| 
Repères historiques
Le mot “pornographie” vient du grec (pornographia, “porné”
désigne la courtisane, la prostituée, et grafein est un
verbe qui signifie “écrire”). Au XVIIIe siècle
et XIXe siècle, le mot “pornographie” s’applique
à des travaux, souvent très sérieux, visant à
réglementer l’activité des prostituées, et
celle des lieux de leur exercice. En 1769, l’éditeur français
Delalain publie un ouvrage de près de 400 pages attribué
à un anglais, Lewis Moore, c’est en réalité
Nicolas Restif de la Bretonne qui en est l’auteur. Ce livre, intitulé
le Pornographe rassemble “les idées d’un honnête
homme sur le projet de règlement des prostituées”
et propose une réforme complète de la prostitution. On y
trouve une curieuse nomenclature de ces professionnelles et les statuts
que la Reine Jeanne de Naples aurait donné en 1347 à un
lieu de débauche situé en Avignon. Restif de La Bretonne
est considéré comme un auteur de textes pornographiques,
car ses écrits se veulent en rupture avec l’hypocrisie ambiante
du 18ème siècle, et utilisent pour cela un vocabulaire réaliste.
Par son étymologie, le mot pornographie désigne aussi la
représentation explicite de l'acte sexuel: images, vidéos,
mais on ne peut exclure d’autres formes comme les écrits
et les chansons. La pornographie a pour but de provoquer et stimuler l'excitation
sexuelle en exposant les actes sexuels au yeux et aux oreilles d’un
public le plus souvent masculin. Le mot “prostitution”, d’origine
latine, évoque le fait d’exposer, de mettre en avant aux
yeux du public. Dans l’antiquité, la prostituée est
celle que tout le monde peut voir, tandis que les autres femmes demeurent
hors de la vue du public, soit confinées dans leurs maisons, ou
strictement voilées lorsqu’elles en sortent.
Il semble que les représentations explicites du sexe comme de l’acte
sexuel fassent partie intégrante de la culture humaine. Certains
vont même jusqu’à affirmer que l’on observe dans
le monde animal, et notamment chez les primates, certaines conduites sexuelles
présentes elles aussi dans la pornographie. Et de citer le cas
où un singe mâle dominant, copule avec une femelle sous le
regard des autres mâles qui se masturbent énergiquement.
Prétendre que la pornographie est une invention récente
comme certains le pensent, c’est oublier que, de tout temps ont
existé des représentations explicites de l’activité
sexuelle, dont le but n’est pas de révéler les secrets
des mathématiques appliquées, mais bien de stimuler sexuellement.

Antiquité
|
Dans
l’antiquité, on découvre des représentations
explicites du sexe très nombreuses et très variées,
celle-ci a été trouvée à Pompei dans
une maison particulière, elle représente un couple
faisant l’amour. Ce qui classe d’emblée ce tableau
dans le genre érotique ( à l’époque de
sa découverte, il était qualifié de pornographique),
c’est la posture où la femme domine, ce qui dans les
moeurs antiques n’est pas le fait d’une épouse
“comme il faut”, ni celui d’un époux bien
conforme à son rôle en regard des critères de
l’époque.
Signalons au passage que les tableaux et les objets à caractère
sexuel découverts au XIXe siècle à Pompéi
ont été très rapidement enfermés au
musée de Naples. L’entrée du “cabinet
secret” était interdite alors aux femmes, aux enfants,
aux pauvres et aux personnes âgées.
La culture antique, égyptienne, grecque et romaine, fait
un usage important des représentations sexuelles, et notamment
du sexe de l’homme. Un culte est rendu à des divinités
comme Dionysos (Bacchus), Osiris, qu’on célèbre
dans des temples, et auxquelles on prête un certain nombre
de pouvoirs, comme la virilité, la vitesse, le courage, la
force, etc... Le bronze ci-dessous représente un phallus
ailé, en forme de lion également doté d’un
sexe, d’une queue et de pattes, il est orné de clochettes.
Certains cultes, ou mystères sont accomplis avec des pratiques
sexuelles collectives. Culte d’Isis, de Mithra (ancêtre
d’Aphrodite), et mystères d’Eleusis. |
|
haut
de page
| Dans l’Antiquité
grecque, le banquet appelé
aussi “symposium” se termine par une beuverie orgiaque.
Alors que les femmes et les jeunes se retirent de la salle, entrent
les joueuses de flûtes, courtisanes et musiciennes qui mettent
leurs talents au service des convives.
La sexualité fait partie de la vie, elle est souvent représentée
de façon réaliste et n’est pas culpabilisante,
c’est le christianisme qui va pour longtemps lier le sexe
au péché. Ce qui auparavant semblait naturel, agréable
et désirable va devenir bientôt sous l’influence
des pères de l’église, obscénité,
faute, et péché originel.
Dans son livre “ Traité
d’Athéologie”, le philosophe Michel
Onfray explique l’origine de la haine à l’égard
de la femme par les grandes religions monothéistes. C’est
ce refus du plaisir, ce déni des corps qui paradoxalement
va transformer la représentation du sexe en pornographie.
Ci-dessous, fresque découverte à Pompéi, dans
la maison dite du Centenaire.
Dans l’antiquité, la représentation du sexe
demeure toujours réservée à l’espace
privé et aux lieux de plaisirs. Peu à peu, au fil
des siècles l’Eglise parviendra à amalgamer
le sexe (surtout celui des femmes) et le diable. Aujourd’hui
encore, le rayon érotique d’une bibliothèque
se nomme un “enfer”.

