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Les courtisanes  

 

De la plus lointaine Antiquité jusqu’à nos jours, sur tous les continents, un personnage hante les univers feutrés où règnent l’opulence et l’hypocrisie, c’est la courtisane. Elle ne se confond pas avec les prostituées qui arpentent les rues ou s’entassent derrière des vitrines, et son existence justifie les prises de positions dites “libérales” sur la prostitution. En effet, la courtisane est supposée avoir choisi son métier, tandis que la prostituée livre son corps pour “sauver sa peau”. A-t-on déjà vu une jeune bourgeoise hautement diplômée choisir la carrière de pute? Est-ce un statut social qui fait rêver les jeunes filles? Les hommes qui possèdent le pouvoir et la richesse fréquentent les courtisanes, les grands restaurants et les stations balnéaires à la mode, ils ne sauraient renoncer à ce plaisir réservé à l’élite et laissent donc se développer une prostitution qui n’est autre qu’un esclavage : traite des femmes, vente, exploitation, le tout sur fond de terreur et de violence.

Un dessin original  de Havanyé Framboise

 

Tandis que les différences sociales se creusent entre riches et pauvres, que l’argent règne en maître sur toutes les décisions humaines qu’elles soient politiques, économiques et sociales, la prostitution pose de nombreux problèmes. Dans certains pays ce sont les mères qui vendent leurs propres filles et récoltent les maigres rétributions de leurs services sexuels. Faut-il hausser les épaules et se voiler la face prétextant que le commerce des êtres humains a toujours existé, ou bien dénoncer clairement ces faits? Quel est le devenir d’une société qui pratique la mise sur le marché de tout ce qui la compose?
Si tout s’achète et se vend, l’amour s’en remettra-t-il?


- La prostitution au regard de la loi en Europe

- Repères historiques

- Portraits de courtisanes

- La geisha

- L'art d'aimer Nippon

- Bibliographie

rédaction: Catherine Cudicio, Psychanalyste

Catherine Cisinski, Peintre, Art thérapeute

coordination : Sofia Hudic

 

 

 "Travail" un dessin original de Havanyé Framboise

La prostitution au regard de la loi en Europe


La récente fête du football en Allemagne a révélé “l’importation” massive de travailleuses venues de pays d’Europe de l’est afin de satisfaire la demande sexuelle des supporters. Plusieurs établissements spécialisés ont donc proposé ces “distractions” à la foule. La solution allemande pour endiguer les violences d’après match se résume à une visite au bordel... Certains grands singes ne donnent-ils pas l’exemple en copulant à tour de bras (si on peut dire) au lieu de s’étriper?
Le législateur tente d’apporter des réponses aux interrogations mises en exergue par la soudaine visibilité de la prostitution en Europe et dans le monde. Le sexe est-il un instrument de travail, peut-on “vendre” des services sexuels? et qu’en est-il du consentement? A-t-on le droit de tout faire du moment qu’on reste dans la sphère privée, intime?

 


Mais qu’en est-il dans les autres pays d’Europe? Allemagne, Angleterre, Pays de Galles, Belgique, Danemark, Espagne, Italie, Pays-Bas et Suède?

La prostitution n'est pas une infraction
1 - Dans aucun de ces pays, l'exercice individuel de la prostitution ne constitue une infraction, toutefois, le racolage en est une sauf en Espagne, aux Pays Bas et en Suède. Autrement dit, on peut se prostituer mais il ne faut pas que cela soit trop voyant...

Le proxénétisme n'est pas condamné partout en Europe

2- Tous les pays sauf l’Espagne et les Pays Bas condamnent le proxénétisme quelle qu’en soit la forme, notamment l’incitation à la prostitution, l’exploitation d’une personne en situation de faiblesse, le proxénétisme hôtelier...

 


En Suède, les clients des prostituées risquent la prison ou une forte amende

3- La Suède reste le seul pays à prohiber l’achat de services sexuels... Les clients des prostituées peuvent être envoyés en prison ou payer une forte amende.
Dans les autres pays, l’accent porte surtout sur l’exploitation des mineurs, mais l’âge du consentement libre varie de 12 à 16 ans...
Une loi anglaise de 1985 a défini une nouvelle infraction sexuelle : la drague motorisée. C’est le cas où un homme conduisant un véhicule motorisé s’arrête pour accoster une femme et lui proposer de lui acheter ses services sexuels.

 


En marge de la société

4- Dans tous les pays sauf aux Pays-Bas, l'absence de reconnaissance juridique de la profession empêche les prostituées de disposer d'une couverture sociale complète. Bien que la prostitution ne soit plus considérée comme une infraction, les revenus de son exercice sont assimilés à de l’économie “souterraine”, les prostituées se trouvent donc marginalisées par une absence de reconnaissance sociale. Dans certains pays comme la Belgique, elles peuvent souscrire des assurances sociales volontaires à moins que leur pays d’accueil n’offre une couverture sociale minimale à tous ses résidents quelle que soit leur profession.

5- Les revenus des prostituées sont imposables partout sauf en Espagne. Il y a donc une incohérence entre l’absence de reconnaissance sociale et l’assujettissement fiscal. En d’autres termes, elles n’ont pas droit à une couverture sociale mais doivent payer des impôts...


Actuellement seuls les Pays Bas considèrent l’exercice de la prostitution comme une activité professionnelle à part entière

 

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Les vitrines d'Amsterdam...

une rue chaude à Amsterdam

Quand on découvre Amsterdam, c'est une rigidité stricte et sans faille qui saute aux yeux,
du noir et blanc, comme le clair obscur de la peinture flamande qu'on compte bien tutoyer un peu, au musée.
Le beau est là, sans tache apparente. C'est lisse et policé sans la moindre présence visible de la police.
L'harmonie règne à la surface de chaque chose et vient nous prendre par la main. Calmons notre esprit latin.
Pénétrés par le charme, arpentant les rues qui bordent les canaux, nous n'émettons aucune résistance. Très vite, sous ce voile troublant si esthétique, apparaissent une foule d'éléments hétéroclites qui composent tant la variété architecturale que les diverses nationalités croisées parmi les passants. Ces derniers semblent si insérés socialement
à l'opposé de ce que nous connaissons en France, qu'il faut vraiment scruter les visages pour ne pas les voir tous blonds.
En effet, au fil de l'eau, le long d'immeubles magnifiques, ou sur des places majestueuses, on tombe sur les fameux "coffee- shop".
En effet, perpendiculaires aux canaux, ces petites rues pittoresques que les gens empruntent en famille ou isolé, donnent à voir
les vitrines célèbres savamment éclairées, des prostituées.
Dans les deux cas, il n'y a bien que les étrangers qui génèrent une discrète excitation à peine lisible, une atmosphère ouatée de dessous le manteau. Le hollandais ne s'y attarde vraiment pas. C'est pour lui d'un tel quotidien, qu'il passe et repasse comme si la question n'existait pas.
Or c'est précisément le sentiment qui prédomine à bien observer les autochtones : tout se passe comme si les questions de la vie, sans omettre la moindre qui soit aussi d'ordre privée, avaient été soulevées et résolues à la place de chacun. Voilà, tout est là et ordonné.


