| Mariages non consommés :« Ils se marièrent, vécurent heureux… mais n’eurent aucun enfant ! » |
 |
Lorsqu’une impossibilité ou une incapacité rend impossible tout coït vaginal entre époux, c'est-à-dire toute pénétration de la verge dans le vagin, on parle alors de mariage non consommé. Ces couples, généralement très soudés et sincèrement amoureux, ont très souvent recours à une sexualité de substitution. Le drame enfle encore lorsque le désir d’enfant se fait jour. Car en plus de l’impossibilité évidente à procréer que présentent ces couples, la menace d’une rupture prématurée du mariage vient aussi se pencher sur leur couche. Et c’est bien souvent après des années d’abstinence qu’ils se décident à consulter.
Un secret d’alcôve…
Dans nos sociétés, dans lesquelles la sexualité est omniprésente, et pour lesquelles la sexualité hors mariage ne constitue évidemment (et heureusement) plus un tabou, « l’inverse », c’est-à-dire l’idée d’un couple marié respectant une stricte chasteté, est en revanche (et étonnamment) un sujet rarement soulevé.
La sexualité hors mariage n’est heureusement plus un tabou dans nos sociétés qui mettent du sexe à toutes les fenêtres médiatiques. Mais, on n’aborde que très rarement le sujet pourtant assez fréquent des couples contraints à la chasteté.
Les dégâts d’une telle situation sont pourtant bien plus étendus qu’on ne l’imagine. Il y a « non-consommation de mariage » lorsqu’aucune relation sexuelle avec pénétration n’a eu lieu au bout de six mois de vie commune. En fait, la problématique induite est double. En premier lieu en raison du fait que la relation sexuelle est un devoir conjugal du point de vue juridique. En second lieu, et d’un point de vue social et familial, la procréation constitue une « norme » quasi-inévitable pour un couple marié. C’est cette dernière raison qui contraint les couples en question à se mettre à jour et à rechercher une aide extérieure, bien souvent très tardivement. Pour les spécialistes, il n’est pas rare de recevoir ces couples après 2 ans, voire 10 ans de vie commune, lorsque leur désir de procréer ne leur laisse plus d’autre choix et qu’ils commencent à atteindre un âge critique pour cela. Il est par ailleurs singulier de constater qu’assez fréquemment, pour ces couples, une vie sexuelle alternative se substitue au coït, et que celle-ci, bien qu’étant parfois satisfaisante, trouve évidemment ses limites lorsque le désir d’enfant se fait jour.
Julien et Camille viennent consulter après quatre ans de mariage non consommé. Camille est une brillante avocate de 30 ans, toujours tirée à quatre épingles. Julien est l’archétype du mari prévenant, il semble être extrêmement attentionné à l’endroit de son épouse. C’est un banquier d’affaires de 34 ans. Camille est la plus encline à évoquer leur problème : « Nous pensions pouvoir nous en sortir seuls, mais la situation est maintenant devenue vraiment problématique. Nous sommes mariés depuis maintenant plus de 4 ans et n’avons jamais eu de rapports sexuels. Bien sûr, le désir est présent et nous souhaiterions vraiment pouvoir faire l’amour « normalement », mais il y a un blocage. Les caresses nous ont aidés à patienter, et nous nous répétions sans cesse que ce serait pour bientôt. Mais nous souhaitons maintenant fonder une famille… Pas besoin de vous expliquer en quoi la situation devient vraiment catastrophique»
De l’inné à l’acquis…
Ce premier témoignage, qui pourrait sembler anecdotique, est plus fréquent qu’on ne l’imagine. Un mélange d’immaturité affective et sexuelle en est souvent à l’origine.
En effet, la sexualité, même si elle repose naturellement en chacun de nous, nécessite pour son épanouissement et par suite celui du couple, une dose certaine d’expérience acquise. La sexualité ne peut se « mettre en place » de manière satisfaisante que si les caractères biologiques propres à chacun sont confortés, assistés, et complétés par des éléments extrinsèques. Au nombre de ceux-ci, on compte évidemment la dimension socioculturelle dans laquelle tout individu a évolué, son rapport au sexe opposé, bref, la propension de chacun à accéder à la dimension érotique, qui constitue la dimension humaine de la sexualité par excellence. Il faut ici rappeler que l’érotisme ne peut s’épanouir que dans le cadre d’une relation harmonieuse, tant au plan affectif qu’au plan de la sensualité. C’est l’ensemble de ces échanges affectifs qui permet d’accéder à la plénitude sexuelle.
Ainsi, dans le cas de notre jeune couple, la retenue de Julien et le respect presque excessif dont il témoigne envers son épouse n’ont pu venir à bout du vaginisme dont souffre Camille. A cela s’ajoute sans doute une peur-panique de lui faire mal.
