La dépendance amoureuse
Sophie, 38 ans regarde le programme
du cinéma, elle aimerait y aller avec son chéri,
mais Rodrigue déteste ça, d’ailleurs,
avec son emploi du temps ce n’est jamais possible. Sophie
renonce au cinéma au nom de son amour car elle veut
être en permanence disponible pour lui, même si
elle passe plus de temps à l’attendre dans l’inquiétude
que dans le bonheur de l’intimité partagée.
Elle veut “tout donner” et tant pis si elle souffre,
cela vaut toujours mieux que vivre en pointillés...
Des modèles pour l’amour?
Dans la littérature ou le cinéma, la passion
amoureuse exclusive domine le paysage, si l’amour n’est
pas “fou” alors est-ce encore de l’amour?
Les métaphores cataclysmiques renforcent la puissance
de la passion quand elles évoquent le “torrent”
des larmes, les “ouragans” qui vous “terrassent”,
la “vague” des émotions qui vous “submerge”...
La passion s’empare de l’amoureux(se) qui désormais
agit sous son emprise, la dépendance s’installe.
Benjamin, 29 ans, ne peut pas vivre sans Emilie, quand elle
est absente, il ne dort plus, il perd l’appétit,
se sent abandonné et passe tout son temps à
lui envoyer des messages, à attendre qu’elle
lui téléphone, à se désespérer
si l’appel tarde...
Quand on aime, on recherche spontanément la présence
de l’être aimé, on vit plus intensément
à ses côtés dans le partage sensuel et
sentimental de la fusion.
Faut-il comprendre l’amour
comme une pathologie?
“L'amour, c'est offrir à quelqu'un qui n'en veut
pas quelque chose que l'on n'a pas” prétendait
Jacques Lacan, l’angle de lecture de cette affirmation
donne à voir de l’amour une dimension au minimum
paradoxale, mais plus certainement perverse. Dans cette perspective,
tout attachement amoureux pourra devenir suspect au regard
du psy, et le grand public retiendra la supposée dangerosité
de l’amour, que ne dément d’ailleurs pas
la culture populaire...
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