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mise à jour le 4/12/07

 

Comprendre le Fétichisme

 

Le fétichisme
Quand une partie du corps, ou un objet qui l’évoque se charge d’une symbolique amoureuse, et devient indispensable à l'activité érotique, on parle alors de Fétichisme. Dans L’enfance d’un chef, Jean-Paul Sartre écrivait : » Tout peut être objet de désir sexuel, une machine à coudre, une éprouvette, un cheval, un soulier. » Le fétichisme nous renvoie au culte et à l’adulation.
Le fétichiste sexuel transforme un objet en objet de culte, si celui-ci le renvoie à une expérience érotique. Le monde de la mode comme celui des tribus dans les sociétés post modernes font appel à des codes fétichistes, c’est pourquoi nous vous proposons d’examiner de plus près le phénomène à travers définitions, histoire, références, témoignages, en passant par les grands « classiques » du fétichisme : chaussures et vêtements, sans oublier le mouvement gothique dont les codes vestimentaires et le travail corporel interpelle autant la réflexion que la sensualité.

Définitions : Fétichisme et perversion : Fétichisme et fantasme
Les origines du fétichisme : l’idée de la première expérience de référence
L’expression du fétichisme : le culte et l’adoration
Fétichismes des pieds et des chaussures
Le corset

L'uniforme
Fétichisme et codes : le mouvement gothique
Notes de lecture
Bibliographie

rédaction: Catherine Cudicio, Psychanalyste, Patrice Cudicio, Médecin Sexologue

coordination : Sofia Hudic

 

Qu’est-ce que le Fétichisme ?
Le mot « Fétichisme » apparaît pour la première fois en 1760 sous la plume de Charles de Brosses (1709-1777) dans son ouvrage Du culte des Dieux Fétiches ou il compare ceux de l’ancienne religion de l’Egypte avec les pratiques cultuelles de l’Afrique. Fétiche, vient du portugais « feitiça » mot qui désigne un objet magique bienfaisant ou malfaisant.
C’est Diderot qui va ensuite officialiser l’existence de ces mots dans le dictionnaire de l’Encyclopédie.
Le fétichisme renvoie donc à un culte, qu’il soit spirituel ou sexuel ou les deux. L’objet fétiche représente la divinité et permet aussi de communiquer avec elle, il est à la fois symbole et médium, et cette fragmentation réduit le danger réel ou supposé d’une interaction directe avec la divinité.


L'idée d'un culte

Dans le fétichisme sexuel, cela se passe un peu de la même façon, le fétichiste s’adonne à son fantasme, mais la présence d’un ou d’une partenaire n’est pas nécessairement requise, la possession et l’utilisation de l’objet fétiche suffit à apporter une excitation parfois même suffisante pour arriver à l’orgasme…
Voilà notamment pourquoi le fétichisme sexuel a longtemps été classé comme une perversion. Le but procréatif de la sexualité imposé par la religion ne pouvait en effet tolérer ni les pratiques masturbatoires ni les cheminements ludiques, et encore moins l’association des deux !Fétichisme et perversion
En 1816, Charles Fourier (1772-1837), plus connu pour ses engagements politiques (utopie socialiste) que ses réflexions sexologiques, établit la liste de ce qu’il nomme les manies sexuelles dans un livre intitulé Le nouveau monde amoureux. Charles Fourier rejette l’expression de « déviation sexuelle », il invente à la place celle de « pervers polymorphe » qui fera plus tard les délices de Freud.


Une perversion aux yeux de certains

Le fétichisme a été longtemps considéré comme une perversion sexuelle, Le médecin allemand Kraft Ebing (1840-1902), le classait ainsi. Pourtant, à la même époque, d’autres sexologues, ont relativisé cette évaluation, et cherché à redéfinir les frontières du normal et du pathologique. Il s’agissait, entre autres, de cesser enfin d’exclure de la société des gens dont la sexualité s’exprimait différemment des normes pudibondes en vigueur: les homosexuels et bisexuels, pour ne citer que les plus connus. Le psychiatre Magnus Hirschfeld (1868-1935) et le médecin anglais Havelock Ellis (1859-1939), ont beaucoup contribué à cette redéfinition de la perversion. À propos du fétichisme, Havelock Ellis écrit : » les phénomènes du symbolisme érotique sont ceux qui sont le plus spécifiquement humains ».
JM LoDuca définit le fétichisme comme « une perversion sexuelle dans laquelle une seule partie du corps (cheveux, seins, mains ou pieds.) ou une seule partie de l’habillement à l’exclusion de toutes les autres déclenche le désir sexuel. »
Il y a perversion quand une dépendance s’installe
C’est le caractère exclusif du fétiche qui justifie qu’on le qualifie de « perversion ». C’est quand on devient dépendant de la présence du fétiche qu’on entre dans la perversion.


