Médicaments et Sexualité

La propagation lancinante de l’idée de performance sexuelle sans échec ne s’est pas limitée aux médias et à la pornographie mais a même envahi le marché pharmaceutique. Celui-ci regorge à présent de pilules miraculeuses, souvent aussi inefficaces que nocives. Et pour celles qui sont réellement actives, elles sont victimes d’une contrefaçon massive et dangereuse. Enfin qu’en est-il des effets secondaires de certains médicaments sur la sexualité ? Pourquoi, lors de la prescription sont-ils fréquemment tus ou négligés ?

Docteur Sandrine Atallah


pilulesRoseBleu Produits aphrodisiaques : une promesse paradisiaque ?

 

Du nom d’Aphrodite, déesse grecque de l’amour, les substances aphrodisiaques ont accompagné l’évolution de chaque peuple et de chaque culture aux quatre coins de la planète. Ainsi, selon les disponibilités de chaque région, maints produits naturels et aliments ont acquis la réputation de stimuler le désir sexuel. Or, il a été démontré que pour les rares substances possédant une réelle vertu « aphrodisiaque », les dommages collatéraux et toxiques sont de taille.

Ainsi la Cantharide, nom d’une mouche espagnole, provoque une importante irritation inflammatoire des voies urinaires avec une congestion du pénis et donc une érection au prix d’un risque d’hémorragie rénale voire même d’arrêt cardiaque ! Les morts subites lors des fameux festins orgiaques à la Cantharide du marquis de Sade en témoignent.

Quant aux amphétamines, leur capacité de désinhibition violente du désir sexuel est largement contrecarrée par des effets secondaires également hautement contraignants.

La Mandragore, plante d’origine méditerranéenne surtout célèbre pour sa forme phallique, recèlerait elle aussi de nombreuses substances toxiques.

Si la noix Muscade potentialiserait de façon incertaine le désir, les crampes qu’elle entraîne sont bien plus évidentes. De même que l’intoxication à fortes doses.

Idem pour le bois bandé, dont les propriétés vasodilatatrices n’ont jamais été scientifiquement prouvées, mais dont les effets secondaires eux, ont bien été démontrés.

Le ginseng, aphrodisiaque de renommée internationale, n’a jamais prouvé son efficacité.

La noix vomique, quant à elle, contenant de la strychnine et souvent combinée au ginseng, aurait certes un effet stimulant mais aussi extrêmement dangereux.

Enfin, la corne de rhinocéros et autres dérivés naturels n’ont aucune répercussion détectable à part par leur effet placebo. Il est donc plus judicieux d’éviter de tels produits aux conséquences plus délétères que bienfaitrices. Si les aliments à réputation aphrodisiaque ne sont pas plus efficaces sur le plan physiologique de la fonction sexuelle, leur forme symbolique et la stimulation des sens qui en résulte emportent les amants dans un monde érotique bien plus sain et ludique qu’une quelconque pilule aux constituants inconnus et potentiellement dangereuse. N’oublions pas que les fantasmes, la créativité, la sensualité, les jeux et les caresses sont les aphrodisiaques les plus efficaces. Pimenter sa vie sexuelle, briser la routine, « booster » son imaginaire sont les clefs du désir.

 

pilule bleue La pilule du bonheur

 

Certaines personnes attribuent à tort le terme aphrodisiaque à certains médicaments facilitateurs de l’acte amoureux. Il faut savoir que les médicaments à propriétés aphrodisiaques n’existent pas. Chaque médicament possède une fonction spécifique, la yohimbine et les IPDE5 pour faciliter l’érection par leur action vasodilatatrice, les hormones chez la femme ménopausée pour faciliter la lubrification, etc... Il est cependant vrai que l’aide apportée par ces médicaments, de part la modification de la confiance en soi et de l’image de soi a une répercussion mentale à « effet aphrodisiaque » qu’est la remise en route indirecte du désir sexuel. Depuis l’avènement des IPDE5 , la yohimbine, vasodilatateur extrait de l’écorce d’un arbre africain, fut délaissée du fait de ses nombreux effets secondaires et contre-indications. Nous devons rappeler que les médicaments d’aide à l’érection ne règlent que les problèmes d’érection d’une personne désirante mais non les problèmes conflictuels d’un couple. De plus, certaines contre-indications sont à connaître, et son usage doit être expliqué correctement. Ce qui implique une prescription par un médecin et non simplement une recommandation du pharmacien.

