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L’obésité
et la vie sexuelle
Entretien avec Patrice Cudicio, médecin,
responsable d'enseignement pour le Diplôme Inter Universitaire de
Sexologie du Grand Ouest.
- Les obèses renoncent-ils à leur
vie sexuelle en raison de leur problème?
Pour les obèses, la sexualité représente un problème
qui vient s’ajouter aux autres. Maintenant, dans le cas d’obésités
qui s’installent progressivement, on peut à juste titre se
demander s’ils n’avaient pas renoncé à leur
vie sexuelle avant.
Généralement, on observe que les personnes en surpoids se
sentent dévalorisés au niveau de leur image sociale, les
relations aux autres s’en trouvent donc compliquées. Actuellement,
on assiste à un vaste mouvement de culpabilisation des obèses,
ils sont désignés comme fautifs, le renoncement à
une vie sexuelle peut aussi être compris comme une punition.
Maintenant, il y a aussi des obèses qui s’acceptent dans
leur volume et leur poids, et sont satisfaits de leur vie sexuelle.

- Qu’est-ce qui justifie ce renoncement?
L’image de soi, la peur d’être rejeté, le malaise
qui accompagne l’obésité, le sentiment d’échec
face à la difficulté de perdre du poids. L’habitude
de compenser ses frustrations dans l’acte de manger, l’oralité
devient la seule source de plaisir.
- Quels sont les problèmes sexuels les plus
fréquents chez les femmes obèses?
Dans les cas d’obésité très importante, l’acte
sexuel n’est pas possible pour des raisons évidentes, le
volume corporel au niveau des cuisses et du ventre interdit la pénétration.
L’absence de désir et de plaisir est également très
fréquente.
Il ne semble pas, le plus souvent, exister chez la femme de cause organique
à ces troubles sexuels comme des problèmes hormonaux. Toutefois,
il est important de les rechercher, surtout un problème thyroïdien
comme une hypothyroïdie.
- Chez les hommes?
Les dysfonctions érectiles sont
la principale difficulté de l’homme obèse; et elle
peut avoir une origine organique surtout si cette obésité
entre dans le cadre d’un syndrome métabolique qui associe
à la surcharge pondérale un indice de masse corporel élevé,
supérieur à 30, une hypercholestérolémie,
une hypertension artérielle.
Il est également fréquent que cette obésité
s’accompagne d’apnées du sommeil évoquées
en cas de troubles du sommeil et de ronflements. Ces apnées représentent
un risque de dysfonction érectile, mais aussi et surtout un risque
cardio-vasculaire, coronarien ou autre.
Il est aussi possible de découvrir une augmentation des œstrogènes
(hormones féminines) chez l’homme obèse. Nous savons
que ces hormones vont avoir un effet tout à fait négatif
sur le désir et l’érection de l’homme.
Enfin la taille du pénis peut sembler diminuée du fait du
plastron graisseux pubien qui absorbe une partie de la longueur du pénis.
Et quand on sait l’importance que l’homme attache à
son instrument, nous pouvons comprendre qu’il puisse se développer
un sentiment de dévalorisation et donc “d’impuissance”.
Maintenant, il y a aussi le cas des couples dont seul l’un est obèse.
L’absence de désir du partenaire non obèse est également
très fréquente.

- Est-ce l’obésité interdit
la séduction?
Oui si l’image de soi est très altérée, pour
séduire, il faut se sentir désirable. La prise de risque
de l’attitude séductrice peut aussi interdire toute démarche
en ce sens. Beaucoup de jeunes femmes obèses se sentent humiliées
à l’idée d’entrer dans une démarche de
séduction, en effet, elles considèrent que, vu leur physique,
elles doivent accepter n’importe quel partenaire.
La peur du rejet, de la solitude peut aussi déclencher une attitude
qu’on pourrait qualifier de consumériste. La quantité
remplace la qualité dans une sorte de fuite en avant qui, au finale
n’apporte que peu de satisfaction.
- Dans un couple, si l’un des deux devient
obèse, est-ce que cela peut éteindre le désir de
l’autre?
C’est en effet une raison fréquemment invoquée pour
justifier l’extinction du désir. Il faut mettre cela en perspective
avec une vie sexuelle auparavant peu gratifiante. Voir son compagnon (sa
compagne) devenir obèse peut refroidir le désir, d’autant
que l’acte sexuel devient difficile à accomplir. L’obésité
de l’un constitue bientôt une barrière infranchissable
et le plaisir sexuel devient inaccessible. Cet état de fait peut
contribuer à renforcer la recherche d’autres moyens de gratification.
- Est-ce l’obésité peut être un bon prétexte
pour refuser d’avoir des relations sexuelles?
C’est en effet une raison qui semble suffisamment forte, et ce d’autant
plus que l’image de l’obèse est lourdement pénalisée.

- L’idée de perdre du poids provoque souvent une angoisse,
pourquoi?
Perdre du poids a pour conséquence de replacer la personne dans
la “concurrence”. Ce qu’on s’interdit en raison
de son poids devient désormais possible, plus l’obésité
est ancienne et plus l’image de soi est dévalorisée.
La perte de poids ne résout pas à elle seule les difficultés
d’ordre psychologique et social. Si l’obésité
peut être comprise comme une barrière, cela signifie aussi,
qu’une fois levée, on se sente vulnérable. De nombreuses
personnes ayant été obèses sont longtemps, voire
toujours incapables de se visualiser “normales”, elles continuent
de se sentir “grosses”. Devenir mince ne représente
qu’une sorte de parenthèse. La perte de poids, pour demeurer
stable devrait s’accompagner d’un travail psychologique afin
de s’identifier “mince”, “léger”,
au lieu de se penser “gros” et “lourd”.
- Quand on est obèse, peut-on avoir une sexualité
épanouie?
Heureusement, oui! Certaines personnes sont davantage attirées
par les silhouettes rondes, rassurantes, protectrices. Les artistes ont
souvent représenté des femmes plantureuses dont le corps
semble voué au plaisir charnel. De telles silhouettes ne sont peut-être
pas à la mode en regard des tendances actuelles, cela ne veut pas
dire qu’elles aient disparu de l’univers érotique.
- Quels conseils donneriez-vous à une femme obèse? Un homme?
D’abord éliminer une cause organique (physique) à
ces problèmes.
Ensuite:
D’apprendre à se regarder avec bienveillance, à aimer
son corps. Il faut ensuite découvrir ou redécouvrir des
plaisirs sensuels.
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