Tous concernés?

En examinant les choses de plus près, on s’aperçoit qu’on est tous plus ou moins fétichiste.
Hétérosexuel ou homosexuel, hommes et femmes, tous égaux devant leurs fétiches ! Il semble même qu’aujourd’hui en Europe, la tendance soit à libérer l’expression fétichiste, dans ce qu’elle a de plus alléchant comme de plus sordide.
Vers une redéfinition de la perversion
Philosophes et artistes soutiennent la réflexion sexologiques et, à l’instar de Georges Bataille (écrivain) de Salvador Dali (plasticien), ou de Maurice Heine réhabilitent l’œuvre de Sade en mettant l’accent sur sa dimension contestataire son rejet des idées reçues et autres contraintes sociales et religieuses, et sa volonté de redéfinir les frontières érotiques.
Le cadre conceptuel se précise avec les travaux d’Alfred Binet (1857-1911), qui voit le fétichisme sexuel comme une sorte de culte religieux. Il établit un lien entre le fétichisme et les cultes monothéistes : en effet, le fétichiste focalise sa dévotion sur un objet séparé du tout. L’adorateur des pieds ou des chaussures ne s’intéresse pas aux cheveux, il voue un culte exclusif à l’objet élu comme fétiche.
Alfred Binet écrit : « Le fétichisme amoureux a une tendance à détacher complètement, à isoler de tout ce qui l’entoure l’objet de son culte et, quand cet objet est une partie d’une personne vivante, le fétichiste essaie de faire de cette partie un tout indépendant. »

Les coupeurs de nattes évoqués par Magnus Hirschfeld étaient de redoutables fétichistes. L'auteur rapporte le cas d'un jeune homme ayant en sa possession des dizaines de nattes...Précisons que ce "figaro" n'était pas coiffeur de son métier!!!

 


Fétiche et fantasme


Toujours selon Alfred Binet, le fétichisme sexuel s’actualise à deux niveaux, l’un mineur, peu élaboré ou simplement latent , c’est ce fétichisme auquel il se réfère quand il affirme: « tout le monde est plus ou moins fétichiste en amour et il y a une dose constante de fétichisme dans l’amour le plus régulier. » L’autre niveau, plus complexe reflète l’univers fantasmatique du fétichiste. Alfred Binet a parfaitement saisi le caractère abstrait du fétichisme car il a su lire entre les lignes sans s’arrêter aux premières apparences.
Contrairement à ce que l’on croit encore, le fétichiste n’est ni dans l’incapacité de capter les signes de la communication amoureuse ni réduit à les rassembler en un objet, plus aisé à manipuler, même si son comportement peut être décodé de la sorte. On y voit plutôt l’expression d’un monde fantasmatique intérieur, unique, individuel, souvent d’une extrême richesse créative.
Fétichisme et fantasmes se répondent car ils sollicitent l’imaginaire. Le fantasme échafaude une mise en scène, une histoire, rassemble des images, des sensations, il déclenche et accompagne le désir, conduit à la jouissance. Les objets fétiches sont autant de points de repère dans le déroulement du fantasme, ils balisent les sentiers de l’imagination et permettent de concentrer l’attention sur les détails les plus érotiques.


Comment devient-on fétichiste ?

L'hypothèse du premier événement vécu.
C’est encore à Alfred Binet que l’on doit l’hypothèse du « premier événement vécu » associé à une excitation sexuelle et qui devient ensuite une référence, un déclencheur érotique. Cette idée fera son chemin…
Dans un article de 1927, Freud expose son point de vue, pour lui, le fétichisme est masculin, il vient pallier l’angoisse de castration qui ne manque pas de surgir lorsque l’enfant (de sexe masculin) constate que sa mère n’a pas de pénis. Décidément, ce brave homme avait bien du mal à intégrer l’existence même de la féminité. Freud s’étonne que les fétichistes qu’il a observés trouvent du plaisir à adorer leur objet car il pense que ce comportement caractérise les sujets immatures au plan affectif, anxieux, manquant de confiance en soi. Seule la cure psychanalytique pouvait les remettre sur le droit chemin d’une sexualité adulte.


