Sexologie Magazine, une information médicale accessible à tous, une information culturelle de qualité................

L'éjaculation prématurée: les traitements

Quelles sont les méthodes qui permettent d'y remédier, quelles sont leurs limites?

La résolution de l’éjaculation prématurée nécessite trois conditions:
- Apprendre le contrôle de son excitation sexuelle, c’est-à-dire son évaluation afin qu’elle se maintienne en-dessous du seuil d’inévitabilité éjaculatoire.
- La suppresssion de l’angoisse de l’échec.
- Et enfin le développement d’une attention portée de l'autre plutôt qu'à la sienne.

Il existe plusieurs traitements et ils vont tous essayer d’agir sur un, deux ou l’ensemble de ces conditions.
Même s’ils n’en sont pas directement responsables, un phimosis ou une brièveté du frein devront être opérés.
Les médicaments:
Ils sont plus ou moins efficaces à eux seuls et ils ne permettent en aucun cas de résoudre le problème car , nous l’avons vu plus haut, il est difficile de soigner une maladie qui n’en est pas une!
Les anxiolytiques pourraient à priori se justifier en diminuant l’angoisse de l’échec, mais ils atténuent les sensations les plus vives et ce n’est sans doute pas le but recherché.
Certains médicaments antidépresseurs vont agir en bloquant l’éjaculation qui, à l’extrême, risque de devenir impossible ou plutôt aboutir à une éjaculation sèche, car ils agissent sur la phase sécrétoire de l’éjaculation. Une médicalisation excessive du symptôme aboutit à préconiser l’usage systématique d’IRS et plus particulièrement de la Paroxetine.
Les alpha-bloquants (ils bloquent le passage de l'influx nerveux responsable) sont intéressants sur le plan théorique, en fait ils ne permettent de gagner que quelques secondes et ils ne sont plus utilisés actuellement.
Quant aux gels anesthésiques locaux, ils ont pour vertu de tout insensibiliser même la partenaire à moins d’utiliser en plus un préservatif; ce n’est plus de l’amour mais de la technique copulatoire!


Les traitements psychologiques:n’oublions surtout pas que notre organe sexuel essentiel est notre cerveau.

Les traitements psychologiques font appel le plus souvent à des techniques comportementales qui ont pour but de modifier le comportement sans en aborder les causes, et surtout cognitives; ces dernières visent à modifier les représentations mentales et les croyances: on a cru pendant longtemps que l'éjaculation prématurée était une question de temps, alors qu'il s'agit d'un problème d'intensité de l'excitation. La modification des croyances est par elle-même source de changements dans ses attitudes et ses comportements.
Les techniques analytiques isolées ont été abandonnées par manque d’efficacité sauf dans quelques cas.

Les techniques comportementales: on connaît surtout la classique technique du "squeeze" inventée par Seemans et reprise par Master et Jonhson: elle consiste à demander à la partenaire de serrer fortement la base du gland à un signal de l’homme. Cette méthode est efficace si le signal de l’homme est réalisé suffisamment tôt, c’est-à-dire avant de sentir le risque d’éjaculer. En fait l’essentiel n’est pas tant le serrement que son signal; car qui dit signal dit repère: l’homme souligne (repère) ainsi le niveau d’excitation atteint. Il étalonne son excitation. Le serrement n’a pour but qu’une réassurance. On comprend que si le signal est effectué trop tard, au moment où l’homme sent qu’il risque d’éjaculer, ce serrement va comprimer l’urètre empêchant provisoirement au sperme de s’évacuer; au relâchement, il coulera sans pression. On a cru trop longtemps qu’il s’agissait d’une méthode inhibant un reflexe.
Il y a aussi le Stop-Go de Kaplan: il consiste à varier et même à arréter les mouvements selon son excitation. On demande à l'homme de se concentrer sur ses sensations; dès qu'il perçoit les signes annonciateurs de la survenue de son éjaculation, il fait un signe à sa partenaire d'arréter tout mouvement: c'est le "Stop". Ses sensations ayant diminuées, il fait de nouveau le signal à sa partenaire de reprendre la stimulation: c'est le "Go". Il s'agit d'une des méthodes les plus simples et des plus efficaces, mais demande une grande concentration. Ces deux méthodes ont été associées dans une cassette vidéo*1 .
Les techniques orientales de compression du périnée ou d’étirement vers l’arrière des testicules sont du même ordre; c’est en fait le signal mental de la compression ou de l’étirement qui est efficace en soulignant le niveau d'excitation atteint et en la parasitant.
L'aspect cognitif de la thérapie est toujours associé: en effet, le seul fait de savoir que le contrôle s'éffectue sur l'excitation et non sur l'éjaculation est thérapeutique en soi.
L'utilisation associée des techniques analytiques fait réference au chapitre consacré au plaisir et au désir. La théorie freudienne soutient que tout homme atteint d'éjaculation prématurée cherche à souiller, à avilir la femme et surtout à la frustrer de son plaisir sexuel. Cela fait référence à un désir sadique inconscient de l'homme vis à vis de la femme.
Son traitement repose sur la prise de conscience de ce désir et sa résolution au cours des séances d'analyse.
Certains utilisent le bio-feedback: ils placent des électrodes au niveau des muscles du périnée et demandent au patient de les contracter ; cette contraction est objectivée sur un écran. Cette méthode par du principe que la contraction de ces muscles bloquent le réflexe éjaculatoire. L'appareil de bio-feedback permet de prendre plus facilement conscience de ces contractions en les amplifiant et en les objectivant par un signal lumineux ou sonore. Elle n’est pas plus efficace que les autres et a l’inconvénient d’éluder l’aspect relationnel du trouble.

