Sexologie Magazine, une information médicale accessible à tous, une information culturelle de qualité................

Éjaculation prématurée, les médicaments réellement efficaces


Il fut un temps, pas si lointain où était considéré comme éjaculateur prématuré l’homme dont l’éjaculation survenait dans la majorité des cas en moins de 3 mn, puis ce fut 2 mn et maintenant la prestigieuse ISSM (International Society of Sexual Médicine) la définit comme survenant en moins de 1mn. On comprend mieux que dans ces conditions le pourcentage de prévalence dans une population américaine âgée de 18 à 59 ans passe à 21%! Bientôt et à ce rythme là, ne seront plus considérés comme éjaculateurs prématurés que ceux qui éjacule avant la pénétration, pas plus de 5% de la population mâle américaine et sans doute mondiale!
Si cette définition semble consensuelle en médecine sexuelle, elle ne satisfait pas la totalité du monde de la sexologie.

Que savons nous?
La durée moyenne du rapport sexuel, de la pénétration à l’éjaculation (IELT: ejaculatory latency time), est de l’ordre de 6 mn avec des variations allant de 4,4 mn en Turquie à 10 mn en Grande-Bretagne.
Si l’acte sexuel a pour finalité initiale la reproduction, sur un plan purement biologique, la rapidité est un gage d’efficacité; donc 3 mn suffisent largement.

Quel intérêt l’homme peut-il trouver à prolonger la pénétration si ce n’est pour permettre à sa partenaire d’éprouver du plaisir, voire un orgasme vaginal profond!
La durée idéale est donc celle qui permet à la femme de vivre ce plaisir. Et là, il n’y a pas de norme, cette durée varie d’une femme à une autre et d’un rapport sexuel à un autre chez la même personne.
L’observation nous montre qu’une femme ne peut espérer découvrir ce plaisir que si la durée est supérieure à une dizaine de minutes; par contre l’obtention d’une jouissance clitoridienne peut demander beaucoup moins de temps, mais il n’a pas la même signification ou valeur émotionnelle pour la femme. Si toute femme dispose des potentialités pour découvrir cette jouissance vaginale profonde, peu d’entre elles le connaissent réellement: 25 à 30% peut-être mais c’est difficile à évaluer.

Dans ces conditions l’homme, en contrôlant le moment de survenue de son éjaculation peut l’aider à découvrir ce plaisir tant espéré.

Les médicaments les plus utilisés

S’il n’existe pas de médicament véritablement adapté à ce problème, il existe un certain nombre de produits qui peuvent apporter une aide non négligeable, mais très variable.

Les IRS (inhibiteurs de la recapture de la sérotonine). Ce sont, de par leur nature des antidépresseurs; le retard à l’éjaculation qu’ils provoquent ne sont qu’un de leurs effets secondaires.
Selon différentes études, la Fluoxetine (Prozac ®) à la dose de 20mg par jour permet de rallonger l’IELT moyenne de 1,2 minute à 6,6mn; la Sertraline (Zoloft ®)permet de passer de 1 mn à 7,7 mn à la dose quotidienne de 25mg, 13,1 mn avec 50 mg/jour et 16, 4 mn avec 100 mg/jour; la Paroxetine (Deroxat ®)à la dose de 50mg prise 3 à 4h avant le rapport semble avoir, à ce jour, le plus d’efficacité. À la suite de la découverte de ce ralentissement de la survenue de l’éjaculation avec les sérotoninergiques, une autre molécule d’action rapide a été développée spécifiquement pour l’E.P: la Dapoxetine ( Priligy® ), non commercialisée à ce jour en France, elle permet de faire passer l’IELT de 0,9 mn à 3,5 mn mais avec quelques effets secondaires quelque peu gênants.

La Clomipramine anti-dépresseur tricyclique (Anafranil®) est connue depuis de nombreuses années pour provoquer une augmentation de l’IELT d’un facteur 3 à 4, mais elle n’est pas très bien supportée en dehors de la dépression, ayant de nombreux effets secondaires à dose efficace.

On s’est également intéressé au IPDE5 (Viagra®, Cialis® et Levitra®). Ils peuvent allonger l’IELT chez des hommes qui souffrent de trouble de l’érection et cherchent à la maintenir en augmentant leur excitation ce qui, on peut le comprendre, a tendance à précipiter la survenue de l’éjaculation. Mais ce sont des médicaments de la dysérection (trouble de l’érection) et non de l’éjaculation prématurée.
Quant aux anesthésiques de contact comme les crèmes à base de Lidocaïne et Procaïne dosées à 5% genre Emla® appliquées 20 mn avant le rapport, si elles augmentent l’IELT, ont tendance à entrainer une perte d’érection du fait de l’engourdissement qu’elles provoquent. Récemment un spray contenant de la Lidocaïne et de la Pridocaïne a été mis sur le marché. Il permettrait de faire passer l’IELT de 1 mn à 4,9 mn.
Il existerait en Corée une «crème secrète» d’application locale augmentant l’IELT de 1,37 mn à 10, 92 mn mais au prix d’effets secondaires pour le moins désagréables : douleur et brûlure notamment.

La diversité de ces produits montre bien qu’il est difficile de mettre au point une molécule pour traiter un problème dont la solution n’est probablement pas médicale.

Dans l’avenir, d’autres molécules seront sans doute développées. Actuellement, l'une d’entre elles est à l’étude en Europe. Il est d’ailleurs encore possible de participer à celle-ci: http://www.pacestudy.com.

Dr Patrice CUDICIO

Ref: ESSM Today: n° 18 Novembre 2009. Jas Kalsi BSc (Hons) FRSS (Urol) , Asif Muneer MD, FRCS (Urol), Suks Minhas MD, FRCS (Urol)

actualisé le 17-jan-10