|
Au Moyen-âge comme à
la renaissance, la pudibonderie
et l’hypocrisie ont gagné du terrain. Si l’on
continue à pratiquer les plaisirs charnels, c’est
avec un sentiment de culpabilité, et leurs représentations
comme leur évocation littéraire et poétique
se dissimule dans la clandestinité.
Au 15ème siècle, on voit refleurir des oeuvres littéraires
mettant en scène la sexualité dans une ambiance
résolument tournée vers la recherche du plaisir
et l’exacerbation du désir. Jean Boccace, (Giovanni
Boccaccio, écrivain italien né en 1313 à
Certaldo ou à Florence, mort le 21 décembre 1375
à Certaldo) compose entre 1348 et 1358 le texte intitulé
“Décameron” et dont, à partir de certains
épisodes, le cinéaste italien Pier Paolo Pasolini
fera un film en 1971. Cette oeuvre rend compte de l’expression
d’une sensualité qui se caractérise par sa
candeur et sa crudité.
Boccace a un ami fidèle en la personne de Francesco Petrarca
ou Pétrarque (érudit, poète et humaniste
Italien né le 20 juillet 1304 - décédé
le 18 juillet 1374). Avec Dante, ils sont considérés
comme les pères de la Renaissance.
Ces auteurs partagent une passion pour l’Antiquité
grecque et romaine, ils s’appliquent à en retrouver
la ferveur et le goût du savoir.

Laura et Francesco
|
haut
de page

Au 16e siècle,
Un autre auteur italien naît
en 1492, l’année même où son compatriote
Christophe Colomb découvre les Caraïbes, il s’agit
de Pierre, dit l’Arétin. Il mène une vie un
peu aventureuse qui lui vaut d’être banni d’Arezzo,
sa ville natale. Il se retrouve bientôt à Rome, protégé
d’un riche mécène. Il ne tarde pas à
se faire connaître par des écrits satiriques: les
Sonnets Luxurieux illustrés de gravures pornographiques
de Giulio Romano,(1499-1546), l’un des élèves
préférés du Grand peintre Raphaël. Ces
facéties le discréditent gravement auprès
du pape Léon X.
 |

