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mise à jour le 4/12/07

 

L'identité Sexuelle

 

 

L'identité sexuelle se définit dans deux aspects : le sexe biologique et le genre.

Les données sexuelles biologiques incluent le sexe génétique, gonadique et l’aspect du corps. Le genre se réfère quant à lui, aux contextes sociaux, culturels où les individus développent et construisent leur identité sexuelle. On suppose alors que des rôles sexuels dépendent du sexe biologique.
Chez la même personne le sexe et le genre correspondent généralement, mais quand ce n’est pas le cas, nous évoquons des troubles d'identité de genre comme le transsexualisme. De plus, il peut exister des anomalies liées à un problème génétique ou chromosomique comme l'hermaphrodisme, le pseudo hermaphrodisme et d'autre syndrômes.


1. La sexuation biologique :
Le déterminisme sexuel est d’abord d’ordre biologique et nous ferons la distinction de ce qui est de l’ordre du génétique et de ce qui est de l’ordre du chromosomique.
Chez l’homme comme chez l’animal, le sexe de l’individu est déterminé dès la fécondation par les chromosomes sexuels : XX chez la fille, XY chez le garçon.
Le sexe génétique détermine la différenciation sexuelle embryonnaire et le sexe gonadique qui correspond aux organes sexuels internes, la production hormonale de ces organes détermine le phénotype, c'est-à-dire l'apparence corporelle et les caractères sexuels secondaires, C'est en fonction du phénotype que le sexe de l'état civil est défini.

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2. Les anomalies chromosomiques

Chez les filles, il y a le syndrôme Turner et celui des XXX. Le premier provoque de nombreux dysfonctionnements : les ovaires ne développent pas et ne sont donc pas fonctionnels. Dans l’état actuel des connaissances, le syndrôme XXX n’apparaît pas comme responsable de maladies organiques ou psychologiques.

3. Les Anomalies Génétiques 
L’Hermaphrodisme vrai est très rare. Il se caractérise chez un même individu par la présence en proportion variable de tissu testiculaire et ovarien, il en résulte une ambiguïté sexuelle observable dès la naissance. Toutes les variantes sont possibles entre un phénotype masculin et un phénotype féminin. Pour décrire l’ambiguïté sexuelle, on se réfère généralement à la classification de Prader (1955) qui s’attache surtout à observer le degré de masculinisation.


5 types sont ainsi définis:
Type 1 : phénotype féminin avec clitoris hypertrophié.
Type 2 : aspect féminin avec un vestibule où aboutissent le vagin et l’urètre.
Type 3 : aspect intermédiaire.
Type 4 : aspect masculin, pénis hypospade avec orifice urétral à la racine de la verge, scrotum normal, orifice vaginal débouchant dans l’urètre à la hauteur de l’utricule prostatique.
Type 5 : phénotype masculin presque parfait mais persistance de vestiges vaginaux.
S’il existe un utérus, il reste hypoplasique. Lors de la puberté et en fonction de l’importance des différents tissus gonadiques, des menstruations peuvent apparaître, tout comme la spermatogenèse et le développement mammaire.
À la naissance, le sexe d’élevage sera choisi en fonction de l’inclinaison du phénotype.
Après la fin de la croissance, l’ablation du tissu gonadique du sexe opposé est indispensable, ainsi qu’une hormonothérapie substitutive ou complémentaire appropriée.


Le pseudo-hermaphrodisme masculin : Il est provoqué :

  • Soit par l’absence de testostérone dans le testicule fœtal. Les organes génitaux ne peuvent donc pas se développer. A la naissance, les organes génitaux externes sont de type féminin ou présentent une ambiguïté sexuelle. À la puberté, apparaissent une gynécomastie et des signes de virilisation.
  • Soit par une insensibilité des tissus récepteurs à la testostérone. Il s’agit également d’une maladie héréditaire. L’apparence est féminine et le reste au moment de la puberté avec développement de la poitrine et le plus souvent une très belle morphologie féminine ; par contre le vagin reste court, l’utérus est absent, et les gonades testiculaires sont intra-abdominales ou inguinales.