On peut fumer le cannabis à volonté. On peut consommer du sexe payant ouvertement,s'acheter dans des magasins banalisés, parmi les sabots et les tulipes, tous les accessoires nécessaires et suffisants à l'excitation érotique. Aucun problème !
Afin d'éviter la violence et tout débordement incontrôlé, c'est l'alcool qui fait les frais d'un interdit le plus souvent.
Toutefois, mon esprit latin me souffle que ça manque de désir à la surface de cette population comblée en apparence.
Les gens sont beaux. Les prostituées "clean".
Humainement, ça ressemble à nos jardins taillés à la française. Pour autant, nos arbres ne poussent pas d'avantage tout droit naturellement.
Il est fort à parier que le rapport à l'autre dans cette culture, est au plus profond de chacun éduqué dans un champ moral
imbibé de politesse respectueuse, à tel point, qu'on peut tout à fait imaginer des "s'il te plaît", des "excuse-moi de te demander" et des "mercis" même dans les rapports les plus intimes... si tant est qu'on présuppose l'organisation des dessous de l'intime, à l'image du dessus donné à voir.
Or, ne "faut-il pas se méfier de l'eau qui dort" ?

Catherine Cisinski

 

 

Repères Historiques

Courtisane et son client

Le soi-disant "plus vieux métier du monde"

Il est courant de qualifier la prostitution de “plus vieux métier du monde”, et même d’en chercher des justifications “biologiques” dans les comportements des animaux, sans doute pour avancer l’argument de la “nature”, si puissant semble-t-il...

Pourtant, l’animal mâle qui offre un “don” à l’animal femelle en échange d’une relation sexuelle n’a rien à voir avec la prostitution, mais avec un ensemble de codes relationnels comme le montre Helen Fisher dans son “Histoire naturelle de l’amour”. Laissons donc les singes et autres bestioles s’accoupler en paix cela nous évitera de tomber dans des comparaisons simplistes...


Havelock Ellis, (1859-1939) Psychologue et Sexologue britannique, auteur d’un imposant ouvrage en huit volumes traitant de la psychologie sexuelle, soutient que la prostitution n’apparaît qu’avec la civilisation, elle serait rendue nécessaire pour soulager les frustrations qu’engendrent les différentes limitations que la société impose à la vie sexuelle: âge tardif du mariage, strict contrôle de l’activité sexuelle, interdits religieux. Seuls, certains mouvements féministes ou religieux radicaux contestent cette opinion par ailleurs largement partagée.


La prostitution sacrée

L’historien Jean Bottero, spécialiste de l’antiquité orientale pose la question des origines de la prostitution dans son livre Mésopotamie (Gallimard, 1987). Il pose qu’il s’agit d’abord d’un culte, la prostituée est une sorte de prêtresse qui officie dans un temple. La prostituée sacrée serait vraisemblablement une femme s’étant révélée inféconde, et trouvant une insertion sociale dans ce rôle, ne pouvant être l’épouse d’un seul, elle le devient de tous... Le culte sumérien comme celui d’Ishtar à Babylone utilise ces prêtresses comme en témoignent les écrits de l’époque, mais aussi le code d’Hammourabi (loi 181), L’historien grec Hérodote (De civitate Dei), ainsi que le Livre de la Genèse ( Deutéronome XXIII, 18).


Les hommes aussi peuvent être désignés comme prostitués. C’est le cas lorsqu’ils ne peuvent assurer de descendance pour des raisons physiques, ils participent donc aux cultes et honorent les divinités en offrant leur corps tels les prêtres de Cybèle. Toutefois, ceux-ci, à l’instar de leur modèle Attys s’émasculent pour plaire à la déesse.
Les hommes qui s’unissent sexuellement avec ces partenaires sacrés espèrent renforcer leur vitalité, mieux assurer la fertilité de leurs épouses mais aussi de leurs terres et de leurs troupeaux...
Cette croyance traverse les siècles puisqu’actuellement il existe encore des femmes “maraboutes” vivant en groupes à l’écart des communautés villageoises avec leurs “soeurs”, et pratiquant cette prostitution sacrée. Il s’agit bien d’une prostitution car ces échanges ont un coût, les temples s’enrichissent car les fidèles doivent payer et parfois très cher les services de ces officiants (es).

Emile Durkeim comme Max Weber s’intéressent aux religions en raison de leur aspect essentiellement social. De ce point de vue, la prostitution sacrée a plusieurs fonctions. Elle symbolise le don de soi à la divinité comme l’écrit le poète Charles Baudelaire:

Citation

Qu’est-ce que l’amour?
Le besoin de sortir de soi.
L’homme est un animal adorateur,
Adorer c’est se sacrifier, se prostituer
Aussi tout amour est-il prostitution.

 

Charles Baudelaire

Il s’agit donc bien de briser la carapace de ses égoïsmes, de sortir de soi, d’aller vers une fusion dionysiaque, afin de rendre plus forte les relations sociales...
Dans ne nombreuses religions, le novice doit accepter les jeux sexuels que les prêtres, prêtresses et plus anciens initiés vont lui imposer. Ces “sacrifices” ont une valeur initiatique.
Il semble que la prostitution sacrée n’existait pas en Egypte antique, mais sous une forme plus classique. Dans tout l’Orient, jusqu’en Inde et en Chine, en revanche, ces coutumes étaient fréquentes comme en attestent l’iconographie des temples et les écrits de ces civilisations.

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Chez les Etrusques, les jeunes femmes pauvres avaient recours à la prostitution afin de se constituer une dot, cette pratique courante n’était pas mal considérée et aurait été assez largement répandue jusqu’au second siècle après JC, selon un article d’Anthony Potter paru dans le British medical Journal de Mars 1897. Constantin (272-337), premier empereur chrétien, mit fin à ces pratiques par de nombreuses réformes visant à contrôler les moeurs sexuelles.

 

 

Aphrodite, dessin à la plume d'après un vase grec

Catherine Cisinski, voir son blog

Dans l’Antiquité grecque, la prostitution s’affiche ouvertement dans les temples et les villes portuaires, par exemple, le temple d’Aphrodite à Corinthe abrite environ un millier de travailleuses.
L’homme d’état et législateur législateur Solon (640-558 av JC) aurait institué des bordels municipaux afin que les citoyens mâles puissent assouvir leurs pulsions moyennant un coût modéré. Ce sont des esclaves qui travaillent dans ces établissements, elles sont situées tout en bas de l’échelle sociale. Il arrive cependant qu’une femme libre ayant perdu parents, mari ou tuteur se voit contrainte à la prostitution pour survivre.
Il existe aussi des prostituées indépendantes comme les musiciennes et danseuses qui animent les fins de banquet.
Les hétaïres, courtisanes professionnelles forment l’élite de la profession, elles sont libres de choisir à qui elles vendent leurs services, ainsi que de se déplacer. Généralement, les hétaïres sont en relation avec des gens puissants et riches ce qui les met à l’abri de nombreux problèmes.