« Elle a beau avoir beaucoup de plaisir lorsque je la caresse, elle se crispe d’une façon insensée lorsque je tente d’introduire mon sexe en elle. J’ai tellement peur de lui faire du mal que toute mon excitation retombe et j’en perds mon érection immédiatement. Je ne veux pas la bousculer, je veux lui laisser le temps de se sentir bien. Ca me fait du mal de savoir qu’elle culpabilise à ce sujet. Peut-être mon inexpérience est-elle la source de tous nos problèmes. »
Timidité ? Inhibition ? Maladresse ? Inexpérience ? C’est sans doute le cumul de tout cela qui conduit irrémédiablement à l’impossibilité de réaliser l’acte amoureux. La sexualité est effectivement bien plus que simplement naturelle !
« Enfant unique, j’ai grandi en milieu rural dans une famille d’agriculteurs de la Beauce », nous confie Isabelle, 26 ans, hôtesse dans une compagnie aérienne. « Mon père, grand travailleur, était cependant doté d’un caractère effacé et laissait à ma mère le soin de régenter la maisonnée et de s’occuper de moi. Elle était très conservatrice et il était hors de question d’évoquer les questions de sexualité à la maison. Les conversations familiales se limitaient d’ailleurs au minimum vital, la communication n’étant pas le fort de mes parents. J’avais bien sûr très souvent l’occasion d’observer les animaux, qui eux ne cachaient pas de leurs besoins reproductifs ! La brutalité de l’acte me terrorisait, et j’imaginais que les hommes se comportaient de la même façon avec les femmes, avec des sexes tout aussi démesurés ! J’ai ainsi développé une terreur insensée à l’idée de toute pénétration… J’ai épousé Lionel en 2002, l’année de mes 20 ans. Jamais il n’a pu me pénétrer. Au début, je ne pouvais m’empêcher de repenser à l’étalon et à l’énormité de sa verge, à chaque fois que nous nous retrouvions en situation d’intimité. Ce qui a immanquablement conduit à une baisse, puis à une absence totale de désir de sa part. Aucune des solutions qui nous ont été préconisées par de pseudo spécialistes n’ont été en mesure de remédier à nos problèmes. Il devenait urgent pour nous de faire quelque chose, la situation n’était plus tenable »
La crainte du sexe, fruit des tabous et de l’ignorance.
On comprend bien que le rapport sexuel peut, dans de nombreux cas, constituer une source de peur irrépressible, tant pour l’homme que pour la femme. Cette peur-panique, qui peut aller très loin dans l’intensité, peut avoir de multiples causes. Mais elle est toujours inhibitrice du désir et du plaisir. Le sexe de l’autre fait peur, c’est ce qu’on entend en consultation. La valeur symbolique des organes sexuels est l’une des sources de cet effroi. Qu’il symbolise pour l’homme la castration, et entraîne des troubles de l’érection ou des éjaculations rapides, ou qu’il représente pour la femme une crainte d’un désir masculin excessif ou une douleur lors de la pénétration, seule une thérapie adaptée, alliée à une information plus précise sur les caractéristiques physiques de chacun, ainsi qu’une écoute réciproque peuvent en venir correctement à bout.
« Je fais tourner mes vices dans tes nerfs d’acier,
Et toi belle écrevisse tu visses tes tours d’acier,
Pour ne pas que je rentre.
Mais ton mur est complice de mon âme entaillée,
La peur de l’orifice, des jambes écartelées,
Me fait un nœud au ventre »
« La peur de l’o »
Khaled Mouzannar
Isabelle et son époux ont alors décidé de consulter un sexologue. « Au cours de la thérapie, j’ai véritablement découvert mon corps, et surtout mon sexe, dont je me suis aperçue que j’ignorais tout. J’étais très loin de me douter qu’il pouvait être si « élastique ». Je me figurais ma vulve comme la partie la plus sale et la plus dégoûtante de mon anatomie. Paradoxalement, c’est Lionel qui est devenu plus distant au fur et à mesure que mes craintes tombaient comme un château de cartes. Son sexe ne réagissait plus à aucune stimulation de ma part. Par la suite, il m’a avoué qu’il avait peur de me perdre en cas d’échec de sa part, maintenant que j’étais disponible. La problématique s’était renversée ! Puis, à force de dialogue, et avec l’aide de notre thérapeute, il s’est senti rassuré et les choses sont rentrées dans l’ordre. Nous avons maintenant une sexualité qui sans être nécessairement débridée, nous satisfait pleinement ».