Le pseudo-hermaphrodisme féminin :

  • Il résulte aussi d’une perturbation enzymatique au niveau des glandes surrénales du fœtus. Si le sujet est porteur d’ovaires, les organes génitaux externes sont plutôt de type masculin. La cause la plus fréquente en est l’hyperplasie surrénalienne congénitale.
  • On peut également mentionner de faux cas de pseudohermaphrodisme féminin, appelé intersexualité : il s’agit de femme présentant une hypertrophie clitoridienne pouvant atteindre une taille de 4cms (au repos !). Ce serait relativement fréquent chez des ethnies méditerranéennes (2/1000). Ces femmes ont un aspect légèrement androïde, un traitement hormonal approprié peut aider à améliorer les choses. Les organes génitaux externes et internes sont normaux et il n’y a pas de stérilité.

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4. Psychologie de l’identité sexuelle :


De multiples aspects contribuent à définir l’identité sexuelle: les comportements, les attitudes, le sens et la culture. Ce n’est qu’au fil du processus de développement psycho-sexuel que l’identité va s’établit: apprentissage, imitation, formatage et éducation. Peu à peu, l’enfant apprend à penser et à se conduire en “garçon” ou en “fille”.
Le sexe biologique ne suffit pas en effet à nous identifier en tant que mâle ou femelle. Une constante interaction entre le biologique et le culturel permet de se définir en tant qu’homme ou femme.

dessin original à la plume de Catherine Cisinski d'après une gravure indienne représentant une divinité qui possède les caractéristiques masculines et féminines.

 


« l’être humain est une abstraction, seuls existent des hommes et des femmes » écrivait Colette Chiland


Devenir un individu sexué fait partie intégrante de la construction identitaire et passe par l’attribution de rôles sociaux. Assumer ces rôles permet en retour d’être reconnu (e) par le groupe.
L’ethnologie a d’ailleurs parfaitement démontré l’universalité de cette répartition des rôles selon le sexe, même si l’on constate une variabilité de ces rôles au niveau inter-culturel (Mead, 1935).
Aujourd’hui, dans les sociétés post modernes, on assiste à une redéfinition des rôles du fait notamment de l’accession des femmes à des postes longtemps demeurés exclusivement réservés aux hommes. (Badinter). Cette culture matérialiste donne à croire qu’il suffit de changer les apparences pour résoudre les problèmes. Or ce n’est pas si simple. La question du transsexualisme illustre douloureusement cette illusion culturelle.
La construction de l’identité sexuelle intéresse plusieurs champs de recherche en sciences humaines. Psychologie, sociologie et la philosophie proposent différents modèles descriptifs et explicatifs, notamment le modèle psychanalytique, cognitiviste et celui de l’apprentissage social social.

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Le modèle psychanalytique :