 

Dans l’Antiquité romaine,

les prostituées sont très nombreuses, elles travaillent dans des bordels, ou chez elles, doivent s’inscrire dans les registres de la ville (à partir du IIè siècle av JC) afin d’obtenir une autorisation d’exercer leur activité. Elles n’ont pour autant aucun statut civique, et leur condition n’est guère enviable exceptée pour les courtisanes de luxe qui font payer très cher leurs services réservés à l’élite.
Certaines de ces courtisanes sont restées très célèbres comme Poppée qui finira par épouser l’empereur Néron et devenir impératrice.
La règlementation impose aux prostituées non seulement de se faire enregistrer sur des listes, mais aussi de se rendre visibles. On a coutume de penser que l’un des premiers signes distinctifs pourraît être le fard et notamment le rouge à lèvres. Teinter ses lèvres fait penser sans ambiguité aux lèvres sexuelles.
Dans le monde romain, seules les prostituées se maquillent, dans le monde chrétien, les fards sont considérés par les bigots comme des pièges démoniaques. Pourtant dans l’Antiquité Egyptienne, les femmes utilisaient couramment les fards et autres cosmétiques.

Le lupanar

En latin, le bordel se traduit par "lupanar", ce mot est d'ailleurs parfois employé tel quel en français. Le Lupanar signifie le repère des louves, car à cette époque c'est ainsi qu'on surnomme les prostituées. Comme le rappelle judicieusement Pascal Quignard dans son beau livre "Le sexe et l'effroi", Romulus et Rémus ont été élevés par une louve....

 

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Chez les Hébreux et les premiers chrétiens
Le culte monothéiste des Hébreux de la Bible leur interdit d’honorer plusieurs divinités, la prostitution sacrée est donc exclue. Comme ce travail n’est pas permis aux femmes du peuple hébreu, le commerce du sexe fait appel à la “main d’oeuvre “ étrangère.

La plus grande hypocrisie règne, en effet, un père peut très bien “prêter” sa fille contre rémunération, on ne la traitera pas de prostituée pour autant. Ce qualificatif désigne seulement les femmes placées sous la tutelle d’un homme et qui ont des rapports sexuels rétribués sans l’autorisation de celui-ci. Dans certaines contrées, les filles peuvent être louées ainsi dès l’âge de trois ans...
D’une façon assez générale, offrir un (e) esclave à un hôte de passage est une marque d’hospitalité. Cette pratique a existé dans de très nombreuses sociétés traditionnelles et pas seulement au Moyen Orient...
Le Livre de la Genèse (38,15) montre que les hommes fréquentent souvent les prostituées, et si cette habitude est condamnée, c’est seulement parce qu’ils risquent de gaspiller leur argent et dilapider leurs biens.
La prostituée, bien que coupable, pourra être sauvée par la foi ainsi qu’en témoignent les mythes évangéliques. Jésus ne veut exclure personne de son paradis... Sans la reconnaître vraiment, les Pères de l’Eglise estiment que la prostitution est un mal nécessaire à l’équilibre des sociétés. Quelques siècles plus tard, Thomas d’Aquin justifiera l’existence de la prostitution en la comparant à des latrines: “cela pue, mais s’il n’y en avait pas, c’est toute la maison qui serait empuantie”.
Les théologiens conseillent même aux femmes “honnêtes” de pousser leur mari vers les prostituées plutôt que d’accepter certains rapports ou pratiques sexuelles considérés comme de lourds péchés: sodomie, masturbation, et certaines postures jugées infâmantes...

Soumission, oeuvre originale de Havanyé Framboise

Au Moyen Age, la prostitution s’organise sous la tutelle des responsables de l’ordre public, laïcs et surtout religieux. Les profits financiers sont importants, et certains monastères sont propriétaires de lucratifs bordels. Les abbayes de Toulouse et de Montpellier furent les plus célèbres.
Emile Durkheim considéré comme le père de la sociologie, attribue le développement de la prostitution à la montée en puissance de la classe bourgeoise, soucieuse de protéger ses biens, et notamment ses femmes ou filles. Ces dernières, étroitement surveillées passent du contrôle de leur père à celui de leur mari, elles sont tenues au devoir conjugal qui consiste à accepter des rapports sexuels dans le seul but de procréer. Cette morosité matrimoniale pourrait en partie justifier la prostitution capable d’apporter aux hommes des plaisirs impossibles à atteindre dans le cadre conjugal...

Des codes et des couleurs
Des règles très précises sont appliquées afin de restreindre les libertés des prostituées. Elles ne peuvent pas sortir d’un territoire déterminé, ni adresser la parole à tout le monde, et encore moins s’habiller selon leurs envies. Leur tenue doit permettre de les différencier facilement des autres femmes.

Au cours du X111è siècle, le vert symbolisait le démon, et les prostituées devaient porter des corsages verts. La mélodie “Green Sleeves” qui signifie “manches vertes” serait une chanson populaire des bordels de l’époque.... Pourtant une autre légende attribue cette chanson à Henry VIII (1491-1547), il l’aurait composée et dédiée à Ann Boleyn.
Ces règles ont pour objectif la paix sociale et ne s’occupent pas de la protection des prostituées, qui sont considérées comme des femmes perdues et de ce fait sacrifiées... A la ville comme à la campagne, sévissent des bandes de malfaiteurs organisées qui commettent de nombreux viols. Les responsables locaux considèrent que la prostitution peut limiter les dégâts...
La lutte contre la prostitution se généralise, sans pour autant la faire disparaître. En France, sous le règne de Saint Louis, la répression est très sévère: les prostituées sont chassées et dépouillées de tous leurs biens. Les décrets se multiplient mais le roi n’arrive pas à bannir les prostituées qui s’activent jusque dans son propre campement lorsqu’il part en croisade!
A la fin du XV ème siècle, on assiste au déclin des bordels du moyen âge avec l’arrivée de la syphilis venue comme on le sait d’Amérique.

Fontaine de Jouvence pour retrouver une belle ardeur!