Illustration d'Agostino
Carracci
|
|

En France,
A la même
époque, François Rabelais (né à La Devinière,
près de Chinon, Indre-et-Loire, vers 1493 ou 1494 –
décédé à Paris, en Avril 1553) médecin
et écrivain s’inscrit dans le mouvement humaniste et
lutte avec ardeur pour l’avancée des connaissances
dans un idéal forgé sur la pensée de l’Antiquité.
L’oeuvre littéraire de Rabelais est rédigée
en français et non en latin comme le voulait la coutume.
Rabelais décrit avec un langage cru, hyper réaliste,
un insatiable appétit de vie dans toutes ses dimensions intellectuelles
autant que charnelles et sexuelles. Comment s’étonner
alors de voir son oeuvre mise à l’index?
Au siècle
des Lumières
« La dépravation suit le progrès des lumières.
Chose très naturelle que les hommes ne puissent s'éclairer
sans se corrompre. »
Nicolas Restif de la Bretonne - Le pornographe
Un amalgame est établi entre l’acquisition du savoir
et la corruption de l’âme. C’est le principe du
péché originel. Le démon tentateur vient offrir
à Eve la liberté de penser par soi-même, mais
la facture est lourde...
Au siècle des Lumières, le libertinage se pratique
couramment, mais doit demeurer secret. Montesquieu, et Voltaire
s’appliquent à contester l’autorité absolue
du pouvoir et à valoriser l’utilisation de l’intelligence
dans la quête du savoir et de l’autonomie. Des textes
plus ou moins licencieux circulent sous le manteau, à commencer
par ceux de Nicolas Restif de la Bretonne (1734-1806), peu intéressants
au plan littéraire, et finalement plutôt moralisateurs.
Le plumitif brille davantage par son orgueil que par son talent.
Il imite Jean-jaques Rousseau et se proclame comme de loin supérieur
à son modèle... |

Gravures d'Agostino Carracci
1557-1602

|
haut
de page


manuscrit d'une
pièce de théâtre du Marquis de Sade |
Au
XVIIIe siècle, Donatien Alphonse François de Sade,
1740-1814, écrivain français, philosophe et libertin
produit des oeuvres qui seront immédiatement mises à
l’index. Il utilise la pornographie et la violence qu’il
mêle à un discours philosophique les justifiant. Ce
personnage sulfureux passera une trentaine d’années
de sa vie en prison, à cause de ses inconduites et de ses
écrits.
L’oeuvre du marquis de Sade marque profondément l’univers
de la littérature comme de la philosophie. De nombreux intellectuels
se livrent à des lectures savantes de ses écrits,
mettant en exergue sa quête de liberté et son rejet
des signes de l’autorité. Les romans de Sade mettent
toujours en scène des personnages qui représentent
l’ordre établi, magistrats, religieux, notables, et
il les dépeint dans leurs turpitudes les plus obscènes
et les plus cruelles.
Richard Freiherr von Krafft-Ebing (1840-1902) médecin pionnier
de la Sexologie, et auteur d’un traité des perversions
sexuelles (Psychopathia Sexualis), crée le terme “sadisme”
pour décrire les perversions dont le célèbre
Marquis s’est fait le champion. |

Au XXe siècle,
La pornographie ne s’arrête pas pour autant, comme
en témoignent les enfers des bibliothèques. L’éditeur
Jean-Jacques Pauvert, qui s’est spécialisé
dans la publication de la littérature érotique possède
un immense catalogue d’écrits divers, allant de la
plus pure poésie amoureuse, à sa description la
plus crue. Les années 70, marquent le début d’une
période beaucoup plus tolérante à l’égard
de la sexualité. Mais, cela ne dure guère. En France,
notamment, le climat de libération des moeurs permet l’émergence
de diverses publications, petites annonces explicites, clubs échangistes,
et surtout cinéma X. On pouvait imaginer que cette libération
allait fournir un cadre propice à une création artistique
de qualité, pourtant, cela ne s’est pas confirmé,
au contraire, le cinéma X a été remis au
placard, lourdement taxé, et a continué de produire
des films d’une indigence extrême.
Actuellement, La photographie, le cinéma,
et surtout la vidéo sont aujourd’hui à la
portée de tous et notamment grâce à l’Internet.
La pornographie, longtemps confinée dans la clandestinité,
s’affiche désormais un peu partout, sans qu’on
puisse affirmer pour autant que nous vivions dans une époque
libertine. Certains mouvements, comme les gays revendiquent la
pornographie comme une part représentative de leur culture.
Des clivages importants dans les mouvances féministes font
apparaître des avis fortement opposés quant à
la pornographie. Des auteures comme Catherine
Millet, utilisent un style particulièrement cru pour
rendre compte de la sexualité, de représentations
explicites, on passe parfois à des représentations
hyperréalistes. Ni les unes, ni les autres, ne rendent
compte pour autant d’une sexualité épanouie
et jubilatoire, signe d’un réel projet hédoniste.
La pornographie
en tant que telle n’est donc pas une invention récente,
en revanche, le “problème” de la pornographie
a surgi du fait que, pendant des siècles, ces représentations
ne sortaient pas du cadre d’un “happy few” social.
Seuls les gens instruits ou riches pouvaient se procurer des livres,
des objets, des représentations graphiques pornographiques.
Quand, par l’accession à l’éducation
et aux media, tout un chacun s’est mis à “consommer”
de la pornographie, il est apparu comme une urgence absolue de
contrôler le phénomène.
Quels arguments seront-ils avancés
pour contrôler la production pornographique? Ou au contraire
pour refuser de l’interdire. Jusqu’où le censeur
peut-il aller? Que deviennent des valeurs comme la vie privée,
la liberté individuelle, la liberté d’expression
face aux censures qu’elles s’appliquent à la
pornographie ou à tout autre chose....
Catherine Cudicio
|
haut
de page
Erotisme et Pornographie
On prête généralement
à l’érotisme des qualités artistiques que l’on
n’attribue pas à la pornographie. Pourtant, il est permis
de se demander jusqu’où peut aller l’érotisme,
et où donc commence la pornographie.
Certaines oeuvres littéraires ou picturales dont le caractère
sexuel choquaient les bien pensants à l’époque de
leur production n’éveillent aujourd’hui qu’un
léger sourire, quand elles ne suscitent pas une interprétation
très différente. Le tableau ci-dessous, d’Anne-Louis
Girodet (1727-1824) intitulé “le sommeil d’Endymion”
(présenté en 1792) montre un homme nu, endormi dans une
posture d’abandon que certains jugent lascive, le sujet ne présente
pas de musculature apparente comme l’exige la norme de l’époque.
L’artiste, dont le talent est aujourd’hui incontesté,
passe pour incontrôlable, ses oeuvres exaltent les sentiments, et
surtout la sensualité.
Qualifier une oeuvre de pornographique ou d’érotique relève
davantage de critères moraux, ou idéologiques que de faits
objectifs, il est en effet difficile voire impossible d’assigner
des territoires précis à l’un ou l’autre genre.