Freud( 1856-1939) invente la psychanalyse (1905), et s’intéresse à la différence psychique entre les sexes, s’il n’a pas abordé la notion d’identité sexuelle, ses travaux ont cependant en ouvert la voie. Selon Freud, les différences psychiques entre les hommes et les femmes dépendent de leurs différences anatomiques: « L’anatomie, c’est le destin » écrit-il.
Freud élabore ensuite sa théorie de la bisexualité psychique: « Ni du point de vue biologique, ni du point de vue psychologique, les caractères d’un des sexes chez un individu n’excluent ceux de l’autre. ». Pour Freud, l’enfant développe un fantasme bisexuel et voudrait posséder les pouvoirs et les qualités qu’il attribue aux parents des deux sexes; la résolution œdipienne lui permettra de sortir de cette bisexualité psychique pour aller vers la monosexualité, au prix d’un renoncement. Selon Freud, l’inconscient serait animé du désir d’annuler cette inévitable séparation d’avec l’autre. Cette posture s’appuie sur l’idée que la bisexualité habite l’être humain depuis toujours, comme le rappelle Platon dans Le banquet où le philosophe se réfère au célèbre mythe de l’androgyne1.
Si une part masculine et une part féminine sont présente en chacun, cela n’empêche pas de se définir en tant qu’homme ou femme en fonction d’une prédominance de caractères masculins ou féminins. La théorie psychanalytique se fonde principalement sur la différenciation sexuelle qui intervient au cours du stade phallique, et s’actualise dans le complexe d’Œdipe. Freud admet cependant qu’avant l’émergence de cette problématique, l’enfant sait faire la distinction de genre entre hommes et femmes, et se place lui-même du côté des garçons ou des filles, mais cette distinction ne relèverait pas du pulsionnel et ne prendrait pas en compte l’organe génital. Organe génital qui, selon la théorie freudienne, ne peut être que phallique : « en avoir ou pas » pourrait résumer de façon lapidaire le processus de construction de cette différenciation sexuelle.
Dans ce modèle, le masculin-phallique s’oppose au féminin-châtré, la petite fille serait d’abord un petit garçon, ce qui n’est pas sans rappeler le modèle biblique : la femme créée à partir de l’homme… Freud reconnaissait que sa description ne concernait que le garçon et la psychanalyse reste encore très lacunaire sur ce qui constitue le féminin, même si d’autres auteurs, comme Mélanie Klein ou Karen Horney affirment que le vagin est connu dès la prime enfance et que l’enfant de sexe féminin est fille dès le début.
Winnicott (1971) affirme quant à lui que l’enfant, garçon ou fille, de par cette fusion originelle à la mère et à son sein, est d’abord féminin: l’enfant est féminin parce que la mère est femme. La transmission de ce caractère « féminin pur » est préalable à la constitution du Moi. Pour pouvoir accéder au masculin, le garçon devra d’abord reconnaître la mère comme  autre. Le caractère « masculin pur » apparaîtra secondairement lorsque l’enfant sera prêt à affronter la séparation.
Stoller (1978) dégage le concept d’identité de genre, opérant une distinction entre « sexe », qui désigne ce qui est relatif à la sexualité, et « genre », qui renvoie au sexe social. L’un serait le sexe anatomique, l’autre le sexe psychologique. Cette théorie implique que l’acquisition de l’identité de genre est essentiellement l’œuvre des autres. elle s’ébaucherait au cours de la première année de vie et résulterait des conduites de l’entourage de l’enfant, différentes selon qu’il est reconnu comme garçon ou fille. Tout comme Winnicott, il insiste sur la fusion première avec la mère et développe la notion de « protoféminité », faisant référence à une féminité primaire commune aux deux sexes et découlant du lien fusionnel avec la mère. L’individuation masculine se réaliserait à partir d’une désidentification d’avec la mère. La masculinité est alors vue comme une construction secondaire, facilitée par la mise en veilleuse de la féminité de base et par l’émergence de l’agressivité phallique. Stoller attribue aux garçons une plus grande fragilité dans ce processus d’acquisition identitaire, le rejet de l’identification féminine primaire entraînant tout un travail de deuil. La fille, n’ayant pas à changer de modèle d’identification pour développer sa féminité, aurait une identité de genre plus solide.
Le rôle du père demeure essentiel. Il doit être pour le garçon un modèle d’identification adéquat. S’il est absent, indifférent ou inaccessible, ce processus est alors perturbé. De même, le père intervient pour orienter et guider l’individuation féminine. L’intervention paternelle dans la symbiose mère-enfant est à la source du noyau de l’identité de genre. Le petit garçon, tenu par trop d’intimité et trop peu de frustrations dans cette symbiose, peinera à développer sa masculinité, et plus encore si le père n’est pas suffisamment présent pour le protéger de l’influence maternelle. A contrario, une symbiose mère-fille perturbée peut conduire à une masculinisation de la petite fille, ce risque s’accroissant d’autant plus que le père intervient et se montre intrusivement présent. A partir de ces concepts, le sexologue québécois Crépault (1997) développera une approche thérapeutique spécifique des troubles sexuels.