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Du XVII au XIX è siècle
, de nombreuses lois ont pour objectif d’interdire la prostitution, mais elles sont en réalité rarement appliquées. Des refuges pour les prostituées repenties et leurs enfants apparaissent ça et là en Europe. L’un des premiers s’ouvre en Italie, en 1580 sous la tutelle de Veronica Franco, courtisane de grande renommée.
En France, Louis XIV ordonne en 1658 d’emprisonner toutes les prostituées et autres femmes coupables d’adultère ou de fornication. A la même époque, les anglais commencent à déporter massivement les prostituées vers les Antilles et l’Amérique.
Pourtant, en 1780, Paris compte de 30 à 40000 prostituées, à Londres ce chiffre est estimé à 50000. Ces chiffres montrent l’inefficacité des mesures répressives, et Napoleon, comme les autres dirigeants de l’Europe d’alors décident de règlementer la prostitution. En France, s’ouvrent des maisons dites de tolérance s’ouvrent...
La maison close du XIX ème siècle fait partie du décor comme le café ou le marché. Paris compte alors environ 200 de ces bordels officiels. En marge de ceux-ci il en existe aussi de clandestins, des cafés à “serveuses montantes”, sans compter des établissements de bains et autres instituts de beauté...

carte postale de 1900, les bas rayés (rayures verticales ou horizontales) font souvent partie du costume des prostituées dans l'icinographie de l'époque

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EN 1946, Marthe Richard ( 1889/1982) déposa une proposition de loi visant à faire fermer les maisons closes de la Seine. Ce projet fut adopté avant d’être généralisé à l’ensemble de la France. Marthe Richard avait fait ses débuts comme prostituée à Nancy avant de venir exercer à Paris où elle fit un riche mariage. Elle vécut de nombreuses aventures, apprit à piloter un avion, et devenue veuve de guerre en 1916, elle intégra les services d’espionnage sous les ordres du capitaine Ledoux, mais cette carrière tourna court. Marthe Richard épousa ensuite un riche lors Anglais, mécène des arts, redevint veuve en 1928...
Ses mémoires d’espionne furent publiées et obtinrent un grand succès; Edouard Herriot lui obtint la légion d’honneur en 1933...
En 1945, Marthe Richard passe pour une héroïne aux yeux des français, elle se retrouve élue au conseil municipal du IVè arrt de Paris dans un mouvement proche de la Résistance.
Plusieurs enquêtes destinées à démasquer les faux héros de guerre la prirent pour cible, elle échappa à un procès grâce à son réseau de relations...
Pour terminer ses aventures, elle lança un prix littéraire devant récompenser des textes érotiques!


La biographie de Marthe Richard par Elizabeth Coquart

 

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Portraits de courtisanes

Contrastes, un dessin de Havanyé Framboise

 

L'hétaïre
La Grèce antique est une société où la femme ne dispose de pratiquement aucune liberté, sa plus belle parure est le silence et l’invisibilité: le poète Ménandre comme le politicien Périclès s’accordent parfaitement sur cette position. Pourtant, il y existe une exception à cet état de choses, en effet, l’hétaïre mot qui signifie compagne, amie, est une femme libre. Elle dispose de son corps comme de ses biens, et choisit ses amants.
L’hétaïre comme la Geisha est un modèle de courtisane, elle ne se contente pas d’être belle. L’Hétaïre a reçu une excellente éducation, connaît la philosophie et la littérature, excelle en poésie, musique et danse. Les hommes d’élite trouvent chez les Hétaïres une compagne idéale, qui les écoute, les comprend, est capable de dialoguer, de conseiller et d’apaiser leurs tensions. Certaines de ces courtisanes sont demeurées célèbres, par exemple Phryné qui fut la compagne du sculpteur Praxitèle et lui servit de modèle pour la stature d’Aphrodite (dite de Cnide). Théodoté était la compagne d’Alcibiade, et dialoguait avec Socrate. La compagne d’Epicure, Léontion, est elle aussi philosophe. Citons encore Thaïs qui fut la maîtresse d’Alexandre le Grand et de son successeur Ptolémée 1.
Aspasie, compagne de Périclès, fut l’une des plus célèbres hétaïres. Voici son portrait

 


Vénus Capitoline, copie de l'Aphrodite de Cnide. Le sculpteur Praxitèle avait pour modèle Phryné, sa compagne

Aspasie
Aspasie (470-410 av JC) - Née à Milet, en Asie Mineure est sans doute la femme la plus célèbre de l’Antiquité Grecque. Tout au long de sa vie, elle sera toujours considérée comme une étrangère à Athènes ce qui lui interdira d’épouser son compagnon Périclès, mais lui permettra de vivre beaucoup plus librement que les athéniennes de souche, condamnées par nature à rester muettes et invisibles...


Aspasie vit à une époque brillante pour les arts et la philosophie, et sa condition lui permet de fréquenter l’élite intellectuelle... C’est ainsi que son nom reste désormais attaché à celui de Périclès, l’homme politique le plus puissant alors. On désigne cette époque comme le siècle de Périclès.


On considère souvent Aspasie comme l’une des premières féministes... En 450, elle dirige sa propre école de philosophie et de rhétorique et incite les autres femmes à venir s’y instruire. Elle transmet également son intérêt pour les mathématiques, et sa maison accueille philosophes, politiques et intellectuels, au nombre desquels on compte Socrate et son élève Platon, ainsi qu’ Alcibiade, Sophocle, Phidias sans oublier le philosophe Anaxagore qu’elle appela pour la seconder ainsi que Xénophon et l’épouse de ce dernier.
Les talents d’Aspasie lui valent une réputation sulfureuse, dans certains écrits, on la compare au sophiste. Tout comme le sophiste (ici, c’est Socrate qui est visé), l’hétaïre ( Là c’est Aspasie) a des disciples, et de préciser que Socrate a pour élève Critias , et Aspasie pour disciple Périclès lui-même! Dans ses “vies parallèles”, Plutarque ne contredit pas cette insinuation et dépeint Aspasie , fort instruite en philosophie comme en politique, comme la maîtresse (à penser) de Périclès...
La littérature ne donnera pas de précision à propos des autres talents d’Aspasie, on ne peut que l’imaginer ardente et créative dans les jeux de l’amour...

Claude Mossé, historienne, spécialiste de l'Antiquité grecque rapporte que :” Platon, dans le Ménéxène, attribue à Aspasie la composition d'une oraison funèbre, parodie de ces discours officiels qu'on prononçait au Céramique (quartier situé au nord-ouest de l'Acropole, où se trouve l'un des cimetières d'Athènes) en l'honneur des Athéniens morts à la guerre, et fait dire à Socrate qu'elle avait "formé beaucoup d'excellents orateurs, et en particulier un qui est le premier de la Grèce, Périclès, fils de Xanthippos ". Socrate la considère même comme l'auteur de la fameuse oraison funèbre que rapporte Thucydide dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse. Après la mort de Périclès, Aspasie aurait continué à inspirer la politique athénienne en devenant la maîtresse de l'un des démagogues les plus en vue, le marchand Lysiclès. 