La classification du CSA
Le Conseil Supérieur de
l’Audiovisuel, CSA, distingue quant à lui quatre
catégories d’oeuvres:
- Le “charme” qui interdit de représenter les
sexes sexuels masculins au repos ou en érection, les pénétrations
et la masturbation. Le côté “glamour”
ou “sexy” doit être souligné, mais on
ne voit pas très bien à quoi cela correspond précisément.
- Le genre “érotique” est autorisé à
représenter des scènes explicites pourvu que ce
soit en plan large, la caméra est placée de façon
à montrer l’image des corps en entier. Dans ce genre,
les fellations non simulées comme les cunnilingus sont
interdits. Mais peut-on montrer ces pratiques simulées?
Le censeur ne le précise pas.
- Les deux autres genres “Carré rose” et “Hard”
montrent tout ce que les autres excluent: gros plans, sexes en
érection, fellation, cunnilingus, pénétrations,
le tout non simulé, représenté de façon
explicite.
Pourtant, comme le fait remarquer Ruwen Ogien, des documentaires
médicaux ou éducatifs qui représentent des
rapports sexuels non simulés ne sont jamais classés
“Carré rose” ni “hard”...
L’érotisme, dans ses définitions habituelles,
est censé suggérer ce que montre la pornographie....
|
haut
de page

