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mise à jour le 4/12/07

 

L'éjaculation prématurée

Détail d'un vase représentant le lancer du javelot tel que le pratiquaient les athlètes de l'Antiquité grecque aux Jeux Olympiques

Quelques définitions
Le mot « éjaculation » apparaît en 1552, il vient du latin ejaculare ou ejaculari, lancer comme un javelot, mot composé de e et jaculum, qui signifie javelot, de jacere, qui veut dire jeter. L’éjaculation c’est l’émission de sperme. Le mot « précoce » vient aussi du latin praecox, de prae, avant et cuquere, cuire, cuit ou mûr pour les fruits (1672) qui qualifie un phénomène qui se produit avant le temps normal, survient, ou se développe plus tôt que d’ordinaire d’après le dictionnaire Robert. Le mot « précoce » signifie également prématuré, c’est-à-dire qui survient avant le temps, de bonne heure selon le Littré. L’expression éjaculation précoce signifie donc une éjaculation qui survient prématurément ou avant le temps.

L’expression« éjaculation précoce » a servi à traduire « premature ejaculation », utilisée par Masters et Jonhson, pionniers américains de la sexologie, pour décrire une plainte sexuelle des plus frustrantes. L’éjaculation survient trop vite pour que les partenaires puissent prendre plaisir à l’acte sexuel et surtout parvenir à la jouissance de l’orgasme, cette crise voluptueuse, conclusion extatique tant souhaitée.

 

rédaction: Patrice Cudicio, Médecin Sexologue

coordination : Sofia Hudic

Citation

Dans un ouvrage intitulé : Le Petit Citateur, notes érotiques et pornographiques de 1881 , l’éjaculation est définie par la Ctesse de N*** comme : « Emission de la liqueur séminale de l’homme. Crise voluptueuse qui termine tout acte vénérien, et qui amène avec elle cette sensation suprême, indéfinissable, que Dieu n’a voulu nous donner que pendant un instant ; car, si elle durait plus longtemps, elle suspendrait la vie. »

Un trouble sexuel
Pour la Sexologie, l’éjaculation précoce est le trouble sexuel masculin le plus fréquent. L’homme est biologiquement déterminé à éjaculer en moins de deux minutes ce qui suffit pour la reproduction, mais pas pour l’épanouissement sexuel. Elle peut être primaire ou secondaire, apparue dès les premiers rapports sexuels ou au cours d’une vie sexuelle active et jusqu’à présent satisfaisante.

 

Durée et "normalité"


On estime que 25% à 75% des hommes présentent une éjaculation prématurée, la différence vient des auteurs et des critères. En effet, l’idée de « prématurité » va se définir à travers deux critères : la durée du rapport, et la « normalité » biologique.
La question primordiale est d’arriver à définir une durée « optimale » de l’acte sexuel, c’est à dire combien de temps doit-il durer pour arriver au plaisir, la durée « normale », c’est-à-dire biologique, orientée vers un but procréatif, étant très brève.

 

Un troisième critère: le niveau relationnel de la sexualité


S’il est aisé de définir une « normalité » biologique, définir avec précision la bonne durée, se heurte à un obstacle majeur : il n’y a pas de « bonne » durée en soi, tout dépend des partenaires, de la qualité relationnelle, et d’une foule de détails. On ne pourra affirmer que l’éjaculation est précoce ou prématurée sans évoquer un troisième axe de réflexion : l’altérité ou la relation à l’autre, critère absolu de l’évaluation qualitative de la satisfaction et du plaisir de chaque partenaire. Enfin, le sens et la valeur attribués au plaisir jouent un rôle de premier plan, même si ces notions demeurent non-dites.

 

à savoir

La durée « normale » du rapport sexuel, envisagé sous l’aspect d’une évaluation qualitative, sera celle qui permet d’accéder pleinement au plaisir pour chaque partenaire.

 

 

Les origines du trouble


L’éjaculateur précoce se présente souvent comme celui qui ne peut accomplir ce plaisir partagé, quelles qu’en soient les raisons : incapacité, impossibilité, absence de volonté, de désir, etc…Les causes de cette difficulté sont multiples...

Réalités biologiques
Nous savons que l’homme est naturellement programmé pour éjaculer en moins de deux minutes puisque la fonction essentielle de l’éjaculation est la reproduction. Nous savons également que l’éjaculation s’associe à un orgasme, sensation voluptueuse secondaire à la sécrétion cérébrale d’endorphines.