Une situation de couple
Par conséquent, on constate que quelque soit le symptôme initial de l’un des membres du couple, ce symptôme cache en réalité très souvent celui du second membre du couple ! S’ensuit une sorte de complémentarité, d’équilibre préservé au sein de ces couples, basé sur cette impossibilité d’entretenir des rapports sexuels « classiques ». C’est cet équilibre paradoxal qui permet à ces couples de survivre sans heurts tant bien que mal, et pas seulement aux yeux des tiers. Les inconscients réciproques de chacun les confortent dans leur situation et dans la grande majorité des cas les poussent à rester ensemble dans une relation très soudée et relativement harmonieuse… hors la chambre à coucher. La complémentarité de leurs troubles les maintient dans leur situation, et justifie même leur existence en tant que couple. Ils se « choisissent » en quelque sorte…
Il n’y a pas véritablement de « portrait-robot » du couple lorsque l’on parle de mariage non-consommé. On observe cependant souvent que le conjoint d’une femme vaginique ou phobique est issu d’une classe sociale élevée, mais est relativement enfermé dans le carcan d’une éducation trop rigide, voire traditionaliste. La méconnaissance totale des sujets relatifs à la sexualité est souvent l’apanage de ces couples. Un mari introverti et trop patient, qui ne poursuivra pas son épouse de ses assiduités d’ordre sexuel, sera paradoxalement rassurant pour sa conjointe vaginique, et la confortera dans son choix qu’il peut être le mari idéal.
Après avoir beaucoup hésité, Chloé, 37 ans, consulte après plusieurs années de mariage non-consommé : « Après 5 ans de mariage, je n’arrive toujours pas à regarder mon corps dénudé dans le miroir. Je ne parle même pas de celui de mon mari ! Pour moi c’est totalement inconcevable de toucher son corps nu. Je n’ose même pas y penser ». Etonnamment, la situation décrite par Chloé a perduré pendant des années sans véritablement constituer un problème pour le couple, jusque récemment, lorsque des tensions ont commencé à apparaître. Auparavant, Son mari introverti, souffrant d’éjaculations rapides, ne se plaignait pas non plus de la situation. Cela l’arrangeait même… En outre, une image paternelle très négative ne permettait pas à Chloé de se détendre en présence de son époux. Après le début de la thérapie, les choses ont évolué : «Nous avons eu deux rapports avec pénétration sans aucune douleur et je dois avouer que j’en ai été très étonnée. Je me suis rendu compte que ce qui me gênait le plus était la perte de contrôle qui intervient toujours à un moment ou à un autre lors des rapports sexuels. Je crois avoir réussi à maitriser cela. Je redoutais également le côté un peu bestial de mon désir. La thérapie m’a appris à le comprendre, à l’accepter, et à faire avec. J’ai pu maîtriser mes peurs mais j’appréhende toujours un peu qu’il tente de me maîtriser totalement ».
Comprendre et maîtriser son agressivité
C’est l’attentisme extrême dont témoignent certains conjoints qui explique le fait que la « première fois » soit parfois retardée à l’extrême. Le comble est que cette attente parfois extrêmement longue conduit parfois le conjoint à développer des troubles sexuels secondaires, qui n’étaient pas présents lors du mariage. A l’inverse, les troubles masculins originels empêchant le coït peuvent induire des troubles féminins par la suite, qui là encore, retardent d’autant plus la première fois. Les spécialistes en concluent que le minimum d’ « agressivité » nécessaire au bon déroulement d’un rapport sexuel avec pénétration est très mal maîtrisé et accepté par ces couples. Le refoulement de cette agressivité conduit immanquablement à une inhibition sexuelle.
C’est en écoutant le témoignage de Chloé que nous avons pu le mieux saisir la problématique du « contrôle ». Plutôt que de se focaliser sans cesse sur ce contrôle, sans doute est-ce le dialogue interne et le dialogue au sein du couple qui sont les meilleurs remèdes. Il ne faut hésiter à se faire aider si cette communication est interrompue, ou apparemment impossible. Un « contrôle » excessif de ses ressentis et de ses pulsions ne fera qu’amplifier les craintes qu’ils engendrent, et ne résoudra rien.
Existe-t-il une thérapie efficace?
Assurément, à condition de bien comprendre le mécanisme du problème. Si la pénétration est impossible, ce n’est pas parce qu’une porte est fermée, mais parce qu’il n’y a rien derrière cette porte, c’est un trompe l’oeil... Or, la plupart des thérapies classiques s’efforcent d’ouvrir la porte.
Cette fermeture est la conséquence d’une absence. Pour la femme, le vagin existe sans doute sur un plan purement anatomique, mais pas dans la conscience de son corps, toute tentative de pénétration est effraction.
L’hypnothérapie permet de résoudre ce problème très rapidement, le Dr Cudicio l’affirme: “j’ai traité des milliers de femmes souffrant de ce problème, et la thérapie n’a jamais excédé une dizaine de séances...”, bien entendu, il faut qu’un amour puissant et sincère anime le couple: la condition de confiance est primordiale...
Dr. Sandrine Atallah
« Quand nos corps se
tissent une toile de soie,
Et qu’une ombre se glisse entre mon corps et toi,
C’est l’ombre de mon moi,
Mon moi qui me rappelle et qui me conditionne,
Moi qui n’ai peur de rien ni du père ni du fils,
J’ai peur de l’orifice »
« La peur de l’o »
Khaled Mouzannar |
|