologique. Il est vrai que le modèle du couple hétérosexuel sur lequel se fonde la famille est celui qui prédomine dans l’éducation.
Parler de sexe et de genre nécessite de distinguer les contextes, si on évoque les réalités biologiques, l’hétérosexualité est la norme pour la reproduction. Si on évoque les aspects culturels de l’identité sexuelle, il est évident que les comportements hétérosexuels deviennent des faits éducatifs.


- Freud considère que l’être humain oscille toute sa vie entre les pôles d’hétérosexualité et d’homosexualité.  La bisexualité ne serait-elle qu’un état transitoire entre ces 2 pôles?
Les positions intellectuelles de Freud doivent être comprises dans le contexte qui les a vu naître. On doit aussi se poser la question de la nécessité du choix. Qu’est-ce qui nous contraint à poser des étiquettes « homo » « hétéro » ou « bi » ? Qu’arriverait-il si nous refusions cette labellisation ? Qu’est-ce qu’on gagne à s’identifier comme tel ?


-  La bisexualité est-elle un problème d’identité sexuelle? (psychologique)
D’abord, il serait intéressant de savoir pour qui la bisexualité est un problème ! On peut aussi imaginer que c’est le stade le plus abouti de l’épanouissement sexuel… La plupart des « bi » ne ressent pas de problème d’identité sexuelle, ce sont des hommes et des femmes qui exercent un choix. L’orientation bisexuelle ne remet pas en question leur identité sexuelle. Les problèmes d’identité sexuelle s’expriment surtout chez les gens qui changent de sexe car ils ont le sentiment que leur sexe et leur genre s’opposent.


-  Existe-t-il vraiment une identité féminine et une identité masculine distinctes, avec des rôles sexuels marqués?  Vous parlez dans votre courriel d’un courant de pensée qui ramène à une désexualisation du discours.  Serait-ce parce que nous sommes tous fondamentalement différents au niveau de nos préférences sexuelles?
Il existe une identité féminine et masculine qui sont en construction et déconstruction permanente parce que les modes de vie évoluent, les attentes changent, comme les critères de l’épanouissement personnel.
Il existe en effet différents courants de pensée à propos du genre. Il existe d’abord un discours qui dénonce les différences et les discriminations dont les femmes sont victimes, puis un autre qui émane de l’universalisme et tend à gommer l’identité sexuelle, un autre enfin, plus récent met l’accent sur les différences individuelles, la variété des parcours personnels...


-  La prévalence de la bisexualité a-t-elle évolué avec le temps?  Peut-on considérer le fait d'avoir des aventures sexuelles avec des individus des deux sexes comme de la bisexualité?
Un homme de trente six ans qui avait beaucoup souffert à la suite de son divorce, témoigne aujourd’hui : « je sais que je suis capable d’aimer et de partager ma vie avec quelqu’un, une femme ou un homme cela n’a pas d’importance, ce qui compte ce sont les sentiments réciproques… »
Dans les sociétés post modernes, la déconstruction des modèles traditionnels et la montée de l’individualisme favorisent l’expression de la bisexualité…
Le fait d’avoir des aventures avec des partenaires des deux sexes ne conduit pas nécessairement à s’affirmer comme bisexuel, mais seuls les gens qui se définissent en tant que tel pourront vous expliquer la différence !

Voir aussi notre dossier sur la bisexualité