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La mouvance Gay et la libération sexuelle

Sous des étiquettes opposées, sache reconnaître la même pensée, et sous des étiquettes semblables des conduites opposées. Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary, Guy Hocquenghem, éd. Agone, 2003 (ISBN 2-7489-0005-7), chap. Incidente : tirade à un jeune homme naïf ou ni droite ni gauche, Histoire d'un ralliement par mouvement tournant, p. 65

drapeau gai

Guy Hocquenghem, (1946-1988), écrivain et journaliste a été à l’origine de la fondation du FHAR en 1971 (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire), avec Françoise d’Eaubonne (1920-2005). Réunis sous la même bannière gays et lesbiennes s’engagent dans une lutte pour être reconnus dans leurs différences et s’opposer à l’hypocrisie de la société. Ces deux intellectuels prônent un anti conformisme radical, les prises de position de Guy Hocquenghem inspirent le mouvement « queer » dans les années 90 aux États Unis. Les philosophes Gilles Deleuze et Guattari apportent les fondations théoriques aux interrogations dérangeantes des fondateurs du FHAR, on les retrouvera présentes en filigrane des genders studies.

Guy Hocquenghem veut inscire la sexualité en dehors des normes issues de la théorie freudienne, aller vers une pratique résolument libérée à la fois du sexe biologique et du projet procréatif. À l’époque où il publie « Le Désir homosexuel » (1972) le SIDA ne fait pas encore partie des contextes qu’il interpelle, pourtant il en sera victime.

Françoise d’Eaubonne s’est très tôt engagée dans le militantisme, membre du Parti Communiste, elle est également à l’origine de mouvements féministes tel Écologie-Féminisme (1978). Au cours de son parcours littéraire brillant, elle a publié de très nombreux ouvrages, romans, essais, poèmes, dans lesquels elle questionne des sujets au cœur de la vie des femmes : érotisme, féminisme, sexisme... Elle s’intéresse aussi de près à de grandes figures de l’art, de la littérature et du militantisme, tente de cerner le sens et le rôle de témoin de l’histoire au féminin. Françoise d’Eaubonne a côtoyé et s’est liée d’amitiés avec de nombreux écrivains : Colette, Simone de Beauvoir, Jean Paul Sartre, Jean Cocteau.

C’est la posture révolutionnaire relative à l’homosexualité qui unit ces deux grandes figures comme le montre le documentaire de De Alessandro Avellis et Gabriele Ferluga : La Révolution du Désir.

Les auteurs

Né à Bari (Italie) en 1975, Alessandro Avellis a fait des études de cinéma à Rome. Il a suivi des formations avec Suso Cecchi d’Amico, Theo Angelopoulos et Furio Scarpelli. Il vit à Paris depuis 2000. Après une série de courts-métrages, dont le premier participa en 1996 au Sacher festival de Nanni Moretti, il réalise en 2005 « Ma saison super 8 » (voir le teaser). Le film, librement inspiré de l’histoire du FHAR, a été édité en DVD chez Antiprod.

Gabriele Ferluga est né à Gorizia (Italie) en 1973. Il a orienté ses études vers l’histoire de l’homosexualité. Il vit à Paris depuis 2001. Après avoir publié une enquête sur la condition des homos en Serbie, il a écrit « Le procès Braibanti » (Zamorani), un livre sur le procès contre un poète italien, condamné en 1968 à cause de son homosexualité. Il a collaboré aux recherches historiques pour le scénario de « Ma saison super 8 ». Alessandro Avellis et Gabriele Ferluga ont réalisé en 2007 le documentaire « Les règles du Vatican » (Les Films du Contraire) sur la dérive réactionnaire de l’Eglise catholique, son pouvoir grandissant et ses influences sur la politique et la société italiennes.

Pier Paolo Pasolini, intellectuel décalé, grande figure de la culture italienne, homosexuel notoire remporte un vif succès avec sa "trilogie de la vie": série de trois films "le décaméron", "les contes de Canterbury" qui obtient l'Ours d'or à Berlin en 1972, et "les mille et une nuits". En 1974, Pasolini signe "Salo ou les 120 journées de Sodome". Le sulfureux réalisteur pourtant désapprouve avec force les mouvements étudiants de Mai 68:Il écrit un poème destiné aux jeunes qui paraît dans le magazine L'espresso et déclenche une vive polémqiue: " J'ai passé ma vie à haïr les vieux bourgeois moralistes, il est donc normal que je doive haïr leurs enfants, aussi… La bourgeoisie met les barricades contre elle-même, les enfants à papa se révoltent contre leurs papas. La moitié des étudiants ne fait plus la Révolution mais la guerre civile. Ils sont des bourgeois tout comme leurs parents, ils ont un sens légalitaire de la vie, ils sont profondément conformistes. Pour nous, nés avec l'idée de la Révolution, il serait digne de rester fidèles à cet idéal"

Les théories d’Hocquenghem rencontre un regain d’intérêt aujourd’hui dans les courants hostiles à la globalisation et à la logique financière du libéralisme. Les occasions de dénoncer l’hypocrisie ne manquent pas, y compris au sein même des mouvances qui se réclament de la tolérance, ou des droits de l’homme. Il semble que la vertu demeure farouchement homophobe, la reconnaissance de communautés homosexuelles aurait-elle l’effet pervers de les isoler davantage ? Qu’en est-il aujourd’hui ? En France, si le mariage homosexuel demeure proscrit, le PACS existe. Une loi punit l’homophobie comme tout autre forme de racisme ou de sexisme. L’adoption d’enfants par un couple homosexuel reste interdite en France, et, malgré une apparente reconnaissance de leur droit d’exister, beaucoup de progrès restent à accomplir.

C’est du moins l’avis de Laurent Chambon, Dr en Sciences Politiques qui publie cette année : « Le grand mélange : Diversité, tolérance et faux-semblants dans la France de Nicolas Sarkozy». Il y dresse un constat sans complaisance, distinguant les effets d’annonce des faits réellement vécus au quotidien par des minorités en quête non plus de reconnaissances symboliques mais pragmatiques. Laurent Chambon vit à Amsterdam d’où il observe avec acuité les débats qui agitent la France depuis l’élection du Président Sarkozy. Il nous incite à mettre en perspective le modèle français vis-à-vis de ceux en vigueur dans d’autres pays d’Europe.

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