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Le souper de la
lorette, gravure de Gustave Doré pour illustrer l'ouvrage
d'Emile de la Bedollière
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Le quartier
des lorettes
Émile
de La Bédollière (1812-1883), est l’auteur
d’un ouvrage intitulé “Le Nouveau Paris”
richement illustré par Gustave Doré, cet ouvrage
comprend d’abord des données historiques, puis
chaque arrondissement y est décrit avec ses quartiers,
ses habitants, ses monuments ou institutions.
Voici comment l’auteur présente les lorettes page
140, chap X (le neuvième arrondissement, l’Opéra)
“Les femmes du demi-monde et du quart de monde habitent
les environs de Notre-Dame de Lorette en si grand nombre, qu'elles
sont généralement désignées sous
le nom de lorettes; celui de biches n'est guère en usage
que depuis 1852. Prenez garde à vous, flâneurs
désœuvrés! une fois attifée, fardée,
blanchie, enrubannée, la lorette va en guerre, “quaerens
qui devoret”. Un frôlement de soie annonce son passage.
Toutes les fois que le hasard la rapproche d'une glace, elle
en profite pour ajuster sa voilette et draper les plis de sa
mantille. Par intervalles, elle s'arrête devant les devantures
où les bijoutiers suspendent des brochettes de bagues,
et où les marchands d'étoffes écrivent :
«Gros d'Epsom, soie française, ramages pour rideaux,
soie fantaisie double chaîne, damas en grande largeur
garanti pure laine», le tout avec l'indication d'un rabais
inouï dans les fastes de la nouveauté. Qui ne l'a
rencontrée, sur les boulevards, dans les passages, aux
Tuileries, aux Champs-Élysées ? Souvent elle
est accompagnée d'une amie qui diffère d'elle
par la couleur des cheveux, l'âge, le genre de beauté,
le caractère de physionomie. Durant les beaux jours,
tantôt elles s'établissent dans des voitures découvertes
d'où débordent outrageusement leurs crinolines
et leurs volants, tantôt elles sont de planton à
la porte de quelque café dont l'aménagement admet
les consommations extérieures; elles feignent quelquefois
alors, pour se donner une contenance, de lire un journal, et
rien n'est plus exact que ce mot murmuré par une de ces
fausses liseuses à l'oreille d'une amie moins ignare :
"Est-ce que je le tiens du bon côté ?"
Emile de la Bedollière poursuit sa description de la
vie des lorettes, et fait allusion à une enquête
sur leur destin réputé fort tragique, la morale
est sauve, et en attendant on s’est plongé avec
délices dans l’univers de la canaille...
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