Exclusivement masculin selon Freud

Freud précise : « Il n'est probablement épargné à aucun être masculin de ressentir la terreur de la castration lorsqu'il voit l'organe génital féminin. Pour quelles raisons cette impression conduit-elle certains à devenir homosexuels et d'autres à se défendre par la création d'un fétiche, tandis que l'énorme majorité surmonte cet effroi cela, certes, nous ne pouvons pas le dire. »
Freud explique comment se construit le fétiche et pourquoi certains « objets » sont privilégiés :
« Dans l'instauration d'un fétiche, il semble bien plus que l'on a affaire à un processus qui rappelle la halte du souvenir dans l'amnésie traumatique. Ici aussi l'intérêt demeure comme laissé en chemin; la dernière impression de l'inquiétant du traumatisant en quelque sorte sera retenue comme fétiche. Ainsi si le pied ou la chaussure ou une partie de ceux-ci sont les fétiches préférés, ils le doivent au fait que dans sa curiosité le garçon a épié l'organe génital de la femme à partir des jambes; la fourrure et le satin fixent - comme on le suppose depuis longtemps - le spectacle des poils génitaux qui auraient dû être suivis du membre féminin ardemment désiré; l'élection si fréquente des pièces de lingerie comme fétiche est due à ce qu'est retenu ce dernier moment du déshabillage, pendant lequel on a pu encore penser que la femme est phallique. 
Mais je ne veux pas affirmer qu'on peut chaque fois parvenir à connaître avec certitude la détermination du fétiche. Il faut recommander instamment l'étude du fétichisme à tous ceux qui doutent encore de l'existence du complexe de castration ou qui peuvent penser que l'effroi devant l'organe génital de la femme a une autre base qu'il dérive, par exemple, du souvenir hypothétique du traumatisme de la naissance. »
Certains psychanalystes contestent à juste titre l’exclusivité masculine du fétichisme. Il faut se souvenir que le fétiche joue un rôle à la fois de représentation et de médiation.
Dans l’adoration de l’objet, il y a une gratification narcissique. À ce titre, on peut donc considérer comme fétichistes les comportements envers la mode. Quand on s’applique à suivre la mode, on s’approprie des objets fétiches, vêtements, chaussures, accessoires qui permettent de s’identifier à une idole et de renforcer son bien-être, son narcissisme.


Fétichisme, culte et adoration
Jean Streff dans son ouvrage Traité du fétichisme, évoque un curieux fait divers : Au fin fonds du Massif Central, un jeune maçon fut arrêté alors qu’il volait du linge mis à sécher sur des cordes. Les gendarmes cherchant à récupérer d’autres pièces dérobées entrèrent dans la minuscule chambre où habitait le jeune voleur, « elle était pleine jusqu’au plafond d’une masse de linge féminin à l’intérieur de laquelle il avait creusé un trou pour s’y nicher. »
Le poète allemand, Goethe, était connu pour son fétichisme, il écrivait à sa maîtresse Christine Vulpius : « À la prochaine occasion, expédie-moi tes chaussures de bal, bien éculées par tes exploits et desquelles tu m’as écrit qu’elles étaient comme une partie de toi-même que je pourrais serrer contre mon cœur .»

Charles Baudelaire (1821-1867) dédie un poème à la chevelure dans son célèbre recueil Les fleurs du mal. Ces lignes ont-elles inspiré Auguste Renoir lorsqu’il peignit cette jeune femme à l’opulente chevelure en 1894 ?
« Ô toison, moutonnant jusque sur l'encolure !
Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir !
Extase ! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir ! »
Première strophe du poème de Baudelaire « La chevelure »



N’importe quel objet pouvant devenir objet d’un culte fétichiste, les rituels varient selon l’imagination et les fantasmes. Ainsi, parfois le fétichiste des cheveux se contente de les toucher, de s’en régaler pour mieux attiser son désir, mais aussi, il peut lui arriver de vouloir les couper pour s’en approprier et s’en servir pour ses plaisirs solitaires. Krafft Ebing, avec une précision toute germanique, cite de nombreux cas de « coupeurs de nattes », certains en possédant des dizaines…
L’adoration du fétiche met en scène toutes sortes de rituels, du simulacre, à l’acte sexuel accompli avec ou en présence de l’objet fétiche.


