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La liberté d'offenser, le sexe, l'art, la morale

Ruwen Ogien, Éditions La Musardine, 2008

 

Auteur de plusieurs livres sur l’éthique, le philisophe Ruwen Ogien défend une position minimaliste fondée sur trois exigences : Chaque être humain a la même importance, chacun a le droit de faire ce qu’il veut de son corps et ces pratiques ne relèvent pas de la morale, ce qui nuit de façon délibérée aux autres est proscrit. Ainsi, Ruwen Ogien fait-il une différence d’importance entre l’offense et le préjudice. Il existe dont des crimes sans victimes : un journal qui publierait des dessins qu’un groupe jugerait insupportables et s’acharnerait ensuite pour faire taire les auteurs. Le caricaturiste offense, mais n’est pas un criminel. Ce qui est offensé est une entité abstraite comme la dignité, la liberté, le sentiment religieux et non une personne. Ruwen ogien nous met en garde contre ces confusions et nous invite à explorer les limites conceptuelles et intellectuelles qui dessinent les frontières de nos évaluations. Il montre également que les arguments généralement élevés contre les représentations explicites du sexe se fondent sur une ambiguïté : « dans toutes les sociétés et quelle que soit l’époque, les êtres humains auraient exprimé la même ambivalence à l’égard des représentations sexuelles explicites : attraction et répulsion, désir de voir et de faire voir d’une part, volonté d’interdire de l’autre. » Les arguments pour combattre les représentations sexuelles ont pour cible les auteurs vus comme des pervers, des malades, des personnes vulnérables agissant sous la contrainte, les actes représentés évalués comme « immoraux » et décrits avec les mêmes termes que des maladies ou des crimes, voire les deux ensemble... Pour Ruwen Ogien, la plus grande liberté devrait régner en ce domaine qu’il s’agisse de sexe ou de ses représentations. Il s’agit seulement de ne pas infliger de comportement ou de spectacle à des gens qui n’en veulent pas ; la loi est là pour réprimer l’abus, le préjudice et non pour évaluer la qualité morale ou esthétique d’une pratique ou d’une représentation. Chacun devrait avoir lu ce petit livre avant de se prononcer sur la morale, l’art ou le sexe. Mais une lecture tolérante, décontractée est-elle encore possible à l’époque où le lisse l’emporte sur tout autre considération ?

Catherine Cudicio

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