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la religieuse de Diderot, le film  

 

La religieuse

Histoire d’un scandale

Denis Diderot (1713-1784) se définissait comme athée et n’a eu de cesse de mener un combat contre l’obscurantisme, l’ignorance et l’hypocrisie. Éduqué chez les Jésuites, ayant étudié la théologie à la Sorbonne, il connaissait à fond les questions religieuses et opposait la foi authentique aux mascarades bigotes. Il avait eu de sérieux problèmes avec la censure (considéré comme un individu dangereux, il avait été incarcéré au château de Vincennes de Juillet à Novembre 1749) et son roman « La religieuse » (1760) paraîtra en pointillés sous forme de feuilleton. Jacques Rivette, né à Rouen en 1928 se passionne pour le cinéma qu’il aborde en tant que critique. Il fait partie des grandes figures de la Nouvelle Vague, fonde en 1950 la Gazette du Cinéma avec Eric Rohmer, il sera rédacteur en chef des cahiers du cinéma de 1963 à 1965. En 1966, il réalise son second long métrage d’après l’œuvre de Diderot : La religieuse. Anna Karina interprète le rôle de l’héroïne, Suzanne Simonin, enfermée au couvent contre sa volonté et qui y fait de douloureuses expériences : rigorisme cruel des jansénistes, débauche lesbiennes autant que désespérées, dénonciation comme possédée du démon ; on ne plaisante pas avec les rebelles. Le film est présenté au festival de Cannes en 1966. Yvon Bourges, alors ministre de l’information, refuse le visa de censure en raison des aspects érotiques de l’œuvre ; la censure s’accommodant plutôt bien des scènes de violence. Cette décision va entraîner un véritable scandale, une affaire politique : des groupes de jeunes vont fleurir la statue de Diderot sur le boulevard Saint Germain, Jean Luc Godard signe une retentissante lettre de protestation adressée à André Malraux (ministre de la Culture de 1959 à 1969), qu’il dénonce comme complice de la répression. L’année suivante, en 1967, un nouveau ministre Georges Gorse accorde le visa à La religieuse. Le film change de nom et sort sous le titre de « Suzanne Simonin, la religieuse de Diderot ». Chacun pourra constater qu’il ne s’agit pas d’une provocation anti cléricale mais d’une œuvre forte, empreinte de dignité et de courage.

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