 


Tullia d’Aragona
Tullia d’Aragona représente l’un des modèles de la courtisane de l’époque de la Renaissance Italienne. Le mot “cortegiana” apparaît au XVè siècle et désigne une femme qui suit la cour d’un prince. Plus tard ce mot désignera de façon spécifique les prostituées de luxe, élégantes et bien éduquées, les autres prostituées sont qualifiées de pécheresses “peccatrice”. Les courtisanes étaient admise à la cour du Pape Alexandre Borgia qui aimait les faire participer à des fêtes pour le moins coquines...
Née en 1510, Tullia est probablement la fille du Cardinal d’Aragona, noble espagnol issu toutefois d’une lignée illégitime de la famille royale. Sa mère, une courtisane de Ferrare lui fait donner une excellente éducation, intellectuelle et artistique. Tullia est un très belle femme à la chevelure très claire et aux yeux bleus, elle éblouit tous ceux qui l’approchent, brille par ses talents de luthiste, mais surtout de poète. Tullia dédie ses meilleurs vers à un jeune homme dont elle est follement amoureuse mais qui demeure insensible à ses charmes.
Tullia ne semble pas avoir choisi par goût la carrière de courtisane, mais cet état lui a donné une plus grande liberté d’expression. Elle préférait l’étude et la transmission de ses savoirs, et était très respectée de tous.
En 1546, Cosme, Duc de Florence ordonne à toutes les prostituées de porter un voile jaune afin de les distinguer facilement, Tullia s’adresse à la Duchesse, espagnole elle aussi, qui la dispense de cette humiliation en raison de sa “rara scienza di poesia et filosofia”. Cette même année, elle publie à Venise un recueil de poésies “dialogues sur l’amour infini”, dédié à la Duchesse. C’est un événement important car c’est la première qu’une femme écrit sur le thème de l’amour...
De nos jours, certains mouvements féministes anglophones cultivent sa mémoire...
http://www.pinn.net/~sunshine/march99/aragona2.html

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Ninon de Lenclos ( 1616-1704)


Dans ses “Mémoires”, le comte Gaspard de Chavagnac (1638-1669) écrivait en parlant de Ninon de Lenclos:
“Quand un courtisan avait un fils à dégourdir, il l'envoyait à son école. L'éducation qu'elle donnait était si excellente qu'on faisait bien la différence des jeunes gens qu'elle avait dressés. Elle leur apprenait la manière jolie de faire l'amour"
Roger Duchêne, l’auteur d’une biographie très documentée de la belle courtisane, nous la présente:
“ Fille d'un excellent joueur de luth, impliqué dans un procès d'adultère, qui intimide les témoins à charge et qui doit finalement s'exiler pour avoir tué un ingénieur de l'armée, Anne de Lenclos reste seule avec sa mère à neuf ans. Son père lui a transmis ses dons. Elle gagne sa vie en jouant du luth, en dansant, en chantant. seize ans, elle connaît l'amour. dix-huit, elle est entretenue par un conseiller au parlement qui lui verse une rente mensuelle. vingt, elle perd sa mère. son premier protecteur, elle en ajoute un second pour doubler ses rentes. Elle semble promise à une vie de prostitution. Il n'en est rien. Car bientôt, elle ajoute à ses payeurs la longue liste des hommes qui lui plaisent, ses " caprices " ou ses " favoris ", qu'elle accueille temporairement dans son lit, trois mois au plus. Et surtout, elle prend soin d'avoir des amants en réserve, ceux auxquels elle n'accorde rien, ses "martyrs". Elle applique à l'amour les principes de l'économie de marché, ayant compris que c'est quand la demande est supérieure à l'offre que les prix montent. Avec un de ses caprices, Villarceaux, elle connaîtra l'amour fou, et la maternité. Avec le temps, elle se rangera,,sauvant les apparences et vivant bourgeoisement dans une modeste demeure. Elle mourut à quatre-vingt-deux ans avec toutes les apparences d'une fin chrétienne.
Belle, intelligente, talentueuse, Ninon de Lenclos est devenue un personnage légendaire. Pour le siècle des Lumières, elle était une femme exemplaire, en avance sur son temps, pour d’autres, ce n’était qu’une débauchée. Ninon a réussi à se construire une image respectable et, à la fin de sa vie, il était de bon ton de fréquenter son salon. Havelock Ellis que nous avons cité en référence pour ses réflexions sexologiques sur la prostitution, affirme à tort que Ninon de Lenclos offrait ses charmes juste pour le plaisir! Sans doute est-il tombé sous le charme de la légende...
Selon Voltaire, Ninon de Lenclos n'a dit qu'une prière: "Mon Dieu, faites de moi un honnête homme et n'en faites jamais une honnête femme.”
Roger Duchêne a multiplié les recherches, et parvient à démêler le vrai du faux.

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La Putain révolutionnaire?


Grisélidis Réal, née à Genève en 1929, décédée en 2005, était fille d’enseignants et dans son enfance, elle a vécu à Athènes et à Alexandrie. Revenue à Zurich, elle fait des études artistiques, et se marie. Après avoir eu deux fils de son mari, elle divorce et s’enfuit en Allemagne avec ses enfants et son nouvel amant. C’est là, dans les années soixante qu’elle commence à se prostituer.
Elle le fait par nécessité, mais ne tarde pas à se considérer comme une sorte de travailleuse sociale. Elle mène de nombreuses actions militantes en faveur des prostituées. Aujourd’hui, plusieurs associations font référence à sa vie et ses oeuvres.
Grisélidis se revendique artiste et prostituée. Elle tente de survivre comme artiste peintre et écrivain, et exerce la prostitution pendant environ trente ans.
Elle affirme haut et fort qu’elle a librement choisi de se prostituer et réfute l’idée d’y avoir été contrainte par un proxénète. Grisélidis définit la prostitution comme un acte révolutionnaire. C’est à Paris, dans les années 70, que naît la “putain révolutionnaire”...
Grisélidis s’implique dans des mouvements de défense des prostituées, ainsi l’occupation de l’Eglise Saint Bernard en 1975 à Paris...
Son premier livre : “le noir est une couleur”, roman autobiographique est publié en 1974 chez Balland. Elle devient vite un personnage médiatique nimbé d’une aura sulfureuse dans le domaine littéraire,


- Qu'est-ce que la fureur érotique ? lui demande le journaliste Alain-Pierre Pillet. Voici la réponse de Grisélidis Réal :
“ La fureur érotique est dans l'imaginaire un délire sans tabou ni frontières qu'il s'agit par une alchimie savante de canaliser et de réaliser sans trop de dégâts dans la pratique amoureuse et sexuelle : cannibalisme, viol, meurtre, corps tailladé, déchiqueté, brûlé sur l'autel de la passion et des pulsions chamelles. Tout se transmute, se sublime, se métamorphose en caresses, en savantes pénétrations, succions, baisers, échauffements, coups et pressions, étreintes et fusions qui vont de l'extrême douceur à l'extrême brutalité sans dépasser l'extrême limite séparant la vie de la mort.”
Grisélidis Réal est animée d’une forte personnalité , d’un solide appétit de vie et d’une immense sensualité . Elle mène de front toutes ses activités avec une énergie incroyable. Son combat pour être reconnue comme prostituée et écrivain ne connaît pas de trève, elle tient à ce que ces deux professions soient indiquées sur tous les documents officiels.