 

Attention aux contre façons

De plus, mieux vaut ne pas se laisser tenter par la facilité de l’achat anonyme sur Internet : la contrefaçon y pullule et peut être dangereuse. Il arrive que les fabricants de ces faux négligent tout simplement d’y inclure le principe actif ou diminuent son dosage, certains y substituent carrément une autre molécule inefficace mais toxique pour l’organisme. En effet, ces médicaments n’ont au mieux aucun effet sur l’érection et au pire représentent un danger réel pour la santé. Ce marché illégal sur internet n’est pas le fruit du hasard. Les contrefacteurs profitent du tabou dont la sexualité fait encore trop souvent l’objet, ainsi que de la course à la performance qui obsède les hommes contemporains. La difficulté de consulter, de se rendre à la pharmacie (même après une prescription) sont autant d’obstacles qui orientent les futures victimes vers ce marché noir du faux à vrai risque. Deux sortes de dangers guettent les usagers des contrefaçons vendus sur le net. Le premier, conséquence directe des substances toxiques et inconnues utilisées : allergies, effets indésirables parfois graves… Le deuxième résulte de l’impact psychologique destructeur de l’échec qui rend le cercle vicieux dans lequel se retrouve le patient plus difficile à surmonter lors d’une prise en charge ultérieure.

Qu’en est-il des « tue-l’amour » ?

La hantise des troubles sexuels a beau torturer nos contemporains, des médicaments ayant des effets secondaires néfastes sur la sexualité sont prescrits au quotidien dans les cabinets médicaux. Pourquoi? Parce que ces médicaments sont nécessaires pour le maintien en bonne santé du patient et surtout parce que ces répercussions délétères ne sont pas systématiques. Etre prévenu de cette éventualité permet d’en parler avec son médecin et le cas échéant de changer le médicament responsable ou de modifier son dosage. En effet, la problématique que pose ses effets secondaires est l’arrêt du médicament de son propre chef sans l’avis du médecin, arrêt qui peut entraîner des conséquences bien plus graves que le désagrément sexuel qui lui peut-être résolu. Ainsi parmi les produits incriminés, nous retrouvons essentiellement ceux prescrits pour les troubles cardio-vasculaires ainsi que pour les troubles de l’humeur. Deux indications fréquentes et souvent à l’origine de troubles sexuels.

Les « Maux » de cœur

Les maladies cardiovasculaires et leurs facteurs de risque, tels l’hypertension, la dyslipidémie, le diabète, sont une cause majeure de troubles sexuels à long terme. Or leurs traitements provoquent chez certains patients des perturbations de leur vie sexuelle. Les principaux médicaments incriminés sont les antihypertenseurs (qui abaissent la pression sanguine élevée) en général et les bêtabloquants en particulier. L’on retrouve aussi une altération de la fonction sexuelle à la suite de la prescription de certains antilipémiants (anti cholestérol : fibrates) et de certains diurétiques (utilisés aussi pour abaisser la pression sanguine) Leurs effets peuvent aller selon les individus, des troubles de l’érection et de la lubrification aux troubles de la libido, comme ils peuvent n’avoir aucun effet… Sans oublier que l’on dispose également d’une large gamme de molécules anti-hypertensives et antilipémiantes, ainsi le médecin traitant peut remplacer une molécule contraignante par une autre qui l’est moins ou pas du tout .

Le mal être de l’âme

Les troubles de l’humeur et les troubles anxieux sont souvent à l’origine d’une baisse de la libido, de troubles de l’érection et de la lubrification qui peuvent à leur tour entretenir le trouble psychiatrique en question ou même le provoquer… Ainsi, la majorité des patients sous antidépresseurs ou anxiolytiques voient leur sexualité améliorée du fait du traitement de la cause. Cependant certains patients témoignent de dysfonctions sexuelles à la suite de la prise du traitement. En effet, différentes catégories d’antidépresseurs peuvent être responsables, selon les individus, de troubles sexuels variés. Baisse du désir, retard de l’éjaculation, difficulté à atteindre l’orgasme féminin, troubles de l’érection, sécheresse vaginale… sont les effets secondaires potentiels de ces médications. Ces répercussions diminuent en partie avec la durée du traitement, d’autres persistent, en parler avec son médecin est alors vivement conseillé. De même, si l’anxiété est au désir ce qu’est le feu à l’eau, les benzodiazépines à effets anxiolytiques peuvent endormir parallèlement le désir. Les neuroleptiques quant à eux, utilisés dans les cas de psychoses (troubles maniaco-dépressifs, schizophrénie) en élevant la prolactine, affectent le désir et la lubrification.

Un équilibre hormonal

Par ailleurs, la prise d’hormones sexuelles (pilule contraceptive, analogues de la LH-RH…) ou inversement d’inhibiteurs des hormones sexuelles (anti-androgènes, anti-œstrogènes) peuvent perturber le désir et l’excitation, tout deux dépendant d’un équilibre hormonal adéquat. Rappelons que la sécheresse vaginale peut être favorisée par de nombreux médicaments tels antihistaminiques, les vaso-constricteurs, certains anti-acnéiques et chimiothérapies.

Toujours consulter son médecin

Nous pouvons donc en conclure que certaines médications sont réellement efficaces et d’autres réellement dangereuses. Il est donc de mise, malgré le matraquage publicitaire quotidien dont nous sommes tous la cible, de se méfier, et de n’entamer la prise de toute substance active (ou qui prétend l’être) que sur prescription médicale.

Dr. Sandrine Atallah

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