 

Conséquences de ces réalités

On comprend alors facilement que l’homme ait voulu répéter l’acte jusqu’à en devenir, pour certains, parfois totalement dépendant. En excès, cela devient une véritable addiction aux endorphines, et non au sexe. L’homme découvre par hasard que de ne pas éjaculer rapidement pouvait être source d’autres plaisirs : le plaisir de jouer avec son excitation, celle de la partenaire et aussi de déclencher un phénomène nouveau, sans aucun doute très gratifiant pour lui : l’orgasme féminin. Mais ne pas éjaculer, c’est pouvoir resté connecté, branché à l’autre dans une tentative de fusion qui, quoique symbolique, peut devenir bien réelle dans son vécu subjectif. L’acte sexuel n’a plus pour objectif premier la jouissance, mais la relation à l’autre ; la jouissance y prend sa source. La durée de l’acte qu’on prolonge à volonté devient une nécessité, sa brièveté une pathologie.

Bon à savoir

Les cultures traditionnelles de l’Inde et de la Chine connaissent le phénomène depuis des siècles, le Tantra comme le Tao décrivent minutieusement comment faire durer l’acte sexuel. La notion d’une éjaculation trop rapide n’a pu apparaître à la conscience du monde occidental qu’avec l’émancipation féminine et a trouvé son point d’orgue avec les travaux de Seemans et de Masters et Johnson qui en ont fait une pathologie sexuelle alors que c’est un phénomène parfaitement naturel !

 

 

 

 

 

Ejaculation prématurée et masturbation


L’homme découvre le plus souvent sa sexualité lors de la masturbation, ce qui va déterminer tout un ensemble de constructions mentales représentatives du futur déroulement de l’acte sexuel : ainsi ayant appris à caresser son sexe avec sa main, il continuera à faire la même chose lors des rapports sexuels; il a simplement remplacé la main par le vagin féminin ! Centré sur son excitation et son plaisir, l’éjaculation ne peut survenir que rapidement. La sensation se développe essentiellement sur le mode proprioceptif (sensations de sources intérieures) et non extéroceptif (sensations de sources extérieures). L’homme jeune, tente de remédier à cette excitation trop explosive en multipliant les rapports ou en « remettant le couvert » , ou encore en faisant usage d’alcool ou de comportements ou pensées parasites.
Très rapidement, la prise de conscience de cette excitation non maîtrisée va développer une angoisse de l’échec ou de performance, facteur aggravant de son éjaculation prématurée.

Cette prise de conscience est très influencée par le discours médiatique de ces trente dernières années ; celui-ci tente de définir une « normalité » sexuelle arbitraire, culturelle. Nombreux sont ceux qui aiment la musique, moins nombreux sont les musiciens et encore moins les artistes ! C’est un peu la même chose pour le sexe qui est un merveilleux instrument lorsque l’on sait en jouer.

Des représentations mentales erronées
Généralement, l’homme a une représentation non pertinente du fonctionnement de son sexe et du rapport sexuel et cherche une solution là où elle ne se trouve pas. Il développe alors un ensemble de fausses croyances qui n’ont pour effet que de brouiller les pistes, voire d’aggraver le problème.
Par exemple, beaucoup d’hommes croient que s’ils éjaculent trop rapidement ce n’est qu’une question d’hypersensibilité du gland et du pénis ; ils imaginent que s’ils étaient moins sensibles, il pourrait « tenir » plus longtemps, d’où l’usage de préservatifs, de gel anesthésiant. Ils sont le plus souvent inefficaces.
En effet, notre véritable organe sexuel est notre cerveau, c’est donc à partir de là qu’on pourra comprendre et surmonter l’éjaculation prématurée.
Quel intérêt d’avoir un instrument de musique sans être un minimum musicien !
Bien sûr, il est toujours possible de jouer un morceau plutôt désagréable, mais où est le plaisir dans ce cas?

 

 

Les interprétations de la Psychanalyse


La psychanalyse, fait appel à certains mythes, pour étayer son hypothèse de l’effroi que le sexe de la femme suscite chez l’homme ; on trouve en effet des contes qui mettent en scène des vagins munis de dents, s’échappant la nuit pour croquer leurs proies… On comprend dès lors que ce terrifiant vagin denté soit responsable d’une angoisse de castration soumettant l’homme au dilemme de satisfaire ses pulsions génésiques au risque de perdre son pouvoir symbolisé par son sexe, la seule issue étant pour lui la rapidité du coït, mais que penser alors de l’homosexuel ? Il pourrait aussi s’agir selon le dogme freudien de la prévalence de tendances prégénitales sur les tendances génitales.

L'image ci-dessus ne montre qu'un innocent requin.

 

Et celle des cognitivistes


L’approche cognitiviste, pour sa part, préfère invoquer la responsabilité d’un apprentissage défectueux et traduit l’expression « éjaculation précoce » par absence ou défaut d’apprentissage du contrôle de l’excitation sexuelle, cette dernière étant responsable lorsqu’elle atteint un seuil, de la survenue de l’éjaculation. Cette interprétation est justifiée à partir du moment où l’on considère la rapidité comme physiologique ou pour reprendre un autre terme, naturelle en regard des déterminismes biologiques. Dans ces conditions, l’éjaculation précoce correspond à une mauvaise adaptation à la position socio-culturelle en cours en Occident.