Depuis son décès en 2005, les Editions Verticales ont réédité ses livres, et notamment “la Passe imaginaire” et “Grisélidis courtisane” une correspondance avec le journaliste Jean-Luc Hennig. Le désir de créer s’allie à un intense besoin d’être qui se traduit dans l’écriture: «Je vous écris tout le temps, remarque Grisélidis Réal. En dormant, en rêvant, en vous écrivant, en ne vous écrivant pas, c'est devenu mon souffle, ma respiration, mon inconscient, ma force, mon réservoir de folie et de sensations fortes.» En elle s'est installée «une existence parallèle», une voix qui transforme sa vie et ses combats en oeuvre d'art, en écriture éblouissante.
Grisélidis bénéficie d’une reconnaissance sociale exceptionnelle: interventions publiques et dans les médias, travaux de diplômes d'étudiants en sciences sociales , mais elle continue d’exercer son activité de prostituée.. Dans son livre “La Passe imaginaire”, elle raconte dans les détails la manière dont elle travaille, comment elle accueille les clients chez elle. Elle dépeint avec tendresse et cruauté la solitude masculine et la misère sexuelle, mais ne tombe pas dans le piège du misérabilisme. Ce serait en effet une adhésion aux thèses des “bourgeois” et pire encore à celles des “féministes jalouses et frustrées”.
Grisélidis se la joue révolutionnaire, libertaire, et solidement ancrée dans le plaisir de l’instant présent...
Aujourd'hui la plupart des mouvements qui "défendent" la prostitution au nom de la liberté du choix, se réclament plus ou moins de Grisélidis Réal.

La question du consentement reste brûlante, et tout aussi "chaudes" les déclarations de Grisélidis au journaliste qui veut connaitre ses petits secrets d'experte....

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Nana, l'héroïne maudite

 

Nana, d'Edouard Manet


Héroïne du roman d’Emile Zola qui porte son nom, Nana est un personnage typique de prostituée. L’écrivain la met en scène dans un contexte socio historique très sombre dont son héroïne incarne les misères , les vices et le châtiment... Ce roman, publié en 1880, fait partie de la série des Rougeon-Macquart...
Nana est née dans un milieu misérable; soumise à la brutalité, aux privations, en totale détresse affective, elle a appris à survivre. Nana a eu un enfant lorsqu’elle était âgée de 16 ans, et se prostitue par nécessité. Elle trouve un rôle de “Vénus” dans un théâtre, et à partir de là, elle devient l’une des courtisanes les plus en vue du Second Empire.
Nana est avide de richesse, d’amour, de pouvoir, et tous les moyens sont bons pour y parvenir, son sexe est une arme, un instrument de vengeance qui finit par se retourner contre elle-même.Personne n'est épargné et tous les hommes qu'elle a séduits connaissent une fin tragique.


Zola a fait naître son héroïne d’une société qu’il juge immorale et corrompue. Nana corrompt ou détruit avec innocence tout ce qu’elle approche, elle ne prémédite pas de nuire, mais semble victime d’une malédiction qui la voue à faire le “mal”...
Après avoir atteint une apogée de reconnaissance sociale factice , dégoûtée des hommes, elle quitte ses amants et s’enfuit en voyage comme si elle voulait “oublier” cette gloire fragile et tenter de se reconstruire. Lorsqu’elle revient à Paris, c’est pour y retrouver son fils malade de la variole, elle sera contaminée et périra avec lui.

Nana incarne la femme "perdue", qui n'a d'autre issue que la mort, pour que les choses reviennent dans l'ordre...

 

 

La Dame aux Camélias



Faire de la courtisane une victime, c’est la position d’Alexandre Dumas lorsqu’il écrit “ La Dame aux Camélias” (publié en 1848). L’écrivain s’inspire d’une histoire réelle, celle de la courtisane Marie Duplessis et de son amant Agénor de Gramont. Cette histoire inspirera également le compositeur Verdi qui en fera un opéra “La Traviata”. Dans ces oeuvres, la courtisane n’a rien à voir avec l’héroïne de Zola, excepté la profession. Alexandre Dumas dépeint La dame aux Camélias comme une femme intelligente et cultivée, capable d’éprouver et de partager des sentiments , mais surtout prête à se sacrifier par amour...

Alexandre Dumas est aussi l’auteur d’un essai historique publié en 1843 sur le thème de la prostitution depuis l’Antiquité jusqu’à sa propre époque: Filles, Lorettes et Courtisanes.
Il fait la distinction entre les différentes formes d’exercice de l’activité, les “filles” sont celles qui racolent dans la rue ou travaillent dans des bordels, les “Lorettes” des femmes entretenues par un ou plusieurs hommes. Dumas se réfère ensuite à l’hétaïre de l’antiquité pour présenter la courtisane. Il s’est largement inspiré du travail du sociologue Parent-Duchatelet intitulé La prostituée à Paris au XIXe siècle.
Alexandre Dumas dépeint la vie des prostituées sans chercher à édulcorer les choses: misère, insécurité, monotonie d’une vie dépourvue d’un vrai sens. Le sort des lorettes et des courtisanes apparaît donc bien plus enviable par contraste. Dumas exprime là une sorte de fascination, il cite de nombreuses anecdotes et conduit son lecteur dans l’univers sensuel et raffiné de ces belles dames.
L’auteur se montre bien plus acerbe envers les hommes dont il dépeint les comportements hypocrites avec une féroce ironie...


Côté clair ou côté obscur, les courtisanes des romans finissent offertes en victime expiatoire d’une société qui les tolère sans les accepter...

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La Geisha

 



La Geisha, ou plus exactement geiko est une artiste, une femme dont l’éducation demande un long et difficile travail de plusieurs années.
Avant de devenir une véritable geiko, l’apprentie ou maïko, devra d’abord se soumettre à une sélection rigoureuse, puis faire preuve d’une puissante motivation pour son futur métier.
Mme Kawamura, directrice d’une école explique: “Pour choisir une maiko, il faut bien sur qu'elle soit douée pour les arts: chanter, danser, jouer d'un instrument et faire la conversation. Plutôt que la beauté,  nous privilégions les femmes qui ont des aptitudes artistiques et également les qualités morales: elles doivent être aimables, douces et serviables.

