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mise à jour le 4/12/07

 

Les Dysérections, leurs causes et leurs traitements

 

Phallus votif en bronze portant des ailes et des clochettes. Dans l'Antiquité égyptienne, grecque et romaine, le phallus est un objet de culte. Des représentations telles que celle-ci étaient suspendues dans les temples ou les maisons afin de chasser les maléfices et de garantir la puissance virile.

Musée de Naples

Les dysérections

Dans tous les domaines de la vie quotidienne, l'ambiance est à la négation voire au refus de tout dysfonctionnement. Ce qui ne va pas, ce qui pose problème ou qui "prend la tête" doit être évacué ou mieux encore confié à des experts.

Pourtant, nous pouvons jouer un rôle de premier plan d'abord en choisissant de nous informer , de réfléchir et d'éviter de tomber dans le piège des idées reçues, des préjugés, des croyances faciles et souvent absurdes.

L'impuissance qu'on appelle aujourd'hui dysérection ou panne sexuelle, n'est pas un mal incurable, la plupart des hommes y sont confrontés un jour ou l'autre , la médecine dispose de moyens fiables pour en définir les causes et proposer des solutions efficaces.

 

rédaction: Patrice Cudicio, Médecin Sexologue

coordination : Sofia Hudic

 

Définition

On ne parle plus d’impuissance à l’heure actuelle, ce mot a pris une connotation trop péjorative. On utilise donc le terme de dysérection, plus scientifique.
Comment définit-on la DYSÉRECTION ?
Il y a dysérection quand l’homme se trouve dans l’incapacité d’obtenir ou de maintenir une érection suffisante pour permettre un rapport sexuel complet, c’est-à-dire avec possibilité de pénétration. Il ne faut pas la confondre avec l’éjaculation prématurée qui peut bien sûr secondairement empêcher la pénétration du fait de la perte d’érection suivant l’éjaculation.

 

Comprendre les mécanismes de l'érection

Ce trouble est rarement primaire, mais plutôt secondaire : il apparaît généralement après une période de vie sexuelle satisfaisante, au cours de laquelle l’érection survient par une stimulation soit endogène comme un fantasme, ou exogène comme la masturbation ou la vue d’une personne sexuellement attrayante ou désirable!
Avant d’aborder les troubles de l’érection, il s’agit d’en comprendre les mécanismes de fonctionnement. Délibérément, nous avons choisi de simplifier l’explication, car les mécanismes intimes de l’érection sont extrêmement compliqués.

 

Conditions nécessaires à l'érection

Pour que celle-ci puisse se faire, il faut schématiquement que soient respectées 4 conditions :
- Un organe sexuel, le pénis, en bon état de fonctionnement
- Une commande : le cerveau capable d’envoyer les signaux appropriés
- Une transmission : les vaisseaux et les nerfs qui apporteront les signaux au pénis
- Un climat hormonal favorable : les testicules secrètent une hormone, la Testostérone indispensable au bon fonctionnement de l’ensemble.

Mécanisme de l'érection

Nous avons vu dans l’article sur l’anatomie masculine que le pénis est constitué de 2 corps caverneux qui au moment de la stimulation sexuelle vont se remplir de sang assurant ainsi la rigidité de la verge. L’intérieur des corps caverneux est constitué de travées de musculature lisse un peu comparable à la musculature lisse située dans la paroi de tous les vaisseaux sanguins. Le relâchement de ces muscles intra-caverneux et des artères correspondantes permettra le remplissage des corps caverneux avec une phase de gonflement : la tumescence, puis une phase de rigidité ; en effet comme nous l’avons vu précédemment (anat), les corps caverneux sont entourées d’une membrane extensible mais non élastique : l’albuginée.
Pour donner une image : il suffit de se rappeler comment étaient constitués les ballons de football autrefois : une chambre à air élastique dans une enveloppe de cuir « rigide ».
Nous comprenons immédiatement que pour que cela fonctionne, il faut que cette musculature lisse fonctionne, que les artères ne soient pas bouchées et que la transmission nerveuse du signal de détente puisse se faire.

 

 

Le rôle des Neuro transmetteurs

Arrêtons nous là quelques instants : en effet la transmission nerveuse du sexe est particulière, en effet elle dépend essentiellement du système nerveux autonome ou involontaire qui a pour média la sécrétion de certaines substances chimiques que nous appelons neuro-transmetteurs.

Ces substances sont nombreuses et variées mais nous nous intéresserons plus particulièrement à deux d’entre-elles : l’adrénaline et la dopamine, ainsi qu’à une troisième un peu à part : le monoxyde d’azote ou NO.

 

 

 

L’adrénaline pourrait aussi s’appeler«l’hormone de survie »

car sa sécrétion est augmentée en situation de vigilance et encore plus en situation de stress ; elle a pour effet d’augmenter le débit sanguin par vasodilatation des artères destinées au cœur, cerveau et muscles, par contre la circulation va diminuer dans la sphère digestive et sexuelle. On comprend bien que l’érection n’était pas pratique quand il s’agissait à l’homme préhistorique de fuir devant un mammouth ou s’il n’était pas seul de le combattre! Cela explique également les coliques lors d’un examen ou à l’inverse la somnolence après un trop bon repas.
D’où les bouffées de chaleur, les palpitations cardiaques qui surviennent en situation de stress.
Nous comprenons donc que pour que l’érection puisse se faire, il faut d’abord que l’adrénaline diminue, et qu’il faut donc être détendu! Ce qui n’est pas toujours évident car nos peurs ou nos angoisses ne sont plus, la plupart du temps, la conséquence de la survenue d’un danger extérieur, mais de notre imagination si fertile dans ces cas-là.

 

La dopamine est entre autres fonctions, le neuro-transmetteur de l’excitation sexuelle ; sécrétée par le cerveau, elle déclenche toute une chaîne de réactions dont la sécrétion du monoxyde d’azote (NO) le plus puissant vasodilatateur naturel du corps. Celui-ci va provoquer en utilisant des mécanismes complexes un relâchement des fibres musculaires lisses intra-caverneuses et donc permettre l’érection.
Donc en résumé et en simplifiant, pour que l’érection se fasse, il faut une diminution de l’adrénaline et une augmentation de la dopamine.
Ainsi, nous pouvons comprendre que l’érection dépend d’un bon fonctionnement organique (mécanique) et psychique.

 
 

Sur le plan organique :


Il faut donc que le tissu érectile ait conservé ses propriétés d’extensibilité : une bonne imprégnation hormonale, une bonne vascularisation, une bonne innervation. Dans le cas contraire, ce tissu subit une involution, devenant fibreux, inextensible. Les érections sont de moins en moins bonne qualité, parfois même douloureuses ; la rigidité est impossible.

N’oublions pas que les érections matinales et nocturnes survenant au cours du sommeil paradoxal ont essentiellement pour but d’entretenir la fonctionnalité des corps érectiles.
Nous verrons plus loin quelles sont les maladies responsables de cette pathologie des corps érectiles.

Pour que l’érection soit possible, il faut donc que :
- Les artères ne soient pas bouchées
- Les nerfs ne soient pas coupés et que la conduction nerveuse soit bonne.
- Les testicules fabriquent suffisamment de Testostérone
- Le cerveau puisse envoyer les signaux, commandant la sécrétion des neuro-médiateurs

 

Sur le plan psychique :


Sur le plan psychique, nous comprenons que toute situation de dépression nerveuse, de stress, ou d’anxiété à laquelle peut s’associer une insuffisance ou une absence d’excitation sexuelle peut être responsable d’une dysérection.

Les dimensions psychiques responsables de dysérection se groupent en quatre catégories de problématiques:
- Une problématique névrotique personnelle comme la dépression
- Une problématique conjugale : une mésentente
- Une problématique familiale : difficultés avec les parents ou les enfants
- Une problématique socio-professionnelle : chômage, licenciement.

 

Diagnostic des dysérections

Comment allons nous procéder pour savoir si le problème a plutôt une origine physique ou psychique, à moins que, et c’est le plus souvent le cas, les deux soient associés.
Le médecin spécialisé en la matière comme un sexologue, urologue, endocrinologue, parfois psychiatre ou encore votre médecin traitant commencera par poser un certain nombre de questions recherchant des indices, d’autres maladies, la prescription de certains médicaments, la consommation de certaines substances comme le tabac l’alcool ou d’autres drogues.
L’examen clinique permet de préciser le diagnostic étiologique (cause) parfois, votre médecin peut prescrire des examens complémentaires qu’il fera réaliser par un de ses confrères: des analyses de sang, un doppler (examen par ultrasons) des vaisseaux sanguins ; en général ce dernier est sensibilisé par la réalisation d’une injection dans les corps érectiles d’un produit (PgE1) qui a pour effet de provoquer une érection.
D’autres examens plus spécialisés sont parfois nécessaires dans quelques cas.

Les Résultats


Fort heureusement dans la très grande majorité des cas, et surtout avant 50 ans, l’origine des troubles est psychique : une simple angoisse de l’échec qui s’auto entretient suffit à entretenir une panne qui finit par devenir obsessionnelle.
N’oublions jamais que l’érection relève d’une mécanique involontaire. Si on la surveille ou si on essaie de la provoquer volontairement, on maintient un tonus sympathique adrénergique inhibiteur. L’érection fonctionne comme le « solex ». Sur ce dernier, il n’y a pas d’accélérateur, mais un frein et il faut lâcher le frein pour accélérer… !!


Après 50 ans, si les causes psychiques restent importantes, nous pouvons découvrir une insuffisance de la circulation du sang : une artériopathie, une des causes les plus fréquentes.
Des maladies comme le diabète, une hypercholestérolémie, une hyperuricémie, un tabagisme, l’abus d’alcool sont souvent responsables d’artériopathie.
Nous savons, depuis de récentes études que la dysérection d’origine vasculaire est un signe précoce devant faire rechercher une coronaropathie (maladie des artères coronaires du cœur).

Il existe bien d’autres maladies qu’il serait trop long de citer ici. Le médecin les étudiées et sait parfaitement les identifier.



Il existe aussi différentes neuropathies

Neuropathies traumatiques : section de la moelle épinière ou des nerfs érecteurs à la suite d’un accident de voiture, ou à la suite d’une chirurgie pour cancer de la prostate ou du rectum,

Neuropathies dégénératives comme la sclérose en plaques ou le diabète,

Neuropathies toxiques comme l’alcoolisme.


A propos de l’ablation de la prostate suite à un cancer (adénomectomie radicale) avec ou non section des bandelettes nerveuses, il est très important d’éviter la dégénérescence fibreuse des corps érectiles à caractère définitif en injectant régulièrement et rapidement (15 j après l’intervention) de petites doses de PgE1 Edex® ou Caverject® pour pallier la disparition des érections matinales et nocturnes.


On retrouve parfois une insuffisance en Testostérone.

Il faut savoir que la testostérone diminue régulièrement et très lentement dès 25-30 ans avec des variations individuelles importantes. Un stress physique ou psychique aura tendance à la faire baisser, par contre les vacances au soleil avec un ou une partenaire désirable la fera monter.
Enfin certaines maladies du cerveau comme la maladie de Parkinson peuvent être également responsables de dysérection.


La meilleure attitude à avoir lorsque l’on est confronté à une panne sexuelle qui a tendance à se répéter est de consulter rapidement. Cette rapidité est essentielle car elle permet d’une part de découvrir une autre maladie plus grave et à pronostic vital et d’autre part à éviter que ces troubles sexuels ne deviennent définitifs.

Les traitements :


Les traitements non spécifiques :
Pour être systématique, on commence par traiter toutes les maladies qui peuvent être, en autre, responsables de troubles de l’érection. On comprend bien qu’il faut commencer par traiter le diabète si celui-ci est découvert, ou la dépression nerveuse si elle est diagnostiquée.


Les traitements spécifiques :

- Hormonaux : Les androgènes soit par voie injectable ou par voie percutanée. : Androgel®, Androtardyl®, Nebido®
- Les IPDE5 : Viagra®, Cialis®, Levitra®
- La PgE1 (prostaglandine) Edex®, Caverject®
Ces deux dernières classes de médicaments provoquent une relaxation des muscles lisses intra-caverneux selon des modalités différentes.
- Le vacuum ou pompe à vide est peu apprécié par les « latins »
- Quant à la chirurgie avec mise en place d’implant pénien : son indication est devenue très limitée et beaucoup plus rare.

Les traitements psychologiques:


- Thérapies cognitives et comportementales qui ont pour but de faire prendre conscience que l’on ne peut agir directement sur le sexe et de déconditionner par exemple à l’angoisse de l’échec.


- L’hypnose qui a pour but de modifier les représentations analogiques de l’érection.

- Les thérapies Systémiques lorsqu'il existe un problème de couple.


En l’état actuel de nos connaissances, tous les autres traitements ont peu ou pas d’effet. Notamment les psychanalyses freudienne, lacanienne ou reichienne, rangeons-les au rayon des antiquités, en effet, ce ne sont pas des thérapies et encore moins des sexothérapies.   Un livre récent, Le livre noir de la psychanalyse en apporte des preuves tangibles. Par contre, l'analyse du psychisme doit désormais intégrer toutes les données dont on dispose et en particulier les découvertes des neurosciences.
Il faut également se méfier des médicaments vendus sur le Net, car il n’y a aucune garantie sur leur efficacité et leur absence de toxicité.


En conclusion : Il faut savoir qu’il existe un remède à la plupart des Dysérections. Il est important de consulter rapidement votre médecin qui saura vous orienter, si nécessaire, vers un confrère compétent en la matière.


Dr Patrice CUDICIO

Rions un peu!

Voici ce qu'on peut lire dans le numéro 457 de l'hebdomadaire Marianne

(21/27 Janvier)