L'art
subtil de l'évocation sexuelle |
|
Est-il, possible que je sois
indifférent au spectacle de l’érotisme ?
Comment puis-je être excité par un programme aussi
extravagant que la pornographie ? Et si l’érotisme
et la pornographie nous mettaient en demeure d’identifier
les mécanismes déclencheurs de notre excitation
sexuelle ?
En tant que spectacle, l’érotisme procure l’étrange
sentiment d’être à la fois frustré et
privilégié dans la mesure où ce qui se donne
à voir est subtilement dosé et harmonieusement distillé.
Souvent considéré comme une expression stylisée
et artistique, l’érotisme évoque l’acte
plus qu’il ne le détaille, il montre les frémissements
du plaisir ressenti dans une sorte d’exhibitionnisme poétique
librement consenti par les protagonistes. Une ambiance particulière
tamise les effets et la nudité se profile au travers d’un
filtre qui tempère l’émotion et prolonge l’instant.
La pornographie se veut plus exhaustive et prétend montrer
l’acte sexuel dans son intégralité. La dimension
esthétique se trouve le plus souvent anéantie par
cette démarche souvent obscène dont le flux d’informations
dépasse de loin les compétences d’assimilation
du spectateur. L’objectif n’est plus de peindre les
visions, les réminiscences ni même de retranscrire
les fantasmes mais de faire le reportage objectif d’un passage
à l’acte scruté par l’œil implacable
du pornographe.
Pour distinguer l’érotisme de la pornographie il
semble donc nécessaire de situer une zone mitoyenne permettant
d’évaluer le glissement progressif d’un genre
à l’autre. L’expression pornographique délaisse
l’économie de moyen pour offrir au regard un traitement
quantitatif et répétitif de la scène en limitant
la prise en compte du caractère esthétique et poétique.
Certes, le mauvais goût s’invite volontiers dans une
œuvre érotique et n’est donc pas réservé
aux seuls pornographes. Mais que le style soit grotesque ou non,
il faut reconnaître que l’expression érotique
n’est pas donnée à n’importe quel amateur
ou amatrice. Car le genre érotique nécessite une
certaine justesse de ton et un sens de l’expression corporelle
qui échappe à la majorité des stars du x.
L’art subtil de l’évocation sexuelle reviendrait-il
à tenter l’expérience alchimique d’une
rencontre heureuse entre la sensualité érotique
et l’impudeur pornographique ?
Claude Boiocchi
|
haut
de page

|
|
Les dangers
de la pornographie
Il est de bon ton aujourd’hui
de présenter la pornographie comme un danger, les prises de positions
des pornophobes s’appuient sur différents arguments. L’écrivain
russe Alexandre Soliénitsine disait “On asservit mieux les
hommes avec la pornographie qu’avec des miradors.” Il est
permis cependant de s’interroger sur le bien fondé de ces
arguments.
|
Les
pornophobes pensent que la
pornographie diffuse une image dégradante de l’être
humain et surtout de la femme, montrée dans des situations
humiliantes et “exploitée” cyniquement. Son aliénation
étant d’autant plus forte qu’elle semble apprécier
le jeu... Poussé à l’extrême cet argument
va jusqu’à dire qu’une femme exposée à
la pornographie risque une atteinte grave à son identité
pouvant même endommager ses compétences citoyennes...
Les pornophobes voudraient
aussi interdire la pornographie aux jeunes ; ils découvrent
avec consternation que dès l’âge du collège,
les ados et pré-ados ont déjà quelque expérience
de la pornographie.
Il s’agit de prendre la défense des “faibles”,
parce qu’on imagine que, manquant de discernement et de réflexion,
ils pourraient être tentés d’imiter ce qu’ils
voient dans les représentations pornographiques. On trouve
souvent citée cette affirmation: “la pornographie c’est
la théorie, le viol, la pratique...” |
Les enquêtes sociologiques
Un récent ouvrage de Michela
Marziano, philosophe, et Claude Rozier, médecin sexologue,
Alice
au pays du porno, expose les résultats d’une
enquête menée auprès de lycéens à
propos de la pornographie. Les auteures utilisent un questionnaire
et des entretiens individuels, ou par deux. Elles dégagent
différents “portraits” d’adolescents,
garçons machistes, sexistes, filles soumises semblent les
plus répandus. Dans tous les cas de figure, les enquêtrices
mettent en exergue l’aliénation des jeunes et tentent
par leurs questions de faire émerger des réactions
de rejet vis à vis de la pornographie. Pourtant, dans leur
grande majorité, les jeunes ayant participé à
l’enquête, semblent tout à fait capables de
faire la distinction entre leur propre sexualité, celle
qu’ils désirent dans leur devenir d’adulte,
et ce que montre la pornographie. Certes, ils dissocient le sexe
des sentiments, comme c’est d’ailleurs le cas dans
les logiques qui prônent avant tout la fonction procréatrice
de la sexualité. Les auteures ne cachent pas leur prise
de position pornophobe, ce qui n’a pas manqué d’influencer
les réponses des ados interrogés. Pour aller plus
loin, on peut lire avec attention le questionnaire présenté
en annexe de l’ouvrage.
Le rapport Johnson
D’autres enquêtes
sociologiques méritent aussi qu’on s’y attarde
un peu, c’est notamment le cas du rapport commandé
par le Président des Etats Unis en 1967, et celui de la
commission Meese, commandée par l’administration
Reagan en 1984. Bien que cela date un peu, ses conclusions ne
manquent pas d’intérêt aujourd’hui.
Dans les deux enquêtes, trois questions étaient explorées:
- La pornographie accroît-elle les tendances au viol (effet
d’imitation “Monkey see, Monkey do”)?
- Existe-t-il une corrélation entre les agressions sexuelles
et l’exposition à la pornographie?
- Les agressions sexuelles et les viols sont-ils diminués
par la consommation de pornographie? (le consommateur soulage
ses tensions sexuelles, s’habitue et se désintéresse
de la pornographie...)
Pour le rapport Johnson, l’exploration des deux premières
hypothèses a montré que la consommation de pornographie
n’accroît pas les agressions sexuelles, et qu’il
n’y a pas de corrélation entre la tendance au viol
et la consommation de pornographie. Enfin, il semble que tout
au contraire, la pornographie diminue la tendance au viol et aux
agressions sexuelles.