Les autres techniques psychologiques.
Il est impossible de toutes les détailler; elles sont souvent complémentaires aux techniques cognitives qui ont pour but d’apporter des connaissances nouvelles sur le problème et sa solution, en quelque sorte d’amener à un changement de point de vue. Citons les suivantes :
La relaxation, se révèle utile lorsque la composante névrotique est importante. Apprendre à se relaxer permet de neutraliser l'angoisse de l'échec qui comme nous le savons maintenant aggrave l'éjaculation prématurée. Le yoga est entre autre une bonne méthode de relaxation.La sophrologie qui tend à développer la maîtrise de soi par la prise de conscience de ce qui se passe à l'intérieur du corps. Ainsi prendre conscience de ce qui se passe au niveau du sexe lors de l'excitation est un bon moyen de la contrôler.
L’hypnose utilise le système symbolique des représentations mentales grâce à des images ou des métaphores.
Au cours d'une séance, le patient va être amené à se représenter son sexe en érection transformé en une autre matière beaucoup moins sensible ou encore recouvert d'une fine membrane diminuant cette même sensibilité.
Il peut aussi visualiser une salle de contrôle avec des cadrans qui lui indique le niveau de son excitation. Le patient peut découvrir lui-même au cours de ces séances les images ou représentations mentales les plus à même de résoudre son problème.Ce fut le cas de Julien, un électricien de 30 ans, éjaculateur prématuré qui se représentait l’impossibilité du contrôle de celle-ci comme l’action d’un petit rongeur grignotant les fils de contrôle, provoquant ainsi des court-circuits.
A la suggestion hypnotique de blinder les fils, il répondit que cela ne servirait à rien. Nous lui avons donc proposé l’électrocution de l’animal; ce qu’il fit. Dans les jours qui suivirent l’éjaculation prématurée avait disparu. Cela n’a rien de magique, mais fait intervenir des processus mentaux fort complexes.
La psychanalyse, quant à elle, n'a pas apporté la preuve de son efficacité dans la majorité des problèmes de ce type.


LES ECHECS
Si 80% des cas d'éjaculation prématurée trouvent une solution en 6 à 10 semaines, il existe un certain nombre d'échecs.
Ils sont dus essentiellement à une mésentente conjugale sous-jacente au problème sexuel et qui se révèle au cours de la thérapie par son échec. Le symptôme sexuel ne peut pas disparaître, car il mettrait en évidence un conflit que personne ne souhaite voir apparaître. A l’extrême il vaut mieux qu’il persiste à moins d’envisager une remise en question de la relation conjugale. C'est le cas de la jeune femme qui justifie son refus de rapport sexuel par l'éjaculation prématurée de son partenaire. En fait son absence de désir trouve son origine dans un conflit conjugal latent.
Dans ce cas le traitement de l'éjaculation prématurée passe d'abord par la résolution du conflit, à l'aide d'une thérapie de couple.
Pour conclure, faisons un peu de poésie : le plaisir sexuel est un peu comme une musique jouée par un instrument ; la femme est comme un violoncelle, les cordes représentent son sexe, le pénis de l’homme en est l’archet et bien sûrl’homme en est le musicien. On sait bien que la musique sort du violoncelle !

voir aussi Les sprays anésthésiants et l'éjaculation prématurée

Patrice Cudicio

haut de page