Les multiples usages du fétiche

Certains fétichistes des bas ou des collants, ne se contentent pas d’admirer ceux-ci portés par leur maîtresse, ils veulent également goûter l’ineffable délice d’en sentir la caresse sur leur peau, cela fait partie du jeu.
Il peut être intéressant de comprendre comment s’organise le culte, s’agit-il de revivre une expérience antérieure, quel rôle y joue l’objet, est-il pleinement acteur du fantasme, ou seulement élément de repérage, le rituel nécessite-t-il une ou une partenaire ? S’agit-il d’un objet fétiche qui s’adresse à la vue, l’ouïe, le toucher, le goût ou l’odorat ?
Si l’on veut décortiquer le processus, les axes de lecture ne manquent pas !
Le fétichiste est souvent aussi un collectionneur, citons en référence la collection Riquet, qui compte des milliers de paires de bas. Yves Riquet, ingénieur en informatique et grand amateur de bas nylon a gagné le pari de redonner un nouveau souffle au fabriquant de bas « Gerbe » qui s’apprêtait à fermer en 1998 la dernière unité de production des bas nylon « cristal » . La machine qui les fabrique, un monstre de 25 mètres de long pesant près de 40 tonnes est intransportable, qu’à cela ne tienne, Yves Riquet fonde une société de diffusion qui parvient à vendre des milliers de paires de bas nylon… L’affaire est rentable et la collection s’enrichit de nouveaux modèles des plus modestes aux plus prestigieux.

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Le fétichisme des pieds, des chaussures, des bottes

Le fétichisme du pied est sans doute l’un des plus fréquents, enfin, l’un de ceux qui s’expriment le plus ouvertement. Dans le langage, beaucoup d’expressions font référence aux pieds en invoquant la déférence, le respect, ou au contraire le mépris, la brutalité.
Se prosterner aux pieds de son idole et lui baiser les pieds est un signe d’adoration de soumission de respect. Fouler, piétiner un objet exprime la rage, la colère, le mépris, au sens figuré, c’est faire peu de cas de l’autre. Des expressions comme « lèche bottes » désignent les comportements obséquieux d’une personne qui n’a pas beaucoup de fierté et qu’on peut donc utiliser comme un vulgaire chiffon.


Le désir de posséder de multiples paires de chaussures et de bottes
va chez certaines femmes jusqu’à la plus complète addiction. Dans un entretien avec la revue ELLE, Catherine Deneuve affirmait : «  si je suis fétichiste, c’est des chaussures… ».
Le fétichisme du pied et de la chaussure a des origines très anciennes, dans l’Antiquité romaine, on cite le cas du Sénateur Lucius Vetilius qui dissimulait sous sa toge les souliers de sa maîtresse afin de pouvoir les toucher, les baiser, en humer l’odeur. Les courtisanes athéniennes se chaussaient de sandales dont la semelle gravée laissait une empreinte dans le sable, il restait écrit « suis-moi » après leur passage.


Le conte de fées « Cendrillon », met en scène un prince tout à fait fétichiste, il ne lui reste de sa belle qu’un de ses souliers de bals, la fameuse pantoufle de vair (le vair est un des noms qui désignent le petit-gris, sorte d’écureuil dont la fourrure était très appréciée des élégantes). Le Prince charmant, muni du joli petit soulier, parcourt inlassablement ses terres à la recherche de celle qui pourra le chausser. L’analogie entre le soulier et le vagin a souvent été relevée dans l’interprétation psychanalytique des fantasmes fétichistes et, plus largement des mythes. L’expression « trouver chaussure à son pied » prise en ce sens est sans équivoque !


Le talon aiguille ne fait pas l'unanimité, et déclenche même des avis très opposés, certaines y voient un outil de séduction, d'autres, comme les féministes des années 70, un outil d'oppression.

Les talons aiguilles symbolisent la domination, la séduction, ils grandissent celle ou celui qui les porte, ils modifient la posture, faisant saillir les muscles des jambes, accentuant la cambrure des reins, et projetant la poitrine vers l’avant. Aucune étude scientifique n’a encore prouvé que le port de talons aiguilles pouvait avoir des répercussions sur le désir féminin. En revanche, il semble constituer un puissant stimulant de l’imagination masculine. Encore, qu’il existe aussi des fétichistes de la basket !


Les talons vertigineux s’associent également à des pratiques de soumission, ils ne permettent guère de courir, et complètent à n’en pas douter le tableau d’une femme objet, limitée dans ses mouvements, soumise à la volonté de celui (ou celle) qui impose le port de tels accessoires.
Ces souliers rappellent un peu le traitement que subissaient les Chinoises pour rapetisser leurs pieds et les rendre tout à la fois incapables de se déplacer, mais dignes d’adoration. Être belle impose des souffrances parfois cruelles.


Amazones et dompteuses

Dans le camp des prédatrices et autres dominatrices figure un accessoire incontournable : la botte, voire la cuissarde.
Dans les années 80, Serge Gainsbourg chantait «  Jusques en haut des cuisses, elle est bottée, et c’est comme un calice à sa beauté. »


Les bottes lacées évoquent la dompteuse, la dresseuse de fauves qui fait claquer son fouet, l’écuyère acrobate, l’intrépide héroïne, la chasseresse.
La femme bottée intègre à sa personnalité ce zeste de masculinité qui la rend à la fois dangereuse et attirante, c’est une guerrière qui pourra conquérir, capturer, et s’enfuir, telle l’amazone, libre de toute contrainte.

