| Entretien
avec Patrice Cudicio, médecin, responsable d'enseignement pour
le Diplôme Inter Universitaire de Sexologie du Grand Ouest, réalisé
par Mathieu Doumenge pour le site MySmooze
En tant que sexologue,
comment définiriez-vous votre travail, en particulier par rapport
aux problématiques de couple actuelles ? En d'autres termes,
que trouvent auprès de vous les couples qui viennent vous consulter ?
Les compétences du médecin sexologue
sont plurielles, il possède des connaissances médicales
étendues: neurologie, endocrinologie, problématiques cardio-vasculaires,
gynécologie, urologie, psychiatrie. La médecin sexuelle
ne saurait faire l'économie de connaissances en sociologie, histoire
et naturellement en psychologie. En conséquence, il peut aborder
de façon pragmatique toutes les difficultés sexuelles et
y apporter des réponses médicales et psychologiques.
Les couples qui consultent présentent des problèmes souvent
complexes, le médecin sexologue pourra faire la part des choses,
porter un diagnostic clair, proposer une approche thérapeutique
adaptée, prescrire des médicaments, des examens biologiques,
mais aussi pratiquer des thérapies brèves les TCC: thérapies
cognitives et comportementales, ainsi que des thérapies de couple.
Identifiez-vous la sexologie comme une simple extension de la psychanalyse ou en donneriez-vous une autre définition ?
La sexologie peut aussi être pratiquée
par des psychologues ayant suivi une formation spécifique. Par
exemple, le Diplôme inter universitaire de Sexologie est ouvert
aux psychologues à partir du niveau DESS. Les psycho sexologues
peuvent mettre en oeuvre des thérapies de couple, aider les couples
à mieux se comprendre, s'exprimer,
dialoguer. Les Thérapies cognitives et comportementales sont privilégiées.
La sexologie n'est pas une extension de la psychanalyse, d'ailleurs, la
cure psychanalytique n'est pas efficace dans les problématiques
sexuelles. La confusion provient du fait que Freud a mis en avant des
causes sexuelles aux troubles psychologiques et psychiatriques, mais,
il ne faut pas s’'arrêter à cet aspect, les véritables
pionniers de la Sexologie, Magnus Hirschfeld, Havelock Ellis, étaient
aussi médecins.
Quels sont les principaux travaux
qu’un sexologue va amener à faire ceux qui viennent le (la)
consulter ?
Tout dépend du problème! D'une manière
générale, les patients sont amenés à comprendre
le sens de leur problème, et le sens de leur sexualité.
Pour ce faire, j'utilise principalement l'hypnose, qui permet d'obtenir
des résultats très rapides, j'y associe des exercices à
réaliser chez soi, seul (e) ou avec son partenaire.
Existe-t-il un « moment » pour consulter un sexologue ? Que pourriez-vous dire pour rassurer nos lecteurs qui pourraient être réticents ou inquiets et pour les inciter à consulter en cas de besoin ?
Oui, il faut consulter dès qu'on s'inquiète
sur sa santé sexuelle et sa sexualité, le plus tôt
est le mieux car il faut éviter de laisser s'installer une angoisse
qui va aggraver le symptôme sexuel. Le médecin sexologue,
en apportant un diagnostic précis et des réponses claires
pourra apaiser rapidement les inquiétudes.
Quelle est, en général,
la plus grande difficulté que rencontrent vos patients lorsqu'ils
viennent vous voir, et quelle est la plus grande difficulté que
vous rencontrez auprès d'eux ?
Ici comme dans beaucoup de problèmes, la motivation
du patient joue un rôle déterminant. Si le patient n'est
pas fermement décidé à s'impliquer dans la réussite
de son traitement, cela complique les choses. Je ne peux évidemment
pas décider à leur place en ce domaine.
Pouvez-vous nous dire dans quelle proportion un sexologue travaille avec des couples, ou avec des individus ?
Le couple est toujours sous-entendu qu'il soit hétéro
ou homosexuel, même si nous ne travaillons pas avec lui mais plus
souvent avec un individu.
L'idéal étant bien entendu en couple car la sexualité
de l'un retentit obligatoirement sur celle de l'autre.
Vos patients viennent-ils
le plus souvent seuls ou à deux ? Qui est instigateur le plus
souvent (les clichés tendent à dire que c'est la femme
qui l'est) ?
Disons que 20% viennent spontanément en couple,
30% à notre demande et les 50% restant viennent seul, soit qu'ils
n'ont pas de partenaire régulier (ère), soit qu'il ne souhaite
pas le ou la faire intervenir, soit, enfin, que ce dernier (ère)
si refuse.
Dans mon expérience, la demande est autant masculine que féminine; tout dépend du motif initial de la consultation.
Analysez-vous encore des réticences à venir consulter ? Est-il encore tabou, voire humiliant, de consulter un sexologue ?
Les patients pour lesquels c'est tabou, ne consultent
pas. Parfois il peut y avoir un décalage de motivation au sein
du couple, le problème sexuel est alors plutôt un problème
de couple. Mais encore à l'heure actuelle, une majorité
de personnes hommes et femmes confondus se refusent à aborder leur
sexualité. Une enquête récente montrait pour la première
fois que 61% des individus n'étaient pas satisfaits de leur vie
sexuelle. Mon estimation personnelle serait plus proche de 75 à
80%!
