Sexologie Magazine, une information médicale accessible à tous, une information culturelle de qualité................

Le «viagra» féminin ce n’est pas pour demain!

 

 

La flibansérine de la firme Boehringer Ingelhein a été jugée insuffisamment efficace pour stimuler le désir sexuel de la femme par un comité consultatif de l’Agence américains des médicaments (FDA: Food and Drugs administration) qui s’est donc prononcé contre sa commercialisation
"L'efficacité est insuffisante pour justifier les risques", a déclaré après le vote le Dr Julia Johnson, présidente du comité et patronne du service de gynécologie de la faculté de médecine de l'Université du Massachusetts (nord-est).
À l’unanimité, le comité de sept femmes et de quatre hommes a estimé que le laboratoire n’apportait pas la preuve que la flibanserine apportait un avantage sérieux justifiant les risques du traitement. Après plusieurs heures de présentation et de délibération, le comité réuni dans un hôtel de la banlieue de Washington a procédé au vote. Dix membres sur les onze ont donc jugé insuffisante l’efficacité du produit.
La Food and Drug Administration (FDA) reste libre de suivre ou pas ces recommandations dans ses décisions pour autoriser ou non la mise sur le marché d'un nouveau médicament mais le plus souvent, elle tient compte des avis de ces comités d’experts.
Aucun pays au monde à l’heure actuelle n’a approuvé la mise en vente de la flibanserine, dont le nom commercial est Girosa. Pour être parfaitement clair, il n’existe aujourd’hui aucun équivalent du Viagra pour les femmes, aucun médicament sur le marché n’est capable de lutter contre le manque ou l’absence de désir sexuel féminin.
L’avis du comité n'est cependant pas une surprise. Une analyse des résultats de ces essais cliniques effectuée par des médecins de la FDA et publiés en ligne sur le site de l’agence indiquait que ces derniers "ont été incapables de démontrer statistiquement une amélioration significative du désir sexuel".
Les médecins ne manquaient pas de souligner que la flibanserine pouvait entraîner des effets secondaires comme la dépression et des étourdissements.

Un marché juteux: la libido des femmes!
Le laboratoire Boehringer Ingelhein avait pourtant mis en œuvre une promotion agressive de son produit afin de traiter les femmes pré-ménopausées se plaignant d’un manque d’appétence sexuelle. Pour conquérir ce marché, la concurrence est forte entre les laboratoires pharmaceutiques depuis le succès phénoménal du Viagra, autorisé à la vente en 1998 suivi quelques années après par les concurrents Cialis et Levitra.
Le marché du "Viagra féminin" pourrait atteindre deux milliards de dollars.
Selon plusieurs études médicales, au moins 40% des femmes souffriraient à différents degrés d'hypoactivité sexuelle.
Les essais cliniques conduits pendant deux ans aux Etats-Unis et au Canada (respectivement violet et daisy) avaient porté sur 1323 femmes en bonne santé, la plupart mariées, d'un niveau élevé de formation et, hormis leur libido insuffisante.
Celles qui ont pris de la flibanserine ont indiqué avoir eu, en moyenne sur un mois, 4,5 rapports "sexuellement satisfaisants" même dans les cas où l'orgasme n'avait pas été atteint, contre 3,7 rapports satisfaisants chez les participantes dans le groupe ayant reçu un placebo et 2,7 chez celles n'ayant rien pris.
La flibanserine, initialement utilisé comme antidépresseur, réduit le niveau de sérotonine (neuromédiateur capable d’inhiber le désir sexuel) et accroît celui de dopamine et norépinéphrine, neuromédiateurs associés au plaisir et à la libido.
Selon la psychologue Leonore Tiefer de l'Université de New York, membre du groupe consultatif, la vente d'une telle pilule risquait de décevoir un grand nombre de femmes, car leurs problèmes sexuels sont liés à une complexité émotionnelle et sont souvent déconnectés d’une cause physique.
Au cours d’une conférence au congrès de l’Essm à Lyon en novembre 2009, les résultats des différentes études ont été présentés. L’étude Orchid conduite en Europe a montré les mêmes constats que les études américaines, en France, l’efficacité du produit est apparue encore plus faible qu’ailleurs.
La firme ne s'en tiendra pas à cette déconvenue, elle s'apprête àentreprendre l’étude de ce même produit, mais cette fois sur les femmes ménopausées, marché non moins prometteur.

 

Pour en savoir plus
J sex Med 2009; 6 (supplément5): 429-479

des résumés d'articles en anglais

http://www.issm.info/v4/

Consulter le document de la FDA

 

publicité

actualisé le 1-jul-10