La commission Meese
D’autres études
sont venues confirmer celle-ci; le profil des violeurs n’inclut
pas la consommation de pornographie, par contre, un milieu familial
violent, répressif, une éducation puritaine et misogyne
semblent des facteurs favorisant les conduites sexuelles agressives.
Mais, la commission Meese 1984-1986, établissait tout le
contraire. Six des onze membres de cette commission appartenaient
à des mouvements religieux, adversaires acharnés
de la pornographie, qui à la suite de l’évaluation
de leur enquête ont reconnu qu’ils avaient sélectionné
les témoignages en se basant davantage sur leurs intuitions
personnelles que sur des faits scientifiques.Dans
le domaine de la pornographie, il semble bien difficile de mener
une étude réellement objective. C’est d’ailleurs
très intéressant de constater à quel point
les “experts” manquent de discernement et explorent
les faits à la lumière de leurs croyances.
L'enquête de référence
L’enquête la plus sérieuse en ce domaine a
été menée au Japon sur une durée de
25 ans ( 1972-1995), par Milton Diamond et Manoa John A. Burns
“ Pornography, Rape and sex crimes in Japon” pour
l’International Journal of Law
and Psychiatry. Cette étude statistique a établi
qu’au cours de cette période de “libération”
sexuelle, les “crimes sexuels” n’auraient pas
augmenté, mais plutôt diminué, même
en tenant compte du fait que les victimes hésitent moins
à porter plainte. Des études similaires en Europe,
Allemagne, Suède, et Danemark ont abouti aux mêmes
résultats.
|
haut
de page

Faiblesse des
arguments pornophobes
Les positions pornophobes
insistent beaucoup sur le fait que la “dignité humaine”
serait menacée par la pornographie qui réduit les
êtres humains à des “objets”. Cette affirmation
nous renvoie au clivage classique entre érotisme et pornographie,
le premier devant suggérer ce que montre la seconde. C’est
en effet le “regard” pornographique dénué
de sentiments qui justifie l’accusation. Dans l’oeuvre
érotique, le spectateurs est censé avoir accès
à “l’âme” des personnages, tandis
que dans l’oeuvre pornographique, il ne dispose que de la
seule vue des corps le plus souvent segmentés.
Il s’agit de comprendre la faiblesse de l’argument et
d’en examiner l’enjeu. Chacun est libre de condamner
la pornographie, en raison de ses dangers, mais encore faut-il les
prouver. En revanche, il semble que les pornophobes cherchent davantage
à imposer une certaine idée de la sexualité,
la leur, au détriment d’autres représentations.
Pour y arriver, tous les moyens sont bons, à commencer par
ces accusations qui, si on cherche à les examiner de plus
près ne résistent guère à l’analyse.
Des victimes curieusement
culpabilisées
Sous prétexte de protéger les ados, et les femmes,
on n’hésite pas à les désigner non pas
comme des victimes, mais comme des coupables potentiels. La curiosité
des adolescents apparaît comme pathologique, voire même
délinquante quand il s’agit de la pornographie, mais
aussi de heavy metal, de rave et autres expériences tant
prisées... Les jeunes seront “pathologisés”
parce que leur représentation de la sexualité n’est
pas la “bonne”, et les femmes parce que la pornographie
ajoute une dimension incorrecte à leur identité susceptible
de les “dégrader”. Sus au serpent tentateur!
Voilà Eve renvoyée à ses fourneaux et à
sa marmaille... |