 

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Le modèle cognitiviste :


Ce modèle comprend plusieurs stades dans la mise en des comportements et l’acquisition de l’identité sexuelle, le passage d’un stade à un autre s’accomplit au fur et à mesure que l’enfant acquiert davantage des connaissances relatives à l’identité sexuelle et aux rôles:
Le stade de « l’identité de genre »: l’enfant identifie correctement sa propre identité sexuelle ainsi que celle des autres, vers la fin de la deuxième année.
Le stade de la « stabilité de genre » lorsque l’identité sexuelle est considérée comme stable par l’enfant,
Le stade de la « constance de genre » lorsque cette identité est considérée comme immuable. Ce stade est atteint de manière définitive vers les 6/7 ans.
L’enfant s’implique donc dans la structuration de cette identité grâce à ses activités cognitives qui lui permettent de construire un « schéma de genre ». Le schéma est un ensemble de référence qui régule les conduites, classe et donne sens aux expériences. Il guide l’enfant dans la compréhension du monde, dans la détection d’indices et la mémorisation des informations. Il semblerait que dès la fin de la deuxième année, l’enfant dispose d’un tel système de référence interne relatif aux catégories sociales et au sexe. Ce schéma oriente alors ses conduites de façon différenciée. Le schéma de genre se subdivise alors en deux applications:

  • Appartenance ou non-appartenance au groupe-sexe. Exemple : Les filles jouent à la poupée et les garçons ne le font pas,
  • Application à soi-même d’un schéma de genre. Exemple : Les garçons ne jouent pas à la poupée. Je suis un garçon, donc je ne joue pas à la poupée.


Dans cette théorie, les cognitions sont au premier plan et l’élaboration de l’identité sexuelle résulte d’une construction interne, en étroite relation avec le développement intellectuel et les activités de l’enfant. Il doit d’abord acquérir la connaissance de son sexe, puis, par catégorisation spontanée de l’environnement, il intègre les stéréotypes liés aux rôles sexuels et enfin, il adhère au rôle qui lui est attribué en fonction de son identité sexuelle. Ce modèle n’accorde que peu de place à l’influence de l’environnement social et on peut objecter que la construction de cette identité sexuelle ne peut se réduire à une élaboration purement cognitive, l’enfant n’évoluant pas dans un environnement social neutre.

 

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Le modèle de l’apprentissage social :


Cette théorie reprend les principes comportementaux de l’apprentissage et les applique à l’acquisition des rôles sexuels. Ainsi, des renforcements positifs ou négatifs (gratification ou punition) modèlent et déterminent les comportements. L’enfant apprend également en imitant tous les modèles qui lui sont proposés : parents, autres adultes, fratrie, pairs, média. Ces multiples observations permettent à l’enfant de classer certains comportements comme étant masculins ou féminins. Progressivement, l’enfant prend conscience des attentes que son entourage exerce à son égard et adopte les conduites qu’il a préalablement codifiées comme celles appartenant à son sexe.
Les premières recherches portant sur le rôle de l’environnement social dans la construction de l’identité sexuelle ont été réalisées sur des enfants de sexe ambigu. Le sexe d’assignation, c'est-à-dire du sexe attribué à la naissance joue un rôle crucial dans l’élaboration de la conscience sexuée. Ainsi, lorsqu’une contradiction est révélée entre sexe chromosomique et sexe d’assignation, les tentatives de réassignation sont toutes vouées à l’échec lorsqu’elles sont entreprises au-delà de deux ans. Depuis, de nombreux travaux permettent de préciser par quels moyens l’entourage social oriente le développement de l’identité sexuelle :