 

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Le fétichisme des pieds nus

Emilio, l'un de nos visiteurs, nous écrit:

 

"Bonjour,  Je vous écris pour vous faire part de mes impressions sur l'article que vous avez publié sur votre site web 'Comprendre le Fétichisme'.
Je voulais vous dire que j'ai moi-même un fétichisme (celui des pieds...) et que j'ai trouvé votre article très intéressant et m'a beaucoup informé sur l'origine de mon fétichisme.
Toutefois j'ai été un peu déçu de l'analyse concernant mon fétichisme à moi. J'espère pouvoir vous donner quelques informations qui pourraient vous aider à compléter votre article un maximum.
En fait, je pense que vous ne vous êtes pas assez axés sur le fétichisme des pieds nus. Vous vous êtes exclusivement basé sur des exemples de fétichisme d'objet qui sont en relation avec les pieds. Mais moi, une botte, un talon aiguille ou quoi, bof quoi... Mon dada, c'est le pied nu, ou limite en chaussette. D'accord j'ai parfois un petit penchant pour les baskettes, mais c'est surtout à cause de l'odeur...
Je n'ai pas beaucoup cherché à m'informer au sujet de mon fétichisme si ce n'est par Internet... Il m'arrive de parcourir des forums où les gens parlent de fétichismes pour mieux me situer par rapport aux autres. J'ai eu besoin de savoir en quoi j’étais différent des autres... Mais en réalité, j’ai surtout été très heureux de constater que je n'étais pas le seul à avoir ce genre de fétichisme.
Malgré la lecture de Freud et de différents auteurs, je ne connais pas l’origine de mon fétichisme. En tous cas, je suis peut-être fétichiste des pieds (féminins bien sûr), mais cela ne m'empêche pas d'apprécier le reste du corps féminin et les pratiques sexuelles usuelles .
Quoi qu'il en soit, je suis très discret concernant ce fétichisme car j'aurais trop honte d’être découvert. Et pourtant, j'en suis heureux, car c'est un plaisir supplémentaire que m'a apporté la nature me dis-je finalement. En effet, je n'ai vu que très peu de gens souffrir de ce fétichisme.
..."


Réponse de Sexologie Magazine,

Merci d'apporter votre témoignage, c'est en effet grâce aux avis de nos visiteurs que nous pouvons progresser.
Vous avez raison de signaler que notre dossier sur le fétichisme n’a pas traité le vôtre, pas plus d’ailleurs que ceux portant sur d’autres parties du corps.
Le sujet est très vaste, et nous avons privilégié l’aspect vestimentaire, les costumes et les chaussures. Nous n’excluons pas de publier un autre dossier, spécifique aux fétichismes du corps ou de parties du corps…
Le livre de Jean Streff que nous citons en référence contient quant à lui des informations sur TOUS les fétichismes.
Vous n’avez pas à avoir honte de votre originalité, c’est au contraire un « plus » qui vient pimenter votre vie érotique, et ne vous empêche aucunement d’apprécier ses aspects les plus « classiques »…
Nous n’avons, pour notre part, jamais encore recueilli de témoignages hostiles à cette pratique, au contraire, il semble que beaucoup de femmes apprécient cette attention particulière pour leurs pieds nus…
Cordialement

Le Corset
Voici la définition humoristique que le « Petit citateur » proposait à ses lecteurs en 1880 : « vêtement destiné à soutenir les appas des femmes – qui en ont – et d’en faire soupçonner à celles qui n’en ont pas. »
Le poète ajoute :
«  Petit corset, chez la vierge timide,
Aide à l’essor de ses appas naissants…….. »
« Comme il soutient les faibles sous ses ailes,
Comme en ses flancs savamment resserrés,
Il sait aussi contenir les rebelles,
Et ramener enfin les égarés. »


Ci-contre corset de mariage présenté sur le site http://www.zaza.fr/corset.htm

Le couturier Jean-Paul Gauthier raconte comment un jour, en fouillant dans l’armoire de sa grand-mère, il trouva un corset. « Je n’avais aucune idée de ce que c’était, mais j’étais fasciné par sa couleur chair et par les lacets aussi. » Il demande des explications et ajoute : » je trouvais que ça faisait un corps extraordinaire, et je sentais que les femmes avaient envie de ce corps-là, de cette taille fine. »
« Le corset, pour moi, conclut le créateur c’était un objet de mode et aussi de fétichisme puisque je ne pense qu’à ça et que j’ai tendance à tout transformer en mode. »

 

Un peu d’histoire

Les plus anciennes images de femmes à la taille serrée remontent à 1600 avant JC, en Crète.