Constatez-vous des
différences de comportement face à la thérapie, chez
l'homme et la femme ? Facilité à parler de ses problèmes,
blocages sexuels, facilité à verbaliser des griefs éventuels
ou une perte de désir ?
Les hommes ont tendance à voir surtout l'aspect
mécanique de leur sexualité, une défaillance est
vécue comme une blessure d'orgueil. Les femmes ont plus souvent
des problèmes d'absence de désir, de plaisir, voire de déni
de leur corps, elles endossent la responsabilité de ce problème
et y ajoutent de la culpabilité.
La difficulté à verbaliser est davantage une affaire individuelle,
disons que les hommes et les femmes ne parlent pas de la même chose.
Je distingue trois niveaux de la sexualité: le pulsionnel étroitement
en relation avec le climat hormonal, le compulsif qui conduit à
chercher l'apaisement dans la jouissance et le relationnel. Or, l'homme
et la femme ne fonctionnent pas nécessairement au même niveau
ce qui crée des problèmes différent et amène
le sexologue à des réponses différenciées.
Y a-t-il des cas
« typiques » dans lesquels un couple vient consulter ?
Perte de libido, absence de plaisir, impuissance, éjaculation précoce,
blocages, adultère ? Y a-t-il d'autres cas particuliers que
vous souhaiteriez soulever ?
Ce sont là en effet les principaux motifs
de consultation, à cela s'ajoutent les vaginismes, les dyspareunies
(douleurs lors des rapports sexuels). Chez l'homme il y a aussi des problèmes
d'absence d'éjaculation, plus rares, mais souvent difficiles. Fréquemmen,
la plainte initiale met en avant l'impossibilité de concevoir un
enfant.
Il y a aussi les interrogations sur la “normalité”
anatomique et bien sûr en tant que médecin sur les MST ou
IST.
Y a-t-il des « typologies »
de patients, en fonction de l'âge, des situations vécues,
du nombre d'années passées ensemble, etc ?
Peut-être pas
de véritables typologies, mais des problématiques liées
à l'âge ou aux conditions de vie, au stress. Chaque cas est
particulier car il ne faut jamais perdre de vue que la difficulté
sexuelle s'inscrit dans une relation. Ainsi, il n'est pas rare qu'une
panne sexuelle surgisse dans un certain type de situation et avec une
personne en particulier.
Quels sont les problèmes que peut rencontrer un couple le plus souvent dans sa sexualité ?
Lorsqu'un couple se forme, les attentes sexuelles
peuvent être différentes pour chacun, au début, il
y a des problèmes en rapport avec l'apprentissage de l'autre. Un
homme qui présente une éjaculation prématurée
avec une partenaire peu motivée par la sexualité, ne se
posera peut-être jamais de question à ce sujet. Après
un certain temps de vie commune, des frustrations peuvent apparaître
liées à un manque ou une absence de désir. Le sexologue
doit éviter de généraliser hâtivement et s'intéresser
en particulier à chaque patient.
Au-delà de
problèmes précis, que vous apprennent vos consultations
sur vos patients en général et sur l'évolution du
couple (et de sa sexualité) en particulier ?
Les attentes sont souvent moins importantes qu'on
le croit à tel point que nous pourrions parler de misère
sexuelle. Beaucoup de gens désirent avoir une vie sexuelle tranquille
sans se remettre en question, ils s'imaginent souvent que c'est à
l'autre de “savoir”. Mais, pour que la vie sexuelle soit une
voie d'épanouissement, cela demande des efforts, de la créativité,
une véritable qualité de présence à soi même
et dans la relation.
Au fil de votre carrière, avez-vous distingué à travers vos patients une vraie évolution du couple et de sa sexualité ?
Si les demandes sont à peu près les mêmes aujourd'hui
qu'il y a 20 ans, nous constatons néanmoins une certaine évolution
du fait de la médicalisation de la sexologie.
Mais surtout ce qui est à mon avis dramatique, c'est qu’'aujourd’'hui,
le sexe et la sexualité sont devenus des produits de consommation
et je dirais même de grande consommation au même titre que
l'alimentaire: inodore, incolore et sans saveur!
Enfin, pour conclure,
pourrions-nous dire (de façon un peu triviale) qu'il existe un
« taux de satisfaction » lorsqu'on consulte un sexologue ?
Est-ce que le fait de prendre la décision de consulter est déjà
une bonne option pour la résolution des problèmes, ou bien
avez-vous déjà vu des couples qui partaient « battus
d'avance » ? En bref, consulter un sexologue, est-ce une
solution miracle ?
Non, il n'existe pas de solution miracle et la satisfaction
est fonction de ce que l'on vient chercher ou de ce qu'on attend.
Disons et cela en dehors des problèmes qui relèvent de la
médecine, la sexologie peut donner une vision plus pertinente de
ce que l'on peut attendre de son sexe et de sa sexualité.
Une sexualité épanouie relève plus d'un cheminement
“initiatique” que d'un livre de recettes.
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