  • Avant même la naissance, les raisons qui motivent le souhait des parents pour un garçon ou une fille montrent l’existence de représentations différenciées : par exemple le choix d’une fille est-il motivé par le fait qu’elle sera plus facile à élever.
  • Après la naissance, la perception de l’enfant présenté aux adultes dépend du sexe annoncé par les expérimentateurs et non du comportement de l’enfant. Les garçons sont perçus comme robustes, forts et bien bâtis et les filles douces, fines et délicates et cela même si le bébé présenté est le même.
  • Par la suite, on constate que le sexe annoncé de l’enfant génère chez les adultes des attitudes très différenciées : le sexe indiqué détermine le choix des jeux proposés, et ce d’autant plus que les différences entre les sexes sont fortement vécues chez ces adultes.
  • L’environnement physique dans lequel les parents font évoluer leur jeune enfant, les vêtements, les jouets dépendent également du sexe, et cela malgré le discours actuel en faveur de l’égalité des sexes.
  • Ces attitudes différenciées marquent profondément les interactions parent-enfant. Les garçons font l’objet de beaucoup plus de stimulations tactiles que les filles à la naissance, ceci jusqu’aux 3 mois de l’enfant, âge auquel la tendance s’inverse en faveur des filles. Les garçons sont davantage portés dans la toute petite enfance, en raison notamment du fait qu’ils pleurent davantage et dorment moins que les filles de cet âge. Les différences comportementales observées chez les parents sont donc indexées sur les comportements du bébé.
  • Les parents sollicitent davantage les conduites prosociales chez les filles (vocalises, sourires, entrées en interaction, échanges visuels et verbaux) et l’activité physique ainsi que la résolution de problèmes chez les garçons.
    Le contenu du discours tenu à l’enfant est également fonction de son sexe: avec le garçon, les parents évoquent davantage l’environnement extérieur plutôt que l’interaction en cours, ils lui donnent plus d’informations et d’explications qu’à la fille quand ils lui racontent une histoire. D’un point de vue cognitif, cela nécessite de la part de l’enfant un niveau d’abstraction plus élevé, ce qui peut expliquer à terme le développement de compétences différentes chez le garçon et la fille.


Le rôle tenu par les parents dans l’apprentissage des rôles sexués est donc clairement mis en évidence. Il est à noter que les pères, plus que les mères, semblent davantage différencier leurs sollicitations vis-à-vis des garçons et des filles. Ils se montrent ainsi plus sévères à l’égard des garçons et se montrent plus attachés au respect des normes culturelles relatives aux rôles sexués. Cela dit, l’existence de ces comportements différenciés n’est pas linéaire tout au long du développement de l’enfant. Il semble que ce soit au cours de la deuxième année que les parents se montrent les plus différenciateurs et on peut émettre l’hypothèse de l’existence d’une période sensible dans la construction de l’identité sexuelle. Lorsque l’enfant semble avoir appris son rôle, de telles pressions deviennent moins nécessaires.


On peut cependant s’interroger sur l’origine de telles conduites différenciatrices, certaines études ayant mis en évidence le fait que c’est parfois le comportement spontané de l’enfant qui génère les attitudes de l’adulte. Ainsi, certaines manifestations comportementales paraissent-elles liées au sexe, et cela dès les premières années : les garçons sont reconnus comme étant plus agressifs et irritables, avec un niveau d’activité physique plus élevé et les filles comme ayant des capacités interactives ainsi que des aptitudes verbales plus élevées et recherchant davantage la présence et la proximité d’adultes. La constitution de cette identité sexuelle se réaliserait donc dans une interaction constante entre pressions éducatives et différences comportementales.


Pour devenir un individu sexué, il faudra intégrer l’action conjuguée de facteurs biologiques, cognitifs et environnementaux en un système complexe, en interaction constante entre ses différents acteurs. Certes, féminité et masculinité sont le produit d’élaborations différenciées, ne sauraient être comprises les deux extrêmes d’une même échelle. Enfin un individu n’est jamais totalement masculin ou féminin. Cette vision dichotomique de l’identité sexuelle ne peut en effet rendre compte des attitudes, sensations et préférences sexuelles de chacun. Les troubles de l’identité sexuelle sans substrat biologique comme le transsexualisme ou transgenre illustrent parfaitement cette faille.

 

Patrice Cudicio

 

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Transsexualisme, et THC (transformation hormonale et chirurgicale)

Dessin original à la plume de Catherine Cisinski d'après une gravure indienne représentant Shiva, divinité hermaphrodite qui symbolise entre autres l'union des contraires... Shiva chevauche un taureau, symbole des désirs érotiques, un lion, symbole de force


Comprendre le transsexualisme

Bien que les tendances actuelles présentent le transsexualisme comme une identité de genre à part entière, l’expression 3ème sexe désigne parfois les transsexuels (lles). Cela reste aux yeux des experts une maladie authentique dont on tait les souffrances réelles de celui ou celle qui en est atteint, environ une personne sur 50000.