 

 

La cérémonie du Thé

Il existe en effet des écoles ou les apprenties "maiko", sous la direction d’une ancienne geiko, suivent des cours de danse, de chant, de maintien, de conversation et travaillent la cérémonie du thé dans les règles de l’art traditionnel. Cet enseignement coûte très cher, l’apprentie est en effet logée et nourrie pendant toutes ses études, à charge pour elle ensuite de rembourser sa dette par ses prestations. La responsable de l’école se charge de trouver des “contrats”, une geiko confirmée facture ses prestations à 400 € de l’heure, elle devra reverser intégralement cette somme jusqu’à remboursement de sa dette ce qui lui prendra environ cinq ans.

 

Au Japon, les véritables geiko traditionnelles sont aussi célèbres que les actrices et chanteuses d’opéra, et même que les fameux lutteurs de sumo. Toutefois, si elle veut se marier, elle doit abandonner son métier...
La geiko n’est pas une prostituée, elle n’est pas tenue d’avoir des relations sexuelles avec ses clients, ce n’est pas le but de sa mission. Cependant, il y a des confusions car, il existe une certaine catégorie de courtisanes qui parodient maladroitement leurs savoirs et se louent généralement à des hommes d’affaires étrangers, incapables de déceler le subterfuge. Ces hôtesses ont certainement fait de l’ombre aux geikos comme l’explique madame Kawamura:
“Autrefois, il pouvait y avoir confusion. Au Japon et jusqu'en 1958, il y avait deux quartiers: le quartier des prostituées et le quartier des geiko. Et on pouvait confondre les deux mondes car c'était des quartiers très très proches. Et c'est très exactement en 1958, que d'un coup, tout a changé. La prostitution a été interdite par la loi et aujourd'hui, on ne peut plus mélanger les deux mondes.”

Des difficultés de recrutement
Peu de jeunes filles sont tentées aujourd’hui par ce métier, la difficulté de la formation, et surtout la très forte demande, exigent d’elles un véritable sacrifice. “Nous sommes toujours en manque de sommeil, témoigne Miroko, apprentie chez madame Kawamura, les journées sont très longues. Il me reste encore six mois avant d’avoir acquitté ma dette, mais, au final je ne sais pas encore si je vais rester geiko, je vais prendre le temps de réfléchir."

Autrefois, les geikos étaient issues de familles pauvres. Incapables de les élever, les petites filles étaient vendues dès l’âge de sept ou huit ans à des écoles qui se chargeaient de leur formation.
Le Japon très attaché à ses arts traditionnels, dispose aussi de toute la technologie du monde occidental, on comprend mieux pourquoi les jeunes filles hésitent à investir ainsi plusieurs années de leur vie pour ensuite mener une existence de gardiennes de la tradition... Les mêmes questions se posent aujourd’hui pour les écoles de sumo qui exigent de leurs élèves la même totale abnégation.

 

 


Satomi, française d’origine, mais japonaise d’adoption a choisi de devenir geisha, elle explique que les occidentaux ont tendance à réduire le rôle des geisha à celui de prostituées de luxe:
“La prostitution n’est pas légale au Japon, mais elle est tolérée. Quand un homme ne cherche que du sexe tarifé, il ira plutôt dans ce qu’on appelle un "soap land", ce qui est tout simplement un autre nom pour les bordels. Il y est possible de payer une fille pour un frotti-frotta ! C’est de là que vient le nom de "soap land" pour ces établissements. Il y a bien sur d’autres options possibles et une session y dure environ deux heures pour un prix de 400 dollars. C’est le genre de travail que peut faire n’importe quelle fille pourvu qu’elle soit “saine”.
La geisha a un rôle plus complexe, auprès des hommes comme des femmes. Ce qui l’oblige à suivre un entraînement rigoureux dans la maîtrise d’arts tels que la cérémonie du thé, la danse, la musique , la poésie et tout ce qui peut contribuer à divertir ses clients. La maiko, apprentie, est habituellement engagée pour des dîners de groupes, alors que la geisha a affaire à des clients plus privilégiés avec lesquels ses rapports sont d’ordre nettement plus privés. Ce qu’elle fait derrière des portes closes ne regarde qu’elle. Il en va de même pour les hôtesse ou les secrétaires… un peu d’heures supplémentaires !”


Satomi raconte son itinéraire: “J’ai vécu quelques années au Japon dans mon enfance et je suis fascinée depuis toujours par leurs arts traditionnels. Ca fait maintenant six ans que j’y suis retournée pour travailler au consulat de France en tant que traductrice et enseignante. J’avais une amie maiko, par le biais de laquelle je pensais naïvement pouvoir obtenir des informations et peut-être travailler comme geisha le week-end. C’est alors que j’ai commencé à découvrir les règles qui régissent le rôle de la geisha. On m’a fait comprendre que je ne pouvais y adhérer. J’ai donc commencé à étudier la musique et la danse par moi-même, tout en perfectionnant mon japonais. Je me suis retrouvée involontairement dans ce rôle suite à l’invitation d’un collègue du consulat à une soirée où j’ai rencontré les bonnes personnes et pu tester mes charmes. Le bouche à oreille jouant en ma faveur, il ne m’a pas fallu longtemps pour que l’on me présente des businessmen en voyage d’affaire avec qui je suis restée en contact, ce qui me permet de travailler presque partout où je me déplace.
Satomi propose ses services à partir de 2500$, sans les frais de déplacements...
http://tokyolovedoll.free.fr/default.htm

 

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L'art d'aimer Nippon

Ce délicat dessin d'Utamaro (1753-1806) montre un couple d'amants dans une scène romantique. La femme joue de la flûte et son compagnon chante tantôt bouche ouverte, tantôt bouche fermée. Il s'agit d'une subtile métaphore qui évoque le plaisir qu'elle éprouvera à sucer le sexe de son amant, avec sa bouche ou son vagin, et celui qu'il éprouvera à combler ces "vides". Leurs mains libres sont tendrement enlacées en signe d'amour...

 

Ici et Là-bas

Soulever la question des geishas, c’est parler de ce qu’on ignore, qu’il nous faut imaginer totalement.
Cette terre locale que l’on entraîne sous nos pas en voyageant, oblige à retirer nos souliers d’occidentaux pour pénétrer la culture orientale, comme on se déchausse naturellement au Japon, avant d’entrer dans une maison où est prévu ce sasse, entre extérieur et intérieur, ici et là.

Ici nous savons qu’une geisha n’est pas une prostituée.
- Là-bas on parle d’art, sa vie lui étant consacrée.


Ici, on se plait à juger trivialement qu’il s’agit tout de même d’un commerce du sexe.

- Là-bas, valeurs esthétiques et valeurs religieuses ne sont pas choses différentes. En fin de compte, elles ne font qu’un pour les japonais.


Ici, le corps séparé de l’esprit, ne peut exprimer ses pulsions que dans le champ du péché coupable.
- Là-bas, corps et âme sont liés. On ignore la culpabilité parce que le sexe est élément considéré clairement inscrit dans la nature en elle-même.

dessin attribué à Kuniyoshi (1797-1861) qui met en scène Mumebobo et son mari.

