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La cause féministe et la libération sexuelle

 

« Le féminisme est un beau mouvement pacifique, qui n’a jamais tué personne, alors que le machisme tue tous les jours. » Benoîte Groult.

Monique, professeur de mathématiques, 56 ans, résume : « la liberté sexuelle, c'est le droit de dire NON, je crois que les femmes ont gagné au moins sur trois points : - Le droit de revendiquer leur plaisir - Le droit de faire ce qu'elles veulent de leur corps (avortement contraception) - Le droit de dire non à un acte sexuel non consenti (lois sur le harcèlement sexuel, lois sur le viol entre conjoints, lois sur les coups et blessures au sein du couple) Bien sûr ajoute Monique, certains hommes font de la résistance, bien sûr le sida est venu flouter un peu tout ça, et il y a aussi des femmes qui ne se sentent pas bien dans ce schéma et qui préfèrent encore être "assistées" par un homme.» Après ces « victoires », les femmes étant théoriquement émancipées de leur traditionnel statut de soumission, on s’est demandé si les mouvements féministes étaient encore justifiés. Ce n’était pas si simple de tordre le cou au féminisme. Si nos chiennes de garde françaises veillent à protester contre les propos machistes (et oui, il y en a encore !), à tirer les sonnettes d’alarme, on constate que le dispositif légal qui a instauré l’égalité de droits entres hommes et femmes pêche encore au niveau de l’application. Les combats actuels entendent lutter contre les violences faites aux femmes, et imposer la parité aux plus hauts niveaux décisionnels de la politique notamment mais continuent à se heurter à l’incapacité de se représenter la distinction de sexe dans son ampleur. Il est faux de croire que les luttes féministes ne sont plus d'actualité...

La femme n’est pas un « mec comme les autres ». Liliane, 58 ans, se souvient des mouvements de Mai 68 et commente : « On a voulu faire croire que Mai 68 a été un temps fort de la libération de la femme, c’est faux, on était à peine tolérées, juste bonnes à servir le café à nos beaux révolutionnaires... Ce n’est qu’ensuite que les mouvements féministes se sont organisés et ont mené leur combat.»

C’est la position illustrée par Gisèle Halimi dans le livre dont elle a dirigé la rédaction : « Choisir la cause des femmes, la Clause de l’Européenne la plus favorisée ». Gisèle Halimi, fondatrice du mouvement Choisir dans les années 70 s’est engagée avec talent dans la défense des droits de la femme. Avocate, femme politique, écrivain, militante, l’expérience de Gisèle Halimi lui donne autorité et distance indispensable pour prendre toute la mesure des enjeux. L’Europe peut être une chance supplémentaire pour l’avènement d’une civilisation ou la seconde moitié de l’humanité jouera à part égale avec l’autre ! Gisèle Halimi reste farouchement attachée à la laïcité que mettent à mal les intégrismes de toutes religions, défendre la laïcité figure au premier plan des objectifs féministes aujourd’hui.

 

L'homme acquiert la femme, le couple acquiert des enfants et la famille des domestiques. Métaphysique de mœurs (1797), Emmanuel Kant (trad. Alain Renaut), éd. Flammarion, 1994, t. 2, p. 77 Emmanuel Kant considère la femme comme un objet, une fonction, et cette manière de voir a prévalu pendant des siècles, le combat féministe n’était pas réductible à une posture anti mâle, mais à une reconnaissance pleine et entière de la femme en tant qu’être pensant, vivant, représentant en nombre plus de la moitié de l’humanité…

On en est loin semble-t-il si on considère l’importance des allusions sexuelles pornographiques dans l’environnement quotidien. Michela Marzano, philosophe, commente : « Notre société vit dans une sorte d'impératif pornographique. La pornographie, qui était censée être un symbole de la libération sexuelle, a peu à peu évolué pour devenir une nouvelle façon de dicter la conduite sexuelle, et ce, de manière aussi forte que dans l'ancien système. Paradoxalement, malgré l'explosion sexuelle, nous ne sommes donc pas aussi libres sexuellement qu'on l'espérait en 1968.»

La libération sexuelle au féminin, si elle aboutit à des commentaires aussi mitigés, c’est qu’elle a voulu transposer le modèle masculin à la femme. Libérer sa sexualité comme un homme, cela représente une sorte de régression à un stade pulsionnel, aucune femme ne peut se satisfaire de cela. Se libérer sexuellement dans ce cadre là reviendrait ni plus ni moins à choisir un autre type d’esclavage, et au finale à renier sa féminité. Les féministes ont encore beaucoup de travail en perspective !

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