Se sentir étranger à soi-même, habiter un corps qui n'est pas le sien n'est évidemment pas une situation confortable, notamment lorsqu'on se sent victime d'une "erreur" de sexe. Qui n'a pas dit un jour "si j'étais une femme" ou "si j'étais un homme", en privilégiant les avantages que procure cette identité vue de l'extérieur. Reconnaître les facettes masculines et féminines de soi n'implique pas qu'on soit transsexuel (le), mais reflète une lecture réaliste de soi. Ce n'est pas non plus parce qu'on fait des choix homosexuels ou bisexuels qu'on remet en question son appartenance au genre masculin ou féminin.

Définir avec précision le transsexualisme n'est pas aisé surtout quand les conditions socio culturelles exigent que chacun soit "à sa place". La tentation de la transformation est très forte malgré les risques encourus: le changement est irréversible, et certains inconvénients permanents...

Dans son projet de définition du transsexualisme (notice pour un dictionnaire de l'histoire et de la philosophie de la médecine), Pierre Henri Castel dégage les principaux axes problématiques et explique que comme “il n’existe aucun critère biologique ni mental objectifs, le transsexualisme est une maladie auto-diagnostiquée, dont la thérapie (castration, reconstruction génitale à l’apparence du sexe opposé, et prise d’hormones) est auto-prescrite, et dont le résultat est auto-évalué. Autrement dit, tout y dépend de l’idée que médecins et patients se font ensemble du moi, de ses relations avec le corps, et de la nature ultime de la conscience de sa propre identité. Pour beaucoup, le transsexualisme est donc une folie, dans la mesure où il est tautologique d’être son propre corps (même si cela peut nous déplaire). Pour d’autres, la liberté de l’individu s’étend jusqu’aux manipulations les plus invasives, en conséquence de la self-ownership du corps et de la protection sacrée de la sphère privée. Car, qu’est-ce qui fait que certains médecins trouvent un certain sens dans un énoncé-type comme " Je suis une femme dans un corps d’homme " (ou l’inverse), et d’autres pas du tout ? Ce n’est pas une théorie médicale, c’est une conception du moi.”

 

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Comment prendre en charge la souffrance des transsexuels?

Si un soutien psychologique peut avoir un intérêt majeur, beaucoup de transsexuels ne s'en contentent pas et, depuis quelques decennies, il semble que la seule attitude pragmatique soit d'accompagner les transsexuels tout au long d'un processus de transformation, ce qui d'ailleurs ne garantit pas que la réassignation soit couronnée de succès. Trouver sa place dans la société n'est pas évident témoigne Lucie, récemment transformée, elle ajoute: " dans ma vie d'avant, j'étais chef de chantier, en tant que femme je ne me vois pas faire ce métier..." Ce problème ne se pose pas à Véronique qui n'a pas eu besoin de changer de métier: " l'informatique, c'est un bon job, j'ai quitté la boîte où je travaillais quand j'étais un homme, mais j'ai retrouvé une place facilement après mon changement. Non, moi, ce qui me semble difficile c'est d'assumer mon parcours devant les autres, il y a toujours une gêne, mes amis d'avant je ne les vois plus..."

Quand une personne se définit comme transsexuelle, elle va jusqu'au bout des possibilités de transformation que lui offre le milieu où elle vit, c'est ce qui justifie la mise en place en France du protocole de prise en charge. Il faut comprendre aussi que la souffrance est telle qu'elle conduit certaines personnes à se mutiler ou se faire mutiler par des charlatans dans des conditions parfois désastreuses pour leur santé. Il faut comprendre aussi que la détermination n'a d'égale que la force de la conviction de n'être pas à sa place dans son corps...

Quant à la satisfaction post opératoire, il convient d'admettre que l'opéré (e) n'a guère d'autre choix....