Le nom de la femme signifie que son vagin a la forme d'une fleur de prunelier. L'ensemble évoque un poème "O bonheur, une gracieuse silouette t'attend sur le pont; amoureuse créature pareille aux cerisiers d'Onoyé lorsqu'ils sont en fleurs; Izanami et Izanagi (les deux divinités shintoïstes créatrices de l'univers) se rejoignet sur le pont jeté sur le ciel.

Désir, puissance

Ici, notre psychologie balourde et rigide présuppose la représentation du désir dans une tension offensive et gaillarde de toute puissance, une espèce de mouvement autoritaire qui assaille dans les fantasmes jusqu’aux pulsions de viol, comme pour conforter la culpabilité du plaisir convoité.
- Là-bas, le sexe est ouverture mystérieuse illustrée par le féminin, tel un principe de participation à la vie. Comme nous l’indique Heidegger, « ce qui arrive par l’ouvert pour l’homme, de toute éternité, c’est le monde ». Aussi, toute pratique érotique est-elle envisagée comme une libération de l’âme et du corps ayant à prendre le large dans des plaisirs voluptueux, qui permettent de rejouer une sorte de renaissance.

Dès lors, tout est contenu dans la forme.
Il existe de fait un Art de l'érotisme au Japon, une tradition, un travail de la figure ancré dans la mémoire et dans le temps.

 

 

Dessin d'Utamaro, la courtisane joue du Shamizen et chante une chanson lascive tandis que son client la pénètre...

 


La geisha incarne la féminité dans ce qu’elle a de plus mystérieux à l’intérieur, qu’elle se propose de jouer en surface.
Car la féminité est en soi pure création subjective et culturelle. En ce sens, elle s’annonce « au pays du soleil levant » comme un artifice, soit le produit d’un art, lequel par définition, n’est pas spontanément apparu dans la Nature. Pour autant, la Nature est la source transformée humainement avec art.
Néanmoins, parler d’artifice revient aussi à tutoyer le superflu, l’inutile, le tapageur, le futile, le tape-à-l’œil… En ce sens, la féminité vécue comme une création d’artifices, va t-elle user d’un apparat donné à voir, une sorte de faire-valoir conceptuel qui régit tout ce qui a trait au désir et indique une manière d’aborder l’érotisme, en tant que manière de vivre esthétique et artistique s’inscrivant dans le temps.
Au lieu d’une féminité provocante immédiatement comme ici en occident, a contrario elle se vêt là-bas, d’une foule d’artifices sauvegardant tout son mystère dans une grande pudeur.

Dessin d'Utamaro d'une femme heureusement satisfaite. La beauté idéale du visage laisse présager une idéale volupté...

Faire de sa vie un art

Cela sous-tend un réel apprentissage pour devenir geisha, et faire de sa vie un art. Le choix nommé ouvre alors une voie :


*Mettre son corps et sa vie dans la volonté de servir l’art de l’érotisme.
*Considérer son corps et sa vie comme monnaie d'échange.
*Offrir son corps et sa vie en sacrifice pour figurer un art de vivre.


Apprendre par le corps, est une notion fondatrice au Japon.
Cette valeur vient à nous peu à peu, par l’usage des arts martiaux. Il s’agit du rapport à la transmission dont chacun est un possible passeur. Le corps n’étant pas traité comme un objet indépendant, il fait partie de la personne qui s’investit et s’engage à tenir un rôle, à se fondre dans une fonction, comme au Japon on a coutume de construire son identité. On s’élève d’un statut en maîtrisant jusqu’à la perfection une figure au point de la faire sienne et même de la récréer.

Ce dessin d'Utamaro montre une femme qui vient de sortir de son bain et dont la peau est douce et le sexe accueillant , comme le préconisent les manuels de sexe... L'homme se félicite et se délecte de ses fragances...

 

La geisha n'est pas une femme soumise

Devenir une geisha s’inscrit donc dans cet élan culturel signifiant, sans référence à une quelconque soumission. Au contraire !
Là-bas, aux antipodes de notre propre culture, on pense ainsi :
Celui qui pourrait faire de soi-même un vide
où les autres pourraient librement pénétrer
deviendrait maître de toutes les situations

Citation
Au plus lointain, déjà en Chine, il était dit :
«  L'art de la chambre à coucher constitue la somme des émotions humaines, il renferme la Voie Suprême. Aussi les sages de l'antiquité ont-ils réglés les plaisirs extérieurs afin de réfréner les passions intérieures. Celui qui sait régler son plaisir charnel se sentira en paix et atteindra un grand âge. Les anciens ont donc étudié et commenté le plaisir sexuel afin de régler par là toutes les affaires humaines et de se conformer à la nature des choses et des êtres. »

Dessin d'Utamaro, scène de séduction

 

 

 

 

 

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Bibliographie

Nelly Arcan , Putain, Le Livre de Poche, Paris, 2002


Erica-Marie Bénabou, La Prostitution et la police des mœurs au XVIIIe siècle, Perrin, 1987


Jean Bottero, Mésopotamie Editions Gallimard, Paris, 1987


Guy Breton, Les beaux mensonges de l'histoire, Editions du Pré aux clercs (1999)


Elizabeth Coquart, Marthe Richard, Payot, Paris, 2006


Alain Corbin, Les Filles de noce. Misère sexuelle et prostitution au XIXe siècle, Aubier, Paris, 1978.


Alexandre Dumas, La dame aux camélias, Le Livre de Poche


Alexandre Dumas, Filles Lorettes et courtisanes, Flammarion, 2000


Havelock Ellis, La prostitution, Editions Mercure de France


Roger Duchêne, Ninon de Lenclos, Editions Fayard, Paris


Michel Foucault, Histoire de la Folie, Editions Gallimard, Paris, 1961


Arthur Golden, Geisha, Editions JC Lattès, 2006


Jean-Luc Hennig, Grisélidis courtisane, Editions Albin Michel, 1981 


Natacha Henry, Marthe Richard, L'aventurière des maisons closes, éd. Punctum (2006)


Claude Mossé La femme dans la Grèce antique, Paris, Albin Michel, 1983.

Philippe Pons D'Edo à Tokyo, Editions Gallimard, Paris 1988

Pascal Quignard Le sexe et l'effroi, Editions Gallimard, Paris, 1999.


Grisélidis Réal Le Noir est une couleur, Balland,l 974, puis Editions d'En-Bas, 1989, Lausanne.


Grisélidis Réal La Passe imaginaire, Manya et Presses Pocket, 1992,


Jacques Rossiaud, La Prostitution médiévale, Editions Flammarion, Paris, 1988 


Emile Zola, Nana, Le livre de Poche

 

 

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