Les lieux de rencontre des
demi mondaines
Les hauts-lieux de rendez-vous
des demi mondaines se trouvaient nécessairement là
où elles pouvaient espérer se faire remarquer
par de riches amateurs. Les grandes avenues, notamment les Champs
Elysées, mais aussi les grands boulevards, les allées
de promenade au bois, les terrasses des cafés où
elles feignent (selon les mauvaises langues) de lire le journal,
les “foyers” des théâtres, le promenoir
des Folies Bergères, sont des endroits très fréquentés
par le “demi monde”. Les demi mondaines se donnent
en spectacle, et rivalisent de luxe pour attirer les regards
et les attentions de futurs clients. En 1881, Manet peint le
tableau intitulé le bar des folies bergères, lieu
par excellence de la fête parisienne, les personnages
les plus en vue ne manquent pas de s’y montrer.
Les demi mondaines et la "bonne"
société
Les demi-mondaines n’étaient
pas admises dans la société dite “bonne”
très soucieuse de respectabilité, la pudibonderie
est de rigueur et l’hypocrisie règne. Malheur à
celle qui transgresse les règles. S’il est de bon
ton qu’un homme s’amuse, les femmes qui veulent
rester “honnêtes” ne doivent pas apparaître
dans des lieux de perdition et encore moins inviter chez elle
des femmes dites de “mauvaise vie”. Même si
les nantis de l’époque s’autorisent volontiers
le libertinage, le poids des convenances demeure très
présent. Pour réussir à entrer dans la
bonne société, la courtisane n’a que deux
moyens, épouser un homme et renoncer à sa liberté,
ou, à l’instar de Marie Duplessis briller par d’autres
atouts que sa beauté et animer un salon artistique.
Guy de Maupassant, (1850-1893) grand amateur de demi mondaines
en fait les héroïnes dans une nouvelle intitulée
“Yvette” (1884), deux hommes à l’allure
de dandy se rendent dans une “maison” pas très
respectable; ils y sont accueillis par la mère, et convoitent
les attraits de la fille “Yvette”. L’habitué
décrit alors ce qu’il éprouve en présence
de la belle: “Elle me trouble, me séduit et m’inquiète,
m’attire, m’effraye. Je me méfie d’elle
comme d’un piège et j’ai envie d’elle
comme on a envie d’un sorbet quand on a soif.... Je me
sens en contact avec un être anormal, en dehors des règles
naturelles, exquis ou détestable, je ne sais pas.”
C’est un autre personnage de prostituée “Boule
de suif
, que Maupassant met en scène dans la nouvelle qui le
rend célèbre,(1880) ce texte montre l’hypocrisie
des gens “comme il faut” mais surtout la manière
dont ils considèrent la prostituée, porteuse de
tous les maux, utilisable à merci, jetable ensuite...
N’oublions pas que Guy de Maupassant était le disciple
et le protégé de Gustave Flaubert (1821-1872),
auteur réputé alors “sulfureux” et
qui avait eu de nombreuses difficultés avec la censure.