En France, les transsexuels sont pris en charge médicalement
et, dans certains cas bénéficient d’une THC (transformation hormonale et chirurgicale). Celle-ci s’effectue selon un protocole précis dont le but est de venir réellement en aide aux personnes concernées.
Les possibilités d’intervention participent-elles à accroître les demandes? Les images spectaculaires, souvent pornographiques la faussent-elles? Laisser croire qu’il suffit de la souhaiter pour que la transformation puisse avoir lieu c’est d’abord faire preuve d’un grand mépris pour ce que vivent les transsexuels.
Les experts ne sont pas tous du même avis quant à la définition du transsexualisme. certains y voient un délire, d’autres une forme non exprimée d’homosexualité, pour les psychanalystes lacaniens il s’agit d’une psychose, Robert Stoller (1925-1992) psychiatre et psychanalyste considéré comme un des pionniers des “gender studies” parle de trouble de l’identité de genre.
Sur le site transsexualisme.info, on lit:
“Depuis l'arrêt de la Cour de Cassation du 11 décembre 1992, le transsexualisme ne pose plus vraiment de problèmes juridiques en France. A nos yeux de médecins, le transsexualisme est une maladie, et non un objet de luttes politiques, polémiques ou idéologiques. Les problèmes parfois complexes qu'il pose ne peuvent être résolus ni par voie législative, ni par l'Audimat, mais au cas par cas et avec la discrétion, le recul et la sérénité qui conviennent , par des médecins spécialisés et expérimentés qui agissent en leur âme et conscience selon les règles du Code de Déontologie Médicale, dans le seul intérêt des personnes qui en sont atteintes. “

En France, Le processus d’évaluation prend deux ans et comporte de nombreuses étapes à compter du diagnostic. La prise en charge des transsexuels est un travail d’équipe réunissant psychiatre, endocrinologue et chirurgien. La décision d’effectuer une THC est collégiale, l’équipe se réunit régulièrement et étudie les dossiers au cas par cas. En pratique, il faut d’abord consulter son psychiatre, et en fonction de son diagnostic, il va diriger la personne vers l’équipe pluridisciplinaire qui prendra en charge l’évaluation de la demande, et la mise en oeuvre des solutions thérapeutiques.
L’opération chirurgicale n’est pas nécessaire pour changer d’état civil, les personnes qui souhaitent aller plus vite et subir une chirurgie à l’étranger sans avoir à justifier de leur transsexualisme, demeurent libres de le faire, à leurs frais. La sécurité sociale ne rembourse que les THC réalisées en France dans les conditions prévues. Toutefois, ces personnes pourront réintégrer le programme en France et bénéficier d’un suivi médical et psychologique. Les opérations de chirurgie esthétique ne sont pas davantage remboursées pour les transsexuels que pour tout autre personne...

Transsexualisme et militantisme
On ne saurait passer sous silence le fait que cette position ne fait pas l’unanimité, notamment dans les milieux transsexuels militants qui luttent pour la “dépsychiatrisation” du problème et son retrait de la nosographie psychiatrique (comme cela a été le cas pour l’homosexualité). Ils revendiquent également l’auto-diagnostic, la prise en charge par la sécurité sociale de tout le processus de transformations et dénoncent violemment la “transphobie”.


La THC reste cependant pour tous, médecins comme transsexuels, le meilleur , voire l'unique recours. Ceci posé, il reste que cela ne résoud pas le problème mais permet seulement d’accompagner la personne dans son parcours et de l’aider à moins souffrir. Pour Colette Chiland, psychiatre spécialiste de ces questions, la THC reste une “réponse folle à une demande folle”. Certes la formule est lapidaire, mais doit nous inciter à réfléchir.
Patricia Mercader, professeur de psychologie, auteur de L’illusion transsexuelle (2000), fait sans complaisance le tour de la question, exposant les différentes positions vis-à-vis de la prise en charge, ainsi que les enjeux éthiques souvent ignorés des acteurs eux-mêmes...

La question du transsexualisme renvoie notamment aux limites de la liberté individuelle, et à la portée réelle des réponses thérapeutiques.

 

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Bibliographie et ressources internet

 



Liens utiles


http://www.caritig.org/index.php
http://www.sts67.org/
http://transsexualite.com/index.htm
http://www.transsexualisme.info/