accueil
Google
mise à jour le 4/12/07

à quoi sert le plaisir sexuel?

 

Dessin au trait de Catherine Cisinski

S'interroger sur le sens du plaisir nous conduit à réfléchir sur l'autorisation d'y parvenir. Sommes-nous soumis aux interdits d'une religion, d'une culture? Certaines idées reçues ou fausses croyances s'interposent-elles pour nous empêcher de l’atteindre ?


«Hâtons-nous de succomber à la tentation, avant qu'elle ne s'éloigne.»
Disait le célèbre philosophe Epicure (342/270). Sa position a été longtemps l'objet de la haine des Chrétiens qui adoptèrent facilement les thèses platoniciennes méprisant le plaisir et valorisant la souffrance. Le symbole attribué à Epicure est un ravissant petit cochon qui évoque la gourmandise et la jouissance. Mais qu'on ne s'y trompe pas, l'épicurisme n'est pas une théorie laxiste qui autorise toutes les dérives mais suppose au contraire un discernement avisé dans les choix existentiels. Pour Epicure, le bonheur ne peut s'atteindre que si l'on sait faire la différence entre nos désirs essentiels et nos envies superflues. Jouir de satisfaire nos désirs essentiels nous place donc sur la voir du Bonheur. Les épicuriens ne craignent ni les dieux, ni la mort, et s'efforcent de puiser dans «l'ici et maintenant» une dimension jubilatoire de la vie.

 

rédaction: Patrice Cudicio, Médecin Sexologue

Catherine Cudicio, Psychanalyste

coordination : Sofia Hudic

 

Citation

"Au galop, jouir, vivre! Nous sommes mortels"

Isabelle Sorente "L" (éditions J'ai Lu, 2003)



Le plaisir demeure suspect aux yeux des bien pensants: montrer sa joie, son bonheur n'est pas «correct» en regard d'une posture hypocrite qui valorise à l'extrême le malheur et les souffrances. Ces opinions se fondent sur un clivage entre l’âme et le corps, entre la raison et la passion, et donnent la suprématie à l’intellect, reléguant le corps aux basses oeuvres. Ces tendances très majoritaires dans le Christianisme et d’autres religions monothéistes ont longtemps imposé l’idée que l’homme était supérieur à la femme, précisément parce qu’il était supposé faire davantage usage de sa raison, alors que la femme aurait eu le monopole du cœur, mais aussi du corps.


 

 

Questions
Selon vous, à quoi sert le plaisir ? Choisissez l’une des réponses ou classez-les selon l’importance que vous leur attribuez.


1-Le plaisir c’est le sens de la vie, sans lui, la vie ne vaut rien.
2-Le plaisir sert avant tout à se détendre, à oublier les soucis, les contraintes.
3-Le plaisir c’est le moyen que la nature a trouvé pour obliger les humains à avoir des rapports sexuels et donc, il participe à la survie de l’espèce
4-Le plaisir sert à renforcer les liens affectifs et amoureux, sans plaisir une relation n’a aucun sens.
5-Le plaisir sert à vivre heureux.

 

 


Le plaisir et le sens de la vie


Si vous placez cette réponse en tête de votre classement, c’est que vous vous reconnaissez dans une philosophie hédoniste. Vous ne vivrez qu’une seule fois et donc, vous devez en profiter pour faire que votre vie soit la plus épanouissante et la plus jubilatoire. Cette tendance est à l’opposé de bien des courants de pensées. Pour la psychanalyse, l’être humain est le terrain de jeu de forces antagonistes qui le tourmentent sans cesse ; s’il s’écoutait, il irait spontanément vers le plaisir, mais son « surmoi » s’acharne à lui faire prendre conscience de ses erreurs, à le culpabiliser du moindre bonheur. Pour la morale judéo-chrétienne, c’est un peu pareil, Freud n’a fait que chausser les spartiates des précédents censeurs. La notion de péché, et pire encore celle de la malédiction originelle pèse de tout son poids sur les aspirations au bonheur, à la connaissance, au plaisir.


Pourtant, en examinant de plus près ce qui motive nos comportements et nos décisions, nous pouvons penser que le plaisir en est le principal moteur. Il y a même une certaine jouissance à se priver de plaisirs, puisque cela nous fait apparaître sous un jour plus héroïque…
Si le plaisir est le sens de la vie, cela veut dire qu’on s’applique à l’atteindre et cela dans tous les domaines. Le plaisir des sens, concerne autant la vue, que l’ouïe , le goût ou le toucher. On peut donc apprendre à jouir davantage de ses sens par une éducation au plaisir qui aura pour but de développer la sensibilité, la réceptivité et l’aptitude à exprimer ses émotions…


On est très loin déjà de l’éducation dite sexuelle ! Comprendre le plaisir comme une sorte de chemin de vie, c’est s’ouvrir vers des dimensions artistiques aussi bien comme amateur, que comme créateur.
Faire croire aux gens qu’ils peuvent faire de la musique comme des « pros » sans éducation musicale est une imposture au même titre que de faire miroiter des joies sexuelles extatiques à des personnes qui n’ont même pas encore éveillé leur désir d’expérience en ce domaine.

 

 


Le plaisir et le bonheur


Si vous avez choisi la réponse 5, vous vous situez dans une inspiration voisine de la réponse précédente, excepté que le plaisir s'envisage alors comme un des éléments du bonheur, et non suffisant en soi. Votre position est plus restrictive, et tend à situer le plaisir et le bonheur sur des plans différents.
Il est assez intéressant d’observer que des philosophes qui ont beaucoup écrit sur le bonheur, se sont souvent mis prudemment à l’abri du plaisir …Les oeuvres d'André Comte Sponville en témoignent...
Dès qu’il s’agit de sensualité, et de sexualité, la bien pensance sépare le plaisir du bonheur, présenté comme quelque chose de global, impalpable et fugace. Ne dit-on pas qu’on est seulement conscient du bonheur quand on le perd ? Depuis des siècles, les philosophes et les religieux s’appliquent à montrer que le bonheur ne dépend pas du plaisir (matériel). S’affranchir de la tyrannie des sens est présenté comme une voie d’accès au bonheur suprême…
Même si le plaisir n’est pas le but mais la conséquence d’une relation amoureuse, c’est lui qui en révèle toute la saveur.