John B. Root, écrivain,
journaliste, et pornographe auto proclamé signait une lettre
ouverte en 2002 à propos des “dangers” de la
pornographie et de l’hypocrisie des médias et des politiciens
(es) . En voici un large extrait,
Consulter l'intégralité
des textes polémiques sur son
blog |
|
LETTRE OUVERTE
D’UN PORNOGRAPHE CONSTERNE.
“Jack Lang, en 82. Féroce et obstiné. 19 ans
plus tard, Ségolène Royale. Une fois, deux fois, revenant
à la charge. Puis, tout récemment, Dominique Baudis
puis Christine Boutin appelant le parlement à la rescousse.
Ils s’y mettent tous, à gauche, à droite, du
Figaro au Nouvel Obs. C’est l’hallali. « Pour
protég?er nos enfants », disent-ils tous. Ah bon ?
Les protéger de quoi ? De la guerre, de la famine, de la
brutalité, des maladies ? Non. Pour les protéger du
spectacle de l’amour physique. Présupposé de
leur sainte croisade : le sexe c’est sale, c’est dangereux
; la vue d’une caresse ou d’un accouplement est nuisible
à l’équilibre psychologique de nos têtes
blondes. Voici donc le nouvel étendard sacré : la
protection des jeunes générations. Il est bien, cet
étendard. On peut se cacher derrière. Celui qui ne
s’y rallie pas est forcément un anarchiste et un pédophile.
Haro sur le porno télévisé.
En 1999, dans « Porno Blues » Editions de La Musardine,
j’écrivais ça :
« ... Le X, tel qu’on le connaît, est le fruit
des enfants de 68, c’est un bien culturel précieux.
En 1975, Jean Royer, maire de Tours interdisant les pornos dans
sa ville soulevait des vagues d’indignation. Comme il est
loin ce temps-là... Et comme il faut être aveugle pour
croire, comme on le lit partout, que le combat contre la censure
et l’ordre moral a été gagné. Avez-vous
remarqué que jamais, depuis longtemps, la société
française n’a été aussi frileusement
réactionnaire face à la liberté des mœurs
?... Pierre Louÿs, Apollinaire, Georges Bataille, Tony Duvert,
Gérard Damiano seraient en prison s’ils proposaient
aujourd’hui ce qu’ils nous ont offert hier.... »
En 2002, on y est. Face au mur. Les censeurs haussent le ton, voyant
dans le nouveau gouvernement un allié de poids pour montrer
leur force. Et personne, en face d’eux, ne se lève
pour leur donner tort. Les plus modérés fuient le
débat en se disant : « Ben oui, c’est pas beau
la censure. Mais le porno, c’est pas terrible non plus. »
Ou bien : «C’est un combat truqué. Le porno,
qui est une entreprise commerciale et non pas artistique, profite
à des groupes de communication qui me sont antipathiques.
Si la disparition du porno à la télé fait du
tort à Canal, TPS, TF1 ou XXL, ça m’est égal.
» Ah bon ? Ca vous est égal ? Ca vous est égal
qu’un groupe de gens s’arroge le droit de décider
ce qui peut être vu ou non par leurs concitoyens ? Ca vous
est égal qu’on vous juge assez crédule pour
vous offrir, dans un même panier, des faits aussi disparates
que la criminalité des banlieues, le malaise des jeunes,
l’échec scolaire, l’augmentation du nombre des
divorces, des affaires criminelles (l’affaire Dutroux) et
qu’on vous dise que tous ces fléaux ont pour seule
cause le X mensuel de Canal ? Il ne vous semble pas que ce saisissant
raccourci est quelque peu démagogique ?” |
haut
de page
La misère culturelle est
le véritable danger de la pornographie