La célèbre déesse aux serpents, découverte à Knossos, présente une taille fine et élégante qui met en valeur ses seins généreux.


Les Grecques comme les Romaines, et les Égyptiennes savaient modeler leur silhouette grâce à des bandelettes dont elles ceignaient leur taille. Le désir de modeler le corps est constant à travers l’histoire.

Au gré des modes, le corset, outil de "maintien"
Au moyen âge, le nouveau-né est fermement maintenu par ses langes afin qu’il devienne un adulte bien droit, cette pratique traditionnelle sera jusqu’aux débuts du vingtième siècle observée, notamment en milieu rural. Le corset protège de bien des dérives, tant physiques que morale, il permet de se tenir droit en toutes circonstances, et garder un maintien fier, propre à éloigner toute tentation...
La mode de la taille fine revient périodiquement sur le devant de la scène des modes, l’Espagne du 16ème siècle impose un modèle d’extrême rigidité posturale, qui efface également la poitrine.
Les hommes aussi à certaines époques portent des corsets pour suivre la mode et effacer un embonpoint jugé peu séduisant.
Pour en savoir plus sur l’histoire du corset :

http://perso.wanadoo.fr/corset/francais/histoire1.htm


L'apogée du corset victorien

Ce souci de rectitude correspond aussi à une volonté de contrôler la « tenue » morale. C’est au 19ème siècle, que cette tendance s’affirme avec l’apogée du corset victorien. Une revue anglaise « English Woman’s Domestic Magazine » représente une sorte de bible pour les amoureux (ses) du corset. Cette revue s’adresse aux femmes de la classe moyenne et se révèle très représentative de leurs goûts, elle leur offre aussi la possibilité d’exprimer leur sentiment sur de nombreux sujets, dont le fameux corset. Une fidèle lectrice écrit : « Avoir la taille serrée dans mon corset me procure des sensations délicieuses, une fois fermé, un corset réduit la taille d’environ dix centimètres. Au bout d’ une semaine d’un port permanent,, il faut le serrer un peu plus, ainsi se crée une sensation fort agréable d’être « étreinte », sans oublier l’avantage d’une bonne posture avec le dos droit .»
Corset en satin rose sur le site http://www.zaza.fr/corset.htm

Le corset rose saumon auquel Jean-Paul Gautier faisait référence, c’est celui que portaient déjà les petites filles et les petits garçons. Le rôle de cet accessoire pouvait être comparé à un tuteur qui permet qu’un arbre pousse droit.


Le corset qui tue !

Le corset est donc à la fois un instrument « hygiénique » en ce sens qu’il peut contribuer à modeler le corps de façon conforme à une norme : la « bonne tenue ». Et un instrument de séduction qui modifie la silhouette, toujours en fonction d’une norme qui renvoie cette fois à des considérations érotiques et esthétiques.
La représentation du corps féminin a beaucoup évolué à travers les siècles et les modes. Le corset victorien a progressivement perdu de sa popularité quand les femmes sont sorties de leur immobilité traditionnelle.
Corset de satin orné de dentelle noire http://www.zaza.fr/corset.htm

Le corset en déclin

Dès le début du vingtième siècle, pendant les années folles, les élégantes se font coiffer à la « garçonne » (cheveux courts, coupe au carré) et abandonnent leur corset. Le couturier Poiret, dès 1907, impose des lignes fluides et souples, le corps réclame davantage de liberté. La grande Coco Chanel, portera ensuite un coup fatal à l’accessoire, et ses créations deviendront une référence dans le monde de la mode et de l’élégance. Toutefois, faut-il le rappeler, pour être belle dans un tailleur Chanel, il vaut mieux avoir la taille fine, le buste mignon et les hanches fluides….
Dès la fin du 19ème siècle apparaissent des preuves scientifiques à propos des méfaits du corset, que l’on nomme parfois « briseur de côtes ». Il est exact qu’une mauvaise utilisation du corset peut provoquer des blessures c’est pourquoi les fabricants se donnent la peine d’expliquer en détails comment choisir sa taille, comment utiliser le corset, connaître ses limites. Porter un corset constitue sans doute une contrainte, mais ce ne doit pas être douloureux, tout au contraire.
Un nouveau souffle pour le corset : fétichisme et romantisme!