 

Le plaisir et la qualité de la relation


Si vous avez préféré la réponse 4, vous pensez que le plaisir sert la qualité de la relation. Et en effet, que serait une relation sans plaisir? L'absence de plaisir représente l'une des plaintes les plus fréquentes en sexologie. La qualité de la relation exige un important investissement personnel de la part de chaque partenaire; le plaisir vient couronner cet effort, plus on donne de soi et plus on est récompensé.


Le plaisir et la qualité de la relation se lient indissociablement quand on atteint l'équilibre entre «prendre» et «donner» . La sexualité qui demeure pulsionnelle et compulsive, n'entre que dans la logique «prendre», c'est d'ailleurs tout à fait visible dans certaines expressions comme «prendre son plaisir», «en profiter», «se faire» quelqu'un ou mieux encore le (la) «posséder». Dans cette logique, les partenaires sexuels jouent un jeu qui évoque la relation entre la proie et le prédateur. L'homme séducteur et machiste qui «tombe» les filles, comme la femme qui «allume» les hommes, s'inscrivent dans ce parcours. Vu sous cet angle, le plaisir demeure totalement centré sur soi, l'autre se voit facilement traité en objet…de plaisir.


Dans la logique «donner», c'est tout autre chose, l'homme amoureux s'applique à «donner» du plaisir à sa (son) partenaire, son propre plaisir est amplifié par la jouissance de l'autre. La femme amoureuse prodigue les caresses les plus voluptueuses qui conduiront son (sa) partenaire au sommet de son désir.
Mais, ne soyons pas dupes! Donner du plaisir est une façon de prendre le pouvoir sur l'autre, et, si on prend un peu de distance pour étudier les choses, on a vite fait de comprendre qu'aucun homme ne peut «donner» du plaisir à une femme, il faut d'abord qu'elle s'autorise à en vivre l’expérience.

 

 

Témoignage
Audrey 28 ans témoigne


"Depuis que j’ai quitté mon ami, je n’arrive plus à avoir ni plaisir et encore moins d’orgasmes avec mon nouvel ami. Pourtant, je n’ai vraiment rien à lui reprocher, il est même nettement plus expert que mon « ex » ; pire encore, je suis très amoureuse, et je me sens complètement nulle…"


Cette situation a pris fin dès qu’Audrey a compris qu’elle s’interdisait d’avoir du plaisir avec un autre que son « ex ». Ils s’étaient quittés, mais, tout se passait comme si elle n’en avait pas fait son deuil.

 

Le plaisir au service de la survie de l’espèce


Si vous privilégiez la réponse 3 c'est que vous pensez que la nature a inventé le plaisir sexuel pour favoriser le désir d'avoir des rapports et donc, par conséquent de jouer dans le sens de la procréation. Cette idée n'est pas nouvelle, si on considère le plaisir comme une récompense, on admet facilement que l'humain va chercher à renouveler aussi souvent que possible cette extraordinaire expérience. Qui, plus est, il aurait tendance à rechercher les partenaires avec lesquels il obtient le plus de plaisir… La stabilité des couples ainsi formés pourrait donc constituer des conditions favorables au développement de la progéniture.
Pourtant, de nombreux chercheurs contestent cette hypothèse, en affirmant, pour les plus radicaux que l'instinct sexuel n'existe chez les humains, qu'en fait, toute la sexualité serait un pur produit culturel… D'autres, modèrent cette position et soutiennent que le plaisir sexuel travaille dans le sens de l'attachement.
Cependant, si le plaisir sexuel a eu un rôle dans l’évolution de l’homme, nous ne pouvons à l’heure actuelle avancer aucune interprétation scientifiquement établie.

 

Le plaisir, outil naturel d’apaisement


Vous avez choisi la seconde réponse, car le plaisir vous apporte une détente précieuse dans votre vie quotidienne. Le plaisir, nous le savons, apaise les tensions; la sécrétion d'endorphines qui l'accompagne joue un rôle anxyolitique important. Le plaisir ne se limite pas à résoudre les tensions du désir sexuel, mais aussi les soucis, les contrariétés, et le stress.
L’orgasme met en jeu de nombreux éléments, tout le corps participe, de plus il s’effectue sous la forme d’une exonération, l’éjaculation de l’homme, les contractions involontaires de la musculature périnéale de la femme. Symboliquement, et physiquement, il y a bien une expulsion. En même temps que jaillit le sperme par saccades, ce sont aussi les tensions qui s’échappent… Les anciens croyaient en une symétrie parfaite des organes sexuels mâles et femelles, les premiers étant extérieurs, les seconds intérieurs, ils imaginaient aussi que la femme avait une éjaculation et que c’était le mélange de ces émissions qui créait les conditions favorables à la procréation.
Aujourd’hui on sait que les choses ne sont pas aussi simples, mais, les effets bénéfiques du plaisir sont si nombreux, que l’on pourrait formuler l’hypothèse suivante.


L’orgasme en libérant les tensions accumulées dans l’organisme effectue une sorte de « redémarrage » de l’ensemble.
Le plaisir sexuel serait donc naturellement bénéfique à l'ensemble de l'organisme, et permettrait à son issue de retrouver un fonctionnement optimal.

Lire la suite