Karen sur le site
de John B.Root
|
Le véritable
risque de la pornographie, c’est celui de la misère
culturelle. Les ados qui grandissent dans des univers virtuels où
la télévision occupe une place démesurée,
donnent un sens particulier à leurs environnements relationnels
et conceptuels: ils sont déconnectés de la réalité
sensorielle, émotionnelle, existentielle. Alors, certaines
mentalités se développent: on est prêt à
tout pour passer à la télé et maintenir l’illusion
qu’on va devenir une “star”, comme par magie...
Comme le montrent
Michela
Marzano et Claude Rozier, l’apprentissage de la sexualité
s’effectue aujourd’hui davantage par la pornographie
que par les manuels de sexologie et encore moins par les travaux
pratiques. Or, la pornographie qui envahit Internet, est un leurre,
une imposture, elle vient s’ajouter à la liste déjà
fort longue des arnaques médiatiques. La pornographie en
tant que telle n’est pas dangereuse (de nombreuses études
le montrent), ce qui l’est bien davantage c’est la place
qu’elle prend dans la misère culturelle de ses spectateurs....
Au fond, en quoi la pornographie dérange-t-elle
vraiment? Il s’agit de la véritable question,
celle à laquelle les pornophobes évitent de répondre.
Nous devons admettre que, dans une société de type
démocratique, chaque liberté est assortie d’un
risque et ce que l’on permet aux adultes, les jeunes y ont
partiellement accès. Pour protéger totalement les
jeunes de la pornographie, il faudrait que les adultes montrent
l’exemple en y renonçant complètement.
Doit-on, au nom du risque zéro et du principe de précaution,
interdire aussi la vente de boissons alcoolisées, celle des
automobiles et des cyclomoteurs et de tout produit dont l’utilisation
présente un danger potentiel?
Protéger les jeunes de la pornographie a un coût, celui
de la liberté d’expression, et les choix éthiques
ne sont pas simples, faut-il légiférer en tenant compte
avant tout des conséquence potentielles ou bien en pratiquant
une sorte de respect inconditionnel de certains droits? Une réflexion
morale réaliste devra tenir compte de ces deux contraintes... |
haut
de page
Comprendre et dédramatiser
l’addiction

photo censurée
sur le
blog de John B.Root
La sexualité n’a pas fini d’être diabolisée,
on trouve aujourd’hui de très nombreux sites internet
qui prétendent décrire les méfaits de la
consommation de pornographie en utilisant pour ce faire un vocabulaire
médico-psychologique propre à engendrer encore plus
de malaise chez ceux qui font un usage régulier de “sexe
virtuel”.
Chez l’homme, la sexualité possède
une fonction anxiolytique, car elle permet de résoudre
les tensions, quelles qu’en soient les origines; c’est
l’effet apaisant, conséquence immédiate de
l’éjaculation qui est recherché. En effet,
nous savons qu’une sécrétion cérébrale
d’endorphines (source de bien être, de détente,
mais aussi de dépendance) s’associe à l’éjaculation
qu’elle soit provoquée par l’acte sexuel ou
par la masturbation. Certains hommes présentent une véritable
addiction à l’acte sexuel, dans des périodes
de stress important, soucis, problèmes, difficultés
diverses et variées, et parfois aussi au cours de périodes
d'intense créativité.
Les problèmes réels surgissent seulement si ce besoin
doit s’actualiser dans une relation, car l’autre n’a
pas nécessairement le même appétit et peut
souffrir de la situation. Dans le cas du sexe virtuel, on ne voit
pas très bien à qui cela peut nuire ou déplaire,
excepté aux donneurs de leçons intégristes
prompts à faire feu de tout bois, surtout s’il s’agit
de sexe...
Le sexe virtuel peut donc servir à installer une addiction.
Ce “trouble” se manifeste alors par le besoin fréquent
de se masturber en assistant à un spectacle sexuel explicite
(images, video, etc...).
Sexe ou sport,
la même addiction aux endorphines...
Ce comportement est bien une addiction, non pas à la pornographie
mais aux endorphines produites au moment de l’éjaculation
et qui ont pour propriété d’apaiser les tensions
et de calmer la douleur. L’addiction aux endorphines s’installe
aussi chez les gens qui pratiquent un sport de façon intense:
course à pied, natation ou vélo. La différence,
c’est l’interprétation positive ou négative.
On valorise le sport, on condamne la masturbation. Le sportif
devenu addict aux endorphines doit “besogner” longuement
avant d’atteindre le seuil à partir duquel il ressent
l’euphorie.
Les thérapies proposées pour cette soi-disant addiction
au sexe peuvent avoir un effet très culpabilisant, car
elles visent le type d’activité sexuelle, à
savoir la masturbation, et non pas le besoin réel de soulager
ses tensions. Ces approches très contraignantes sont basées
sur le même principe que celles employées pour les
alcooliques et sont essentiellement pratiquées aux Etats
Unis et au Canada avec le fréquent soutien de diverses
ligues religieuses.
|
haut
de page

|