Le second souffle fétichiste

Chassé de la mode, le corset a retrouvé un nouveau souffle dans l’univers fétichiste ; il devient la pièce maîtresse de la panoplie d’une femme qui sait s’imposer, qui fascine et séduit. Le cuir souple, aux dires des utilisatrices, donne la sensation d’une seconde peau, sensuelle, chaude, dont le parfum exalte celui de la peau et renvoie à des images fortes d’animalité, d’aventure, d’exotisme.

Un corset de cuir souple traduit l’appartenance au camp des conquérantes. Bottes, talons aiguilles et longs gants accompagnent et rehaussent la tenue de cette prédatrice de charme.


Corset en cuir noir http://www.zaza.fr/corset.htm



Le corset, une certaine nostalgie romantique

De nombreuses héroïnes de cinéma ont incarné des personnages romantiques, ou fantastiques, mais dont le tour de taille nécessitait l’usage d’un corset. Dans le célèbre film « Autant en Emporte le vent » Scarlett, l’héroïne se serre la ceinture jusqu’aux fatidiques 45 cm ! Dans « Star Trek Voyager», la belle Jery Ryan se plaint de devoir porter un corset sous son joli costume, tout comme Allison Marck dans un épisode de « Smallville », qui se console en disant sa joie de se voir aussi belle ainsi vêtue : les jolies héroïnes ont la taille fine.


Toujours en scène le corset
Actuellement, de nombreuses célébrités ont adopté le corset et le montrent, ce n’est plus un sous-vêtement mais une pièce maîtresse du costume. Le corset n’est plus un symbole de soumission, mais au contraire il joue un rôle révélateur d’une féminité qui ose se montrer, s’exhiber, séduire. La femme devient maîtresse de son destin érotique. Pour s’en convaincre :
http://perso.wanadoo.fr/corset/commun/galeries/celeb/celeb.htm
Les plus jolies femmes l’ont adopté et mis en scène comme un incontournable de la séduction.
Tous les corsets présentés dans cet article, de nombreux autres, et plus encore sont en vente sur le site http://www.zaza.fr/corset.htm

 

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L’uniforme


Il est indéniable que l’uniforme joue un rôle dans le jeu de la séduction. Qu’il symbolise le pouvoir, la force, la grandeur, ou bien encore la condition servile, il entre dans les fantasmes fétichistes où il joue un rôle de premier plan.
Au début de ce siècle, Magnus Hirschfeld analyse l’attrait érotique qu’exerce l’uniforme, et conclut que les femmes issues des milieux sociaux humbles et peu cultivés sont plus sensibles au prestige de l’uniforme. Militaire, pompier, mais aussi gardien, boucher, boulanger, chirurgien, beaucoup de femmes rêvent de tomber dans les bras de ce prince charmant, pourvu qu’il soit revêtu du costume qui traduit son statut.

Les tenues réglementaires qui représentent l’ordre et la loi sont peut-être moins fréquentes aujourd’hui dans l’imaginaire fantasmatique féminin, elles n’en demeurent pas moins présentes. L’uniforme de militaire se trouve parfois complètement détourné à des fins érotiques lorsqu’il est destiné à agrémenter les fantasmes masculins. La tenue de camouflage, faite pour le combat, évoque la rudesse, voire la brutalité, en tous les cas la force virile, c’est ce qui fait tout son charme lorsqu’elle est adaptée à des fins coquines comme le montre cette image.


L’uniforme, un fétiche recherché dans les jeux de soumission et de domination


Les jeux de domination et soumission érotique ont très souvent recours à des uniformes, ou du moins des tenues de travail.
Dans les fantasmes masculins, deux uniformes arrivent loin en tête : la soubrette et l’infirmière. La jolie servante coquine semble tout juste sortie des coulisses d’une pièce de théâtre un peu désuète, elle manipule avec affectation un gentil plumeau et se baisse pour servir le thé, dévoilant au passage son décolleté plongeant et ses jolis dessous sexy…
Il va sans dire que la soubrette est censée faire tout ce que ses maîtres exigent, et cette situation peut entraîner une grande excitation : le port du costume libère de certaines réserves, ce que la soubrette accepte avec délice, la femme en tenue de ville le refuserait probablement !

Incognito!

Quand on inverse les rôles, ou qu’on se déguise, on peut changer ses comportements, exprimer des aspects cachés, des désirs inavoués ou jugés inavouables.
Ainsi, la tenue de soubrette est-elle souvent portée par un homme ! Cette situation l’autorise à recevoir des ordres, les exécuter, et se faire gronder pour sa plus grande excitation.


L'infirmière, une image ambigüe et si attirante!


L’infirmière, quant à elle, suscite un vif engouement, elle a la réputation d’être portée sur le sexe ce qui ne correspond aucunement à la réalité, mais, ayant accès au corps, l’infirmière entre dans l’intimité et il n’y a qu’un petit pas à franchir pour que s’installe le fantasme. En outre, son métier lui donne un pouvoir, auquel l’homme ne peut se soustraire, la blouse blanche inspire le respect, mais incite à la transgression. Porter une tenue d’infirmière peut se révéler très excitant pour une femme, car cet uniforme l’incite à jouer un rôle actif dans la relation érotique, sous sa blouse, elle peut donner libre cours à ses envies et délicieusement tourmenter son malade imaginaire… De nombreux sites pour adultes exploitent ce fétichisme dans une dimension pornographique.

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Fétichisme et codes : le mouvement gothique


Une longue silhouette sombre, drapée d’une cape noire, le teint blafard, les yeux ombrés d’un maquillage étrange, la chevelure savamment travaillée en une sculpture surréaliste, l’ensemble doit interpeller par son aspect grotesque et provocateur…

exemple de fond d'écran à télécharger sur le site http://www.mansonfr.com

Non, il ne s’agit pas d’une forme mutante de vampire, mais d’un gothique, voire d’une gothique.
Le mouvement gothique représente une expression fétichiste à part entière, les gothiques veulent être vus et identifiés comme tels . Ils exhibent leurs codes visuels sous forme de vêtements, parures diverses, tatouages, piercings…

Plus qu'une mode de plus...
Mais, les choses ne sont pas toujours aussi simples, et on peut être gothique sans en présenter les « stigmates ». Les sociologues considèrent que le mouvement gothique est une sous-culture issue elle-même du mouvement punk, née à la fin des années 70 en Angleterre et qui semble surtout vivace en Europe et au Japon.
La mode gothique s’inspire d’une interprétation romantique du médiéval qui rappelle les univers des jeux de rôle « medieval fantastic », bien connus des adolescents. On y trouvera donc en abondance les lacets, les jabots, les dentelles, les robes longues portées aussi par les hommes. D’autres sources apparentent cette mode à des univers fétichistes de style sadomasochistes : vinyle, cuir, chaussures et bottes à talons vertigineux, colliers à pointes, bracelets métalliques, et autres joujoux.

La "gothic Lolita", un charme intemporel

Le gothique se décline aussi dans un style qui revisite l’enfance, la « Gothic Lolita » représente un style particulièrement apprécié, et de nombreux vendeurs proposent des tenues de fausse petite fille modèle dans laquelle la « vraie » aventurière gothique pourra se révéler !



À chacun son style gothique

Le gothique joue sur l’ambiguïté de genre et sur la sensualité, les filles gothiques savent se parer avec hardiesse : corsets de soie, bijoux, cuir… et maquillage, le corps devient une œuvre d’art, un terrain d’expérience dont chaque partie raconte une histoire, et symbolise une attitude. Marylin Manson, est un des personnages de référence du mouvement gothique, il utilise son corps comme terrain d’aventure, la peau, la voix, le regard, le mouvement, les parures. Chaque détail renvoie à un symbole, ouvre la porte d’un univers parallèle. Qu’on ne s’y trompe pas, il y a dans le mouvement gothique un renouveau romantique, et plus encore, une interrogation sur soi, sur la mort. Chacun interprètera le gothique à hauteur de ses références : du premier degré de la consommation et de l’identification aux idoles, jusqu’à un échelon sachant s’abstraire des signes racoleurs pour aller vers l’interrogation existentielle…

 

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Bibliographie

Paul-Laurent Assoun, Le fétichisme - N°2881 PUF - Que sais-je, 2002 (2ème éd.)
Georges Bataille, Œuvres complètes, Gallimard, 1974
Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, Gallimard, collection Folio, 1999
Alfred Binet, Le fétichisme dans l’amour, Petite Bibliothèque Payot, 2000
Caroline Cox, Talon Aiguille, Éditions du collectionneur, Paris, 2000
Maurice Heine, Recueil de confessions et observations psychosexuelles, Éditions le Terrain vague, paris, 1957
J. Lo Duca, Histoire de l’érotisme, la Jeune Parque, 1969
Richard Von Kraft-Ebing Psychopathia Sexualis, Ed Climats et Librairie Thierry Garnier, Paris 1990
Geneviève Lafosse-Dauvergne, Mode et fétichisme, Alternatives, 2002
Leopold Von Sacher Masoch, La Vénus à la fourrure, Editions de Minuit, 1967
Jean-Paul Sartrte, L’enfance d’un chef, Éditions Gallimard, collection Folio, Paris 2003
Jean Streff , Traité du fétichisme, Denoël, 2005