 


L’interprétation médico-psychologique

Une autre interprétation médico-psychologique du symptôme fait appel à la notion de sensibilité proprioceptive et extéroceptive ; sur le plan physiologique, l’homme se caresse le pénis avec le vagin féminin ou son équivalent, et dans ces conditions, il est centré sur son plaisir, mais s’il caresse le vagin avec son pénis, il devient alors attentif aux perceptions extéroceptives, c’est-à-dire au plaisir du partenaire.
Cette analyse physiologique du symptôme sexuel a un corollaire psychologique : attitude réceptive ou passive pour la notion de proprioceptivité et attitude active voire « agressive » pour l’extéroceptivité. Dans cette perspective, la façon dont l’homme va utiliser son « instrument » phallique détermine ou non la précocité de son éjaculation.

Le point de vue médico-pharmacologique
Enfin, selon le point de vue médico-pharmacologique, l’éjaculation précoce résulte d’un trouble affectant le réflexe éjaculatoire activé par le système limbique et modulé par les centres supra-corticaux, cette activation et modulation font intervenir un certain nombre de neurotransmetteurs, notamment des molécules comme l’adrénaline et la sérotonine, pour ne citer que celles-ci.
La recherche et l’usage de drogues chimiques ayant une action sur cette neuro-transmission apparaissent, ici, comme la solution au trouble et de là un moyen de compréhension des mécanismes sous-jacents.

Bon à savoir

L’angoisse de l’échec ou l’angoisse de performance s’ajoute aux tourments oedipiens et autres misères existentielles, comme autant d’éléments déclenchants ou aggravants ce symptôme sexuel.
Il n’y a probablement pas une éjaculation précoce, mais des éjaculations prématurées, chacune répondant à une ou plusieurs de ces interprétations théoriques.




Vaincre l’éjaculation prématurée
Il faut comprendre que la maîtrise de l’éjaculation n’est pas naturelle, mais le fruit d’un apprentissage qui vise d’abord à modifier le « mode d’emploi », c’est-à-dire des représentations. On comprend aisément pourquoi certaines approches demeurent généralement inopérantes, car elles n’abordent pas réellement le problème, mais ses pseudo-causes (approches psychanalytiques).

Bon à savoir

Si nous comparons le corps de la femme a un violoncelle, son sexe aux cordes de celui-ci, le pénis de l’homme en est l’archet alors qu’il est le musicien. La musique vient du violoncelle, même si elle est produite par l’archet.

Photo du virtuose Frantisek Brikcius, offerte en téléchargement sur son site

 

Cette métaphore est plus importante qu’il n’y paraît car elle indique où doit se porter l’attention, l’écoute de l’homme. De manière plus triviale, il s’agit pour lui d’apprendre à caresser le vagin avec son pénis plutôt que de caresser son pénis avec le vagin, mais là où cela se complique un peu : c’est qu’il doit être capable, comme tout bon musicien d’avoir surmonté la technique. Jouer de cette façon procure la liberté de jouir sans entrave.


Les stratégies de la sexologie

La sexologie dispose de tout un ensemble de stratégies pour tenter de retarder la survenue de l’éjaculation. Certaines thérapies qualifiées de sexo corporelles ou psycho corporelles utilisent des méthodes traditionnelles comme la respiration volontaire, le « yoga » sexuel, le tantra… Mais, le médecin sexologue peut aussi prescrire certaines substances médicamenteuses, en l’occurrence une classe de médicaments antidépresseurs : les serotoninergiques.


L’hypnose et la pensée analogique
Nous comprenons qu’il est d’autant plus facile de changer le mode d’emploi que les mauvaises habitudes ne sont pas trop anciennes ; la jeunesse facilite les choses.
Dans la majorité des cas, l’entretien qui permet de recadrer les représentations mentales, d’utiliser les métaphores appropriées, permet de se remettre sur la bonne voie et de redémarrer un apprentissage réellement efficace.


L’hypnose, quant à elle, permet d’accéder directement à cette fameuse « boîte noire » siège de toutes nos représentations sensorielles, émotionnelles et affectives et de les modifier afin que leurs projections dans le réel soient plus en accord avec le but recherché.
Pour l’homme, la finalité de l’acte sexuel n’est plus l’éjaculation, mais le plaisir de la relation. Pour la femme, ce n’est plus la course effrénée à l’orgasme, mais le bonheur fusionnel de la relation. L’extase des DEUX est à l’arrivée de ce parcours relationnel.
Si on compare les deux sexes masculin et féminin à deux prises de courant ; l’important n’est pas les prises mais le courant qui y passe. Encore faut-il que les deux prises soient en bon état de marche.
C’est de cet échange amoureux que naît un autre plaisir, une autre jouissance incomparable. La relation sexuelle devient ainsi autre chose ; elle y met ce qui caractérise le plus notre humanité : nos sentiments